Deneuve et Hands sont " Mères et filles "

Installée à Toronto, Audrey revient en France pour passer quelques jours chez ses parents au bord de la mer. L'accueil glacial de sa mère l'incite à emménager à côté, dans la maison de son grand-père récemment décédé. Derrière un meuble, elle trouve un cahier contenant une grosse somme d'argent, une photo, des recettes de cuisine et des pensées intimes. Audrey remonte le temps, cherchant à comprendre les vraies rai-sons de la disparition de sa grand-mère Louise, qui a soudain abandonné son mari et ses deux jeunes enfants dans les années 1950.
L'emploi du pluriel dans le titre du film peut d'abord surprendre car il s'agit de l'affrontement d'une mère (Catherine Deneuve) et d'une fille (Marina Hands), mais l'on comprend rapidement que le sujet est plus universel, posant l'insoluble question " Comment être une bonne mère ? " Dans le passé, Louise (Marie-Josée Croze) a cru en vain que le confort ménager pouvait lui apporter le bonheur. Poussée par sa mère, Martine est devenue médecin, indépendante mais dévastée par l'abandon maternel.
La réalisatrice Julie Lopes-Curval explique comment lui est venue l'idée de ce film : " J'avais envie de parler des femmes occidentales d'aujourd'hui et de la façon dont elles ont évolué, dit-elle. Les Françaises ont lutté pour obtenir leur indépendance et il était intéressant de voir ce qu'en font leurs petites-filles. J'ai présenté mon scénario à Deneuve en tremblant. Son "oui" a été le plus beau mot du monde.
Jeu de pistes
Au lieu de traiter ce sujet comme une psychanalyse familiale, la réalisatrice nous propose un astucieux jeu de piste, une enquête menée par une jeune Miss Marple entêtée. Audrey reconstitue minutieusement, à l'aide du contenu du carnet, les scènes qui ont dû se dérouler dans la maison. Elle interroge son père (Michel Duchaussoy), son oncle (Jean-Philippe Ecoffey) et la vieille voisine (Eleonore Hirt) pour conforter ses hypothèses. Elle dérange un ordre établi basé sur des soupçons, des non-dits et des faits que tous ont voulu oublier.
" J'ai donné mon accord rapidement, dit Catherine Deneuve, parce que tout me plai-sait dans ce projet : une réalisatrice sensible et talentueuse, un scénario original, des dialogues très authentiques et quelques scènes difficiles à jouer. Pour me mettre ainsi à nu sans voyeurisme, il me fallait une partenaire solide, douce en même temps. Le choix de Marina Hands, que j'admire, était la condition sine qua non de mon acceptation. "
Marina Hands, césarisée en 2007 pour "Lady Chatterley" de Pascale Ferran, pense qu'elle aurait pu jouer ce rôle face à sa mère Ludmila Mikäel : " Depuis que je fais ce métier, je rêve de jouer avec elle. Ces rôles nous sont tellement étrangers que nous aurions pu faire croire à ces personnages en nous amusant. Partager l'affiche avec Catherine Deneuve m'a d'abord intimidée car si je suis à l'aise au théâtre, je suis encore novice au cinéma. Je me suis aperçue qu'elle était aussi inquiète que moi en abordant des scènes intimes. J'ai vite oublié l'icône Deneuve pour ne voir qu'une partenaire désireuse de servir le film. Elle s'est montrée très maternelle et nous sommes devenues complices. "
Avec des dialogues à fleur de peau qui bouleversent, le trio d'actrices offre une prestation rare. " Mères et filles " est un grand moment de cinéma.
Marie-Dominique Vançon
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