Restauration Une TVA 5.5% à la carte
Même si l'addition affiche désormais une TVA à 5.5%, la partie n'est pas encore terminée. Les professionnels ont trois ans pour respecter les engagements pris avec l'Etat.
" S'il y a au moins une chose de positive que l'on retiendra du gouvernement Sarkozy, c'est bien la baisse de la TVA dans la restauration, confie Bernard. Le café à 1.10€ au lieu d'1.30€ ce n'est pas énorme mais c'est déjà pas mal ". " Moi, je ne bois pas de café, ajoute Serge, et mon petit blanc est toujours au même prix alors la TVA à 5.5%, ça m'est égal… " Au comptoir, les avis sont partagés. Chacun y va de son petit commentaire, mais le sujet ne reste pas longtemps sur la table. " Les gens nous attendaient au tournant, explique Jean-Michel Chavarochette, président du Groupement des Métiers de l'Hôtellerie de l'Allier. Ils voulaient s'assurer que l'on baisserait les prix. Maintenant que c'est fait, ils sont passés à autre chose. " Le battage médiatique s'est rapidement essoufflé après le 1er juillet et le consommateur, qui assimilait avant tout TVA à 5.5% et baisse des prix, ne fait plus grand cas de cette nouvelle. Pourtant, nombreux sont les professionnels de l'hôtellerie restauration qui ont joué le jeu. Dans l'Allier, du Mc Donald au restaurant étoilé de Jacques Décoret, les prix ont diminué dans plus de 1000 établissements. " Ne serait-ce que pour remercier les gens pour leur fidélité, nous devions faire un geste ", poursuit-il. Un geste qui n'est que le premier d'une longue série. Comme l'énonce le Contrat d'Avenir signé entre le gouvernement et les organisations professionnelles, les hôteliers, restaurateurs et cafetiers ont encore bien du pain sur la planche s'ils veulent en honorer toutes les clauses.
Contrat d'Avenir
Baisse des prix, hausse des salaires, création de 40 000 emplois au niveau national dans les deux ans, modernisation et mise aux normes des établissements… La première mesure a été appliquée en deux coups de cuillère à pot tout en attirant l'attention de tous les consommateurs. Mais ce n'était que la face visible de l'iceberg. La prochaine étape qui fait certes moins parler d'elle, mais qui pourtant jouera un rôle important dans l'évolution du secteur de la restauration : revoir les salaires à la hausse tout en embauchant plus. Une mesure qui semble difficile à tenir étant donnée la situation économique actuelle. " Ces derniers temps, l'activité est en baisse dans l'hôtellerie restauration et depuis deux ans, le mois de juillet est difficile. Il faut peut-être laisser passer l'été et voir ce que ça va donner en septembre. Certains de mes collègues, précise Jean-Michel Chavarochette, notamment du Sud de la France, attendent justement la rentrée pour revoir leur prix. " Malgré tout, d'ici deux ans, 20000 emplois pérennes et 20000 emplois en contrat d'apprentissage ou professionnalisation devront être créés et pour ce faire, les professionnels ont une fois de plus carte blanche dans la façon de procéder. " Comme pour les prix, nous décidons seuls d'augmenter ou non les salaires, d'embaucher plus ou pas ". Il n'y a pas de quota par entreprise, seulement, c'est toute la profession qui devra se mobiliser pour atteindre les objectifs du Contrat d'Avenir.
Pour trois ans
Si les restaurateurs, hôteliers et cafetiers sont libres d'appliquer leurs propres règles, ce n'est pas pour autant que le gouvernement n'y met pas son grain de sel. Afin de s'assurer de la bonne volonté de ces professionnels, il a mandaté un Comité de suivi chargé de relever 17 000 prix auprès de 4 000 établissements. " Les inspecteurs sont passés au mois d'avril et sont revenus il y a quelques semaines pour vérifier que nous jouions bien le jeu. Ils vont établir des statistiques que j'espère plutôt positives. Car, si la TVA à 5.5% est acquise elle n'est pas définitive. Le Contrat d'Avenir est signé pour trois ans. C'est le temps imparti aux professionnels pour faire un effort, également en terme de modernisation. Une des clauses du Contrat prévoit la mise aux normes des établissements, concernant notamment l'accessibilité pour les handicapés. En 2011, il nous faudra être tous en conformité avec la loi. Alors autant profiter des avantages du Contrat et de la baisse de la TVA tout de suite en réinvestissant, si on ne veux pas que les aides nous passent sous le nez ", en conclut Jean-Michel Chavarochette.
Quoiqu'il en soit, les professionnels de l'hôtellerie restauration attendaient depuis tellement longtemps un geste de la part du gouvernement que la grande majorité s'est déjà engagée à jouer le jeu jusqu'au bout. Et ce, malgré les difficultés économiques actuelles. Seulement si beaucoup comptaient sur cette baisse pour redynamiser leur activité, les consommateurs eux ne semblent pas pour autant changer leurs habitudes. " C'est sûr, ce n'est pas parce que le menu passe de 12€ à 10€ que j'irai plus souvent au restaurant ", témoigne Stéphanie. " Moi j'aurais plutôt tendance à me laisser tenter, pour voir si l'addition est vraiment moins salée, ajoute Pierre, mais ce n'est pas le moment, les vacances approchent. A la rentrée peut-être. "
Peut-être, mais d'ici là, pour beaucoup, cet effet d'annonce sera déjà probablement rayé de la carte.
Marie Mendès
TVA 5.5 : Trouvez-vous l'addition moins salée ?
Gérard et Colette
" Nous habitons Vichy mais nous n'avons pas encore fait le tour des restaurants. Du moins nous n'avons pas eu l'occasion de comparer. Mais il nous semblerait qu'il n'y ait rien de probant pour le moment. "

Magali, 33 ans, employée
" A vrai dire, je ne suis pas encore allée au restaurant, donc je ne peux pas comparer. "

Camille, 23 ans, serveur
" Oui, l'addition est moins salée. Je l'ai remarqué d'autant plus que je travaille dans la restauration. Mais, je trouve tout de même que ça se voit bien. " |
|