fEtre carrossier aujourd'hui…
La carrosserie est l'un de ces secteurs qui recrutent toujours. Métier manuel, souvent dénigré, les carrossiers sont aujourd'hui confrontés à des véhicules toujours plus modernes. Rencontre avec Jean-Luc Bresse, professionnel en Haute-Vienne….
Infomagazine : Comment devient-on carrossier ?
Jean-Luc Bresse : On peut devenir carrossier en étant apprenti, ou en suivant le cursus scolaire, du CAP au bac pro, qui contient davantage de matières administratives et juridiques. Son diplôme en poche, le jeune nécessitera encore un ou deux ans de formation en atelier pour être totalement opérationnel. Et comme tous les métiers manuels, nous manquons de main d'œuvre.
Relations avec les assurances
Info : Qu'en est-il des relations tendues entretenues entre les carrossiers et les compagnies d'assurance ?
J.-L. B. : Nous sommes tributaires des assurances. Si nous nous en privions, cela occasionnerait une grosse baisse de travail, puisqu'elles représentent 70% de notre volume d'activité. C'est sur le taux horaire, que les assurances nous imposent, que le bât blesse. Nous devons être la seule profession dont les tarifs sont imposés par les donneurs d'ordres. Et nous ne sommes pas franchement en mesure de négocier.
Info : L'automobiliste aussi a changé ses habitudes ?
J.-L. B. : Aujourd'hui, les particuliers ne vont plus chez le carrossier pour une portière ou un pare-choc abîmé. D'autant que l'on change bien plus souvent de voiture, qui est devenue un bien de consommation comme un autre.
Info : Les assurances vous ont aussi obligé à proposer des véhicules de prêt ?
J.-L. B. : De plus en plus de compagnies incluent dans les contrats le prêt d'un véhicule, si l'assuré se rend dans un garage agréé. Or, elles demandent à ce que ce soient des véhicules de moins de trois ans et de moins de 60.000 km. Elles sont rares à nous les payer. Ces véhicules sont donc à nos frais.
Evolutions du métier
Info : Aujourd'hui, les carrossiers ont vu leur métier évoluernotamment pour les expertises de petits sinistres ?
J.-L. B. : Tout à fait. Nous faisons nous-mêmes les photos pour les petits sinistres et les experts ne se déplacent que pour les sinistres importants. Nous en faisons une douzaine en moyenne (avant, arrière, kilométrage, pneus, identification, et le choc). Nous leur envoyons via Internet les photos et le devis, qu'ils valident, s'ils l'estiment juste. Cette méthode est bien plus rapide et bloque la voiture accidentée que durant le temps de la prise des photos. Avant, il fallait une journée d'immobilisation pour le passage de l'expert sur le terrain.
Info : D'un point de vue technique, la profession s'est fortement modernisé face à l'importance et à la complexité de l'électronique embarqué ?
J.-L. B. : Contrairement aux concessions qui possèdent leur matériel de diagnostic, nous devons être compétents sur tous les véhicules de toutes les marques. Nous cou-vrons 80% du parc automobile, les 20% restants étant des véhicules de moins de deux ans, verrouillés par les constructeurs. Nous n'avons pas le calculateur pour rentrer dans la base de données.
Info : Votre champ de compétences s'est étendu ?
J.-L. B. : Outre la carrosserie, c'est-à-dire la partie de tôle visible, nous nous occupons aussi des trains avant et arrière, de la géométrie, des airbags, de la mécanique (changement de radiateur…), de la climatisation, du freinage… Beaucoup de garages ont un mécanicien propre à l'atelier.
Des " éco-carrossiers "
Info : Les peintures elles-mêmes ont évolué ?
J.-L. B. : Depuis plus de 10 ans, il existait des peintures à l'eau, qui sont devenues obligatoires en 2007. Ce sont des peintures qui n'ont pas de solvants sur les bases, mais sont solvantées pour les vernis. Cela a impliqué des changements de méthodolo-gie et d'application… Les peintures à l'eau nécessitent plus de temps de préparation et de séchage. Les salariés ont suivi des formations à l'utilisation de ces nouveaux produits, organisées par les fournisseurs de peintures. En outre, il a fallu acheter de nouveaux pistolets, refaire les stocks, et certaines cabines qui n'étaient pas adaptées au niveau du séchage.
Info : Beaucoup de professionnels sont devenus des " éco-carrossiers " ?
J.-L. B. : Certains garages ont cessé leur activité carrosserie car ils n'avaient pas le volume suffisant pour amortir le coût de ces transformations. A l'achat, les peintures à l'eau sont plus chères de 20%, un montant que nous n'avons pas pu répercuter sur les factures des clients ! De plus, nous sommes très vigilants quant au tri et au recyclage des déchets. Le liquide de refroidissement, les huiles, les plastiques, les tôles sont triés dans des box, qui sont relevées par différents prestataires.
Info : Vous êtes soumis à un nombre important de normes à tenir lors des réparations ?
J.-L. B. : Quand nous réparons un véhicule, nous nous devons d'appliquer les mêmes normes anticorrosion, par exemple, que les constructeurs, avec les mêmes garanties (7, 10, 12 ans…), tout comme les produits que nous injectons anti-gravillons, les cires de corps creux…
Info : Enfin, question de circonstance : avec les différents épisodes neigeux, dont no-tamment celui du mois de décembre, vos carnets doivent être noirs de rendez-vous ?
J.-L. B. : Il est vrai que nous avons davantage d'activité en hiver. Les intempéries nous ont emmené un surcroît de travail de 25% environ. L'épisode neigeux du mois de décembre avait un caractère exceptionnel, d'autant qu'il a surpris les automobilistes à la sortie du travail. Il y a eu beaucoup de " glissades " : les gens ont perdu le contrôle de leur voiture et ont tapé des trottoirs. Nous avons reçu des véhicules ayant, essentiellement, des accidents des trains, des pare-chocs ou des portières enfoncés.
Propos recueillis par
Anne-Marie Muia
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