"Fais-moi plaisir "
Ceux qui suivent la carrière du réalisateur-interprète Emmanuel Mouret savent qu'il a créé un univers très personnel dans ce secteur si galvaudé de la comédie de mœurs contemporaine. En témoignent des œuvres comme " Venus et Fleur " et " Changement d'adresse ", toutes deux présentées à Cannes, et voici aujourd'hui " Fais-moi plaisir " débutant par une situation pour le moins originale.
Ariane et Jean-Jacques sont très amoureux. Mais, quand il avoue avoir été troublé par une jolie femme rencontrée par hasard, Ariane prie son compagnon de se libérer concrètement de ce désir, afin que leur couple retrouve sa sérénité. Jean-Jacques prend donc contact avec la nommée Élisabeth et découvre qu'elle est la fille du Prési-dent de la République. Ce qui va entraîner ce garçon aussi naïf que sincère dans un engrenage de quiproquos, de gaffes et de situations insolites qui le dépassent, mais il saura conserver son flegme.
" La proposition d'Ariane n'a rien de choquant, commente le cinéaste. Elle pense qu'il lui faut faire un sacrifice pour sauver son histoire d'amour, et aborder son couple de façon consciente et moderne. L'homme qu'elle aime va s'en trouver assez embar-rassé. Il a, bien sûr, envie de succomber à la tentation sans culpabiliser, puisqu'il dis-pose d'une autorisation, mais cela complique un peu ses pensées, et finalement il n'arrivera pas à ses fins. Ni avec Élisabeth, ni aussi avec une autre prête à tomber dans ses bras. Pendant 24 heures, il a l'occasion de passer avec trois femmes un moment agréable, et à chaque fois cela lui file entre les doigts. Cette histoire m'a permis de jouer avec des ingrédients que j'aime beaucoup : le désir, le charme, le suspense, le burlesque, les sentiments, et aussi un peu de cruauté. "
Tout au long de ces variations sur l'amour et le désir, le personnage principal sem-blent subir diverses influences cinématographiques. Fondamentalement gentil, il pos-sède la tendresse d'un Pierre Étaix, l'humour silencieux d'un Jacques Tati, la mala-dresse d'un Pierre Richard, et le pouvoir destructeur d'un Peter Sellers dans " The Party ".
Tradition " rohmérienne "
Emmanuel Mouret revendique d'ailleurs le clin d'œil qu'il fait au célèbre film de Blake Edwards, en décrivant avec force gags, une soirée mondaine à l'Élysée.
" The Party ", explique-t-il, a marqué mon adolescence. Outre sa drôlerie burlesque, j'aimais cette situation d'un homme qui essaye de tout faire bien et qui fait tout mal, sauf dans le regard d'une tendre jeune femme. Pour Jean-Jacques, c'est celui d'Ariane qui accepte toutes ses incongruités.
Outre ses références à Blake Edwards, Emmanuelle Mouret ne nie pas non plus celles de François Truffaut ou Éric Rohmer. Les dialogues des scènes de début et de fin s'inscrivent dans la pure tradition " rohmérienne " et il les a confiées à son actrice-fétiche, la blonde Frédérique Bel qu'il considère un peu comme sa Grâce Kelly.
" Déjà mon troisième film avec elle. Les gens estiment qu'on va très bien ensemble, alors pourquoi m'en passer ? J'aime son jeu fait de sincérité et de candeur, et aussi son imagination fertile. Dans un registre tout différent, j'étais tenté par le potentiel comique peu exploité de Judith Godrèche. Je savais donc qu'elle incarnerait à merveille cette fille de Président, enfant gâtée, débordant de désir, belle sans être vulgaire, dans la lignée des actrices de la comédie américaine des grandes années. "
René QUINSON
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