Le polar auvergnat a la cote
Le polar a conquis un public de plus en plus large et bénéficie de l'engouement de lecteurs passionnés et exigeants. L'Auvergne n'est pas exclue de cette tendance…
Le roman policier n'est pas seulement une enquête policière et la découverte d'un coupable. Pour une bonne recette de polar, mélanger une bonne histoire, une pincée d'intrigue, des personnages charismatiques et de l'action. Mais chaque auteur a sa façon de le faire mijoter…
Homme de loi et jeune auteur clermontois, Nicolas Fournier a réinventé les codes du polar en mêlant humour et violence. " Le chapeau ", publié chez Bénévent, est un roman policier argotico-labyrinthique, une histoire à tiroirs narrée par le " boss, un parrain de la mafia doublé sur un coup ". Ce livre très rythmé au style percutant se déroule en 24 heures " pour que le lecteur ne s'impatiente pas et que l'intrigue conserve son intensité ". Entre meurtres, recherche des coupables… dans le monde hors-la-loi de la mafia, le contrat est bien rempli ! Client, notamment, du cinéma d'Audiard, Ritchie et Tarantino, Nicolas Fournier n'a pas voulu jouer le jeu de la surenchère de la violence mais " créer une histoire brutale dans un souci d'authenticité. " Pourtant, à l'origine, cet exercice de style n'était pas le domaine de prédilection de l'auteur. " Je préfère la littérature assez ourlée, explique Nicolas Fournier. Mais je n'envisage pas l'écriture sans ambition stylistique affirmée. "
Une machinerie précise
Ancien rédacteur en chef d'Info Magazine et auteur de trois romans, Patrice Vergès a, au départ, choisi le polar " par vanité et par facilité. Je pensais que c'était une sous-culture mais c'était une grave erreur : cela nécessite d'avoir au minimum deux histoires, voire trois, la machinerie doit être extrêment précise, les personnages énormément travaillés… " Et l'auteur se complait dans la difficulté : ses polars franco-français, avec de nombreuses références aux années 60, se déroulent de surcroît dans la région bordelaise. Dans son dernier ouvrage, " 13 jours à tuer " (Ed. Lucien Souny), Patrice Vergès mêle meurtres, tortures, actes immoraux à la sensibilité et au thème des relations filiales. " Mes personnages sont toujours fragiles mais, dans cer-taines circonstances, s'avèrent faire preuve de courage. On séduit plus avec la fragilité que la force. "
" Un polar se construit à 90-95 % avant l'écriture pure. Il faut trouver une histoire -le plus important-, la bâtir, inventer des personnages, créer des fausses pistes pour perdre le lecteur. J'essaye également de faire travailler l'imaginaire en étant très précis sur les odeurs, les couleurs, les sons, etc. "
La méthode de Yan Gérard est différente. Son domaine de prédilection ? Les chiffres. Auteur de " 676 " (Ed. Léo Scheer), un thriller envoûtant façon Dan Brown, ce mathématicien à l'université d'Auvergne a puisé son inspiration dans le cinéma des années 80, les jeux vidéos et de rôle ainsi que dans la littérature de l'imaginaire comme celle de Simmons ou Lovecraft. A l'occasion de la disparition d'un mathématicien, le lecteur est plongé petit à petit dans l'ésotérisme. " L'originalité a été de mélanger les mystères des mathématiques aux sciences occultes. Mon travail d'écriture a été d'apporter une consistance à cet univers en allant rechercher des références historiques et géographiques. Dans un roman policier, les règles sont précises : les événements doivent avoir une logique, on ne peut utiliser le hasard. Les éléments doivent s'imbriquer jusqu'au dénouement, tout en masquant les intentions des personnages pour créer le suspense. Sans synopsis prédéfini avant l'écriture, l'auteur ne risque pas de dévoiler ses intentions. "
Tous ces écrivains ont cependant le point commun de travailler pendant la nuit… noire comme le polar. Un instant propice où les auteurs peuvent laisser libre cours à la part la plus sombre de leur imagination…
Audrey GOBIET.
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