Depardieu et Peolvoorde réunis à l'écran
Pour l'aider à composer son œuvre, Alexandre Dumas avait un " nègre ", l'austère Auguste Maquet, tâcheron infatigable qui remplissait des centaines de pages.
Dumas, génie charismatique, donnait vie à ces brouillons en y insufflant des dialogues spirituels, des phrases flamboyantes. Lors d'un séjour à Trouville, Dumas change de chambre avec son " nègre " et une jeune fille qui veut le contacter se trompe d'interlocuteur. Fasciné par sa beauté, Maquet usurpe l'identité de son maître. Follement amoureux, ce monarchiste s'engage avec elle dans un combat révolutionnaire et républicain. Mais à Paris, la vérité va éclater…
Safy Nebbou, auteur de deux films contemporains, " Le Cou de la girafe " et " L'Empreinte de l'ange ", et le scénariste Gilles Taurand nous expliquent comment, sous le titre " L'autre Dumas ", ils ont adapté " Signé Dumas ", une pièce écrite par Cyril Gély et Éric Rouquette : " La pièce se limitait à un face à face, d'ailleurs passionnant, entre Dumas et Maquet. Pour éviter le théâtre filmé, nous avons inventé l'imposture, ajouté la révolte républicaine et trois personnages féminins qui apportent beaucoup. Notre ambition était de réaliser une aventure romanesque telle que Dumas aurait pu la concevoir. "
Depardieu ? " Nous l'avions dans la tête car il possédait la dimension physique, morale, intellectuelle, excessive, indispensable au rôle. Mais pas sûrs qu'il accepterait, heureusement il l'a fait. Pour Maquet il fallait un autre grand nom et pourquoi pas Benoît Poelvoorde, à contreemploi certes, mais nous étions persuadés qu'il pouvait jouer épuré. Cela fut plus facile que prévu de diriger ces deux monstres sacrés. Pour les rôles féminins, nous avons choisi deux actrices remarquables trop ignorées par le cinéma, Dominique Blanc et Catherine Mouchet, auxquelles on a adjoint la jeune Mélanie Thierry. "
Poelvoorde : " j'ai appris à jouer minimaliste "
Benoît Poelvoorde arrive après avoir laissé son chien, Billy Bot, au vestiaire. " C'est mon premier chien, et mon confident. Il sait tout sur moi, et heureusement il ne peut parler. Sans quoi il pourrait raconter combien, alors que j'aime bien les rôles délirants, j'ai dû apprendre à jouer minimaliste sans le moindre effet comique ou dramatique. Maquet est un être lisse, pas un simple pisse-copie car il a du talent, mais effacé à souhait. Mais rien que ma rencontre avec Depardieu valait la peine de faire le film. Nous nous connaissions très peu et nous voilà devenus intimes et complices. "
Gérard Depardieu arrive, lui, assez fatigué, blasé de promotion et agacé parce qu'on veut à tout prix le comparer à Alexandre Dumas. Comme lui il est pourtant grande gueule, bon vivant, gourmand, amateur de femmes, passionné par son métier.
" Ce que j'ai vu en lisant le scénario, c'est un personnage fabuleux à jouer tellement il possède de facettes. D'ailleurs je ne connaissais pas Dumas. J'ai lu ses œuvres, j'ai joué " Le Comte de Monte-Cristo " mais j'ignorais sa vie. Il me fallait être plus simple, plus subtil que d'habitude car dans les grands personnages historiques on a tendance à en faire un peu trop. "
Aujourd'hui, l'acteur porte un regard sans concession sur le 7e art français. " Sur le plan de l'inspiration et des talents, le cinéma français me semble décliner. Les Américains proposent " Invictus " ou " Avatar " et chez nous cela me semble de plus en plus petit, même dans le cinéma d'auteur. Où sont les Truffaut, les Pialat ? La relève ne se fait pas. J'ai eu de la chance de trouver " L'Autre Dumas ". Et c'est la même chose pour la télévision où l'Audimat fait la loi.
René QUINSON
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