51 ans au compteur !
Quelques petits tours de circuit, et voilà Michel Vaillant aux commandes d'une " Vaillante Le Mans ", conçue par son frère, Jean-Pierre, et construite par la firme paternelle, dirigée par Henri Vaillant. Dès la première histoire, " Le grand défi ", cru 1957, le jeune pilote se retrouve face aux plus grands coureurs mondiaux, dont Steve Warson, le blond américain qui deviendra son ami le plus fidèle. Soutenu par sa famille et son public, Michel devra néanmoins affronter mille dangers car le fair-play n'est pas forcément de rigueur et la compétition est autant économique que sportive !
D'autres épreuves, courses et rallyes, attendent le héros et ses proches dans " Le pilote sans visage ", " Le circuit de la peur "…mais il y aura également des épisodes moins techniques, moins vite, comme " Route de nuit ", lorsque nos amis tentent de sauver l'entreprise de transports de l'oncle Benjamin… Au gré des aventures, de nom-breuses séquences sont consacrées à la vie familiale des Vaillant, dignes des meilleurs soap operas du moment, où, malgré l'humour, les tensions dues à ce métier à risque restent omniprésentes et achèvent de faire de la série une vraie photographie réaliste des années 50 et 60… Il faut préciser que la série a bénéficié de l'aide attentionnée de Francine, l'épouse de l'auteur, et par la suite, de leur fils, Philippe.
C'est en 1957 que Jean Graton, nantais installé à Bruxelles, inventa ce jeune cou-reur automobile. Après plusieurs récits pour " les belles histoires de l'Oncle Paul ", dans l'hebdomadaire Spirou, il passa à Tintin, en 1953, où il dessina quantité de récits à dominante sportive puis proposa les aventures du pilote. Au bout de quelques récits courts, le personnage avait plu et put enfin se lancer dans sa première grande course : " Le grand défi " en 1957. Alors que André Fernez, le rédacteur en chef avait prédit une courte carrière au héros, qu'il imaginait sans peine se lasser au bout de quelques tours du circuit de Francorchamps, Jean Graton avait simplement répliqué : " -Faites-moi confiance ". Le breton surprit sans cesse, multipliant lieux, intrigues et genres et, à part quelques biopics automobiles consacrés aux grands de l'automobile, resta fidèle à son personnage qui devint une des valeurs sûres de l'hebdomadaire. 70 aventures -et 51 ans plus tard- Michel Vaillant est toujours là, en famille, malgré la disparition des journaux pour jeunes (Tintin, bien sûr, mais aussi Super-As qui hérita de la série dans les années 80), malgré la livraison hebdomadaire des " Labourdet ", une saga familiale qui paraissait dans " Chez Nous " et la création d'une seconde série -moto cette fois : Julie Wood, qui intégrera assez vite les aventures du pilote et malgré l'évolution de ce sport ; Les raisons de ce succès ? Graton et Vaillant sont ancrés dans la réalité, le premier est devenu un spécialiste des sports automobiles, reconnu par la profession, il s'est attaché à à mettre en scène les protagonistes, coureurs, directeurs de courses, constructeurs et journalistes et n'a pas hésité à fréquenter les circuits pour plus de véracité, organisant même un studio où ont débuté de futurs talents dont Christian Denayer et Christian Lippens ; le second a grandi et progressé en restant un modèle, comme le disent ces quelques lignes au dos des albums, " mieux qu'un héros d'aventures, un véritable ami, fort courageux et loyal ". Michel Vaillant a épaté tout le monde, et, si l'on a ainsi pu voir de vraies " Vaillantes " courir sur des circuits, il n'est pas étonnant qu'il ait eu droit à sa série télévisée à la fin des années 60, puis devienne la vedette d'un dessin animé en 1990 et, enfin, d'un film à gros budget " piloté " par Luc Besson au début du millénaire.
Au fil des deux premiers volumes de cette nouvelle collection, " Michel Vaillant, l'Intégrale ", nous pouvons suivre les débuts de Michel Vaillant au travers de cinq récits courts et ses premiers exploits, du " Grand défi " à " La trahison de Steve Warson ", agrémentés de commentaires éclairés sur l'histoire de l'automobile, de croquis inédits et de nombreuses reproductions uniquement parues dans l'hebdomadaire Tintin… Voilà une intégrale digne de ce nom, exhaustive et documentée, une véritable madeleine de Proust, même si l'on n'est que peu sensible aux rugissements des moteurs et à l'évolution des carrosseries…
Jim Everest
Michel Vaillant, l'intégrale
Tomes 1 et 2
Textes et dessins de Jean Graton
Préface de Alain Prost
Edition Le Lombard
240 pages couleurs, 24,50 €
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