Guédigian évoque la Résistance
Dans Paris occupé, des immigrés hongrois, polonais, roumains, italiens, espa-gnols, souvent juifs, créèrent, en 1943, un réseau de Résistance affilié aux FTP, sous la direction du poète arménien Missak Manouchian. Aucun groupe ne fut plus ravageur. Ils exécuteront des centaines d'attentats, dont le meurtre d'un général SS, des déraillements de trains. Arrêtés sur délation par la police française et remis à la Gestapo, 23 résistants furent torturés et fusillés au Mont Valérien. Le visage d'une dizaine d'entre eux figura sur l'affiche " L'armée du crime " placardée dans toute la France.

Robert Guédiguian renoue encore avec ses racines en évoquant le courage et le sacrifice de ces étrangers, jeunes pour la plupart, qui moururent pour la France et l'Internationale communiste à laquelle ils appartenaient.
" Je trouvais leur histoire tellement belle et héroïque que j'avais un peu peur de la raconter, déclare Guédiguian. J'ai toujours été fasciné par ces héros ordinaires. Je me sentais investi d'une responsabilité hors cinéma, historique, intellectuelle, patrimoniale. "
Ce film a le mérite de l'authenticité et de l'humanité. Car, entre deux opérations, les résistants poursuivaient vie de famille et histoires d'amour.
" Pour les faits historiques, j'ai réuni une importante documentation. Je n'ai pas hésité à prendre quelques libertés, forcément respectueuses, notamment en ne respectant pas strictement la chronologie de certains faits. J'ai voulu aussi introduire une part de fiction vraisemblable en montrant la vie intime et quotidienne de mes personnages. En somme, il s'agissait de montrer des jeunes comme les autres qui, par idéal, vont se battre jusqu'au sacrifice. "
Abkarian excellent
A travers le personnage principal se pose aussi le problème de la violence justifiée.
" Missak, explique Guédiguian, est un poète, un non-violent. A la veille de sa mort, il écrivit à sa femme qu'il n'avait aucune haine contre le peuple allemand. Mais il est des cas où il n'y a pas d'autre solution que le recours à la violence. Pourtant, celle-ci doit continuer à être dénoncée et rester exceptionnelle. Après un attentat, Missak contemple les cadavres des soldats allemands. Il dit " je suis devenu un vrai combattant " et il pleure, exprimant ainsi la contradiction absolue de cet acte violent. "
Des interprètes inconnus et tous convaincants jouent les rôles des vingt-trois membres du groupe Manouchian, et le reste de la distribution réunit de vieux routiers, dont deux appartenant à la " compagnie Guédiguian ", et d'autres à la nouvelle génération.
Simon Abkarian interprète excellemment Missak Manouchian, pacifiste, respectueux de la vie et qui doit tuer et faire tuer. Tous les interprètes sont à louer, qu'il s'agisse de Robinson Stévenin, le révolté Rayman, de Grégoire Leprince-Ringuet l'idéaliste Elek, de Virginie Ledoyen, épouse douce et déterminée de Manouchian, ou de Ariane Ascaride et Jean-Pierre Darroussin (jouant un policier ignoble).
Avec en visuel le Paris du temps de l'occupation parfaitement reconstitué et, en fond sonore, les chansons de Ray Ventura et Maurice Chevalier, ainsi que Bach pour le final dramatique, et une minutieuse reconstitution du climat de l'époque, ce film sur lequel passe un grand souffle romanesque nous prend aux tripes pendant près de deux heures et demi.
René QUINSON
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