Seigner et Campan divorcent !

Léa, 12 ans, ne trouve pas du tout génial que ses parents divorcent. A l'âge où elle découvre ses premiers émois d'adolescente, sa mère déboussolée n'a pas le temps de l'écouter. " Une semaine sur deux " (le titre du film), c'est la fête : elle se rend avec son jeune frère chez leur père, qui leur permet toutes les folies. Cette double vie avec ses changements de lieux et de rythmes constants pèse de plus en plus sur Léa qui espère que tout va rentrer dans l'ordre. Horrifiée, elle découvre que sa mère fréquente un autre homme et que son père entretient une liaison secrète avec une jeune fille…
Sur le thème banal des familles décomposées et recomposées, Ivan Calbérac a bâti une belle comédie dramatique dont le principal atout est l'épaisseur des personnages, servis par des acteurs convaincants. Léa idéalise son père qui est pourtant immature et veule, alors qu'elle juge beaucoup plus sévèrement sa mère, qui ne cherche pas à cacher son désarroi. Le réalisateur montre le quotidien de l'après-rupture, la difficulté que rencontrent les divorcés lorsqu'il faut s'engager avec un nouveau partenaire, l'état d'éternels nomades des enfants, allant de l'un à l'autre en traînant leurs valises.
" Dans un divorce, dit Ivan Calbérac, on sous-estime ce que vivent les enfants. On a souvent évoqué le traumatisme psychologique mais on montre rarement le séisme que provoque la double vie qu'on leur impose trop tôt. En cas de garde alternée comme ici, ils doivent s'organiser pour avoir toujours avec eux leurs affaires d'école, leurs vêtements et leurs jouets. Les parents ne tiennent pas compte des rituels dont les enfants ont besoin pour s'épanouir. Je voulais pourtant traiter ce sujet grave sur le ton de la comédie et j'ai choisi de faire raconter cette histoire par une préadolescente, qui n'est plus une petite fille naïve mais pas encore une adulte capable d'analyser la situation. "
Câlins gratuits
Bernard Campan est pathétique en thérapeute brandissant des pancartes "câlins gratuits" dans la rue, Mathilde Seigner est exaspérante face au charmant Grégori Dérangère qu'elle ne parvient pas à aimer.
"On dit que j'ai un caractère impossible, dit l'actrice, mais cette femme est bien pire que moi ! Elle ne supporte pas cet échec et ne se rend pas compte qu'elle fait mener à ses enfants une vie infernale. Professionnellement, elle s'en sort mieux que son ex-mari mais elle passe à côté de sa vie familiale. Aujourd'hui, les enfants sont encore au biberon alors que leurs parents vivent déjà séparément. J'aime jouer ce genre de personnage très proche de la vie, très accessible. "
" Nous avons tourné la séquence des "câlins gratuits" dans la rue, avec des figurants mêlés aux passants, ce qui a été très vexant car seuls les figurants ont accepté de m'embrasser, dit Bernard Campan. François, mon personnage, n'est pas celui qui a décidé de divorcer, et il se retrouve un peu dans la situation de ses enfants, obligé de s'adapter à une vie nouvelle. Il cherche désespérément l'amour, que ce soit auprès de sa jeune compagne, de ses clients, et même de son rival ! Le film montre aussi un autre phénomène de société : la femme a une attitude masculine, elle s'investit dans son travail, elle décrète qu'il est temps de divorcer, alors que le mari est fragile et rêveur. "
Danièle Lebrun incarne une grand-mère indigne hilarante, Judith Davis la maîtresse cachée. La jeune Bertille Chabert juge sans indulgence ces adultes qui se débattent dans leurs problèmes, comprenant peu à peu comment fonctionnent les couples en tombant elle-même amoureuse d'un garçon de 15 ans interprété par le prometteur Keyne Cuypers.
Marie-Dominique Vançon
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