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Edition du 08 / 02 / 2012
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» Article paru le : 15/02/2010
» Sur les éditions : Allier
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Sport et économie : l'élite sportive au crible


Des moyens financiers et des équipements très disparates… A Clermont, les clubs de l'élite présentent bien des contrastes. Rugby, foot, basket, hockey ou volley, petit tour d'horizon de la planète sportive.


D'un côté l'ASM Clermont Auvergne, Société anonyme de sport professionnel, l'un des ténors du rugby français, ses 19 millions d'euros de budget annuel et ses 73 salariés. De l'autre, le Hockey Clermont Communauté Auvergne, ses 210.000 € de budget, un statut amateur et son seul salarié, l'entraîneur-joueur Tuomo Määttä. Alors que la première brille sur la scène nationale et européenne, attire une moyenne de 14.900 spectateurs dans son antre du Michelin, le second se débat dans le ventre mou et l'anonymat de la Division 2, devant un peu plus de 300 spectateurs blottis dans les gradins d'une patinoire au charme suranné.
" Souvent, la recette du match ne suffit même pas à payer les deux arbitres, soit 700 € ", constate un brin dépité, Didier Muller, le président du HCCA. Certes, le hockey bénéficie des subventions des collectivités locales, lesquelles apportent environ la moitié de son budget. Mais les finances publiques, aujourd'hui exsangues, conduisent les responsables à se tourner vers les partenaires privés…
" Hélas, avec la crise, nous avons perdu des sponsors, reprend Didier Muller. Il est dur pour nous d'exister à côté de clubs comme l'ASM. "
Même son de cloche au Volley-ball club de Chamalières, où l'on compte 4,5 salariés pour un budget de 160.000 €, et dont l'équipe des " Panthères roses " porte désormais l'étendard du sport féminin de haut niveau sur la région. " Les grands clubs aspirent les partenaires potentiels, admet lui aussi Michel Burel, le président. Sans les subventions des collectivités, il nous serait impossible d'exister, même si l'aide n'est pas forcément proportionnelle à notre niveau. ".
Au Stade Clermontois Basket Auvergne, qui dispose d'un budget de 1,7 M d'€, il est également difficile de conserver la centaine d'entreprises partenaires. " C'est tendu ", confirme le président Pierre Berger. " Dans cette période difficile, les sociétés, et même les collectivités, ont bien d'autres choses à faire que de financer le sport. "


Travailler avec des partenaires locaux


Même si chez les " Jaune et bleu " on se défend de phagocyter les autres structures, force est de reconnaître que l'attraction pour le ballon ovale reste forte. Cette étoile brillante, autour de laquelle gravite aujourd'hui près de 400 entreprises partenaires, René Fontès et son équipe l'ont pourtant construite de toute pièce, après les errements financiers de l'ère Jourdan.
" Nous n'avons pas la volonté d'attirer à nous tous les partenaires. Mais si ces derniers souhaitent faire un investissement de notoriété, force est de constater qu'aujourd'hui à Clermont, c'est plutôt sur le rugby qu'il faut aller ", observe Jacques Pineau, le vice-président et directeur général délégué de l'ASM.
Visiblement, le contexte économique ne semble pas trop peser sur les finances du club de l'avenue de la République. " Les partenaires ont le portefeuille du même côté que le cœur. Même en période de difficultés, l'abonnement à l'ASM, c'est souvent la dernière chose qu'ils supprimeront. "
Chez les Jaunards, on s'est aussi donné les moyens d'entretenir et de faire fructifier ce vivier. Au sein du club, pas moins de quatre personnes s'occupent à plein temps des partenariats, sans compter les dirigeants qui n'hésitent pas à mettre la main à la patte.
Au Clermont Foot Auvergne 63, on ne veut pas prendre ombrage d'une telle réussite, mais plutôt s'en inspirer, alors que 130 entreprises soutiennent actuellement les " rouge et bleu ". Mais avec l'un des plus petits budget de Ligue 2, 7,1 M d'€ (dont 55 % issus des droits TV), difficile de pouvoir rivaliser avec les équipes de haut de tableau...
" Qu'on le veuille ou non, en sport comme dans d'autres domaines, nous sommes dans un environnement concurrentiel, analyse le président Michy. Pour l'instant, nous occupons la 31e place du foot français, tandis que l'ASM joue les premiers rôles dans sa discipline. Nos voisins sont pour moi un très bel exemple de réussite. Je regarde avec attention ce qu'ils mettent en place. Tout fonctionne en osmose. Et puis, il n'y a pas de problème de moyens quand on a la chance d'avoir un leader mondial derrière soi. "
Une situation confortable et enviable certes, mais qui parfois, peut être une arme à double tranchant. Au CA Brive Corrèze par exemple, le replis brutal du groupe Derichebourg il y a quelques mois, a mis sérieusement en péril les finances du club.
En 2004, lorsque Edouard Michelin a demandé à René Fontès de remettre de l'ordre dans la maison " jaune et bleu ", il fut aussi question " d'ouvrir le club sur l'extérieur ", afin de parer à une trop forte " Bibendum dépendance ". Et de fait, l'aide de la Manufacture n'a ainsi pas bougé depuis des années (elle se situe toujours à un peu moins de 2 M d'€ par an), quand dans le même temps, le budget est passé de 10,5 à 19 M d'€.
" Quand on perd un sponsor pesant plusieurs centaines de milliers d'euros, c'est très dur de le remplacer. Il faut donc jouer sur le nombre, et travailler davantage avec des partenaires locaux. C'est par le contact des hommes que se créent les véritables relations de partenariat ", estime Jacques Pineau.


Les stades, outil de développement


Afin d'augmenter ses recettes, un club professionnel doit disposer aujourd'hui d'une enceinte adaptée. Logique.
" On a travaillé sur l'accueil des partenaires, l'accès au stade, les parkings, on fait des efforts, mais pour l'instant, il nous manque le théâtre ", reconnaît Claude Michy, qui ne désespère pas d'arriver à ses fins sur le projet de grand stade.
Véritable serpent de mer, l'agrandissement du Montpied tarde toujours à venir, malgré une étude de financement combinant fonds publics et fonds privés.
" Il faut imaginer ce futur stade comme un outil multidisciplinaire, capable d'animer la vie de tout un quartier. Un équipement à vocation sportive certes, mais aussi économique et sociale, intégré dans le projet global de l'ANRU ", explique le président du Clermont Foot, avant de faire part d'une crainte. " Evitons que le stade ne se retrouve au milieu d'un enjeu politique, à l'image de celui de Jean-Bouin à Paris. Sur ce sujet, les politiques doivent dépasser leurs clivages. "
Le stade comme moyen de développement économique, comme lieu de vie ouvert toute l'année, l'ASM Clermont Auvergne l'a bien compris, à l'heure où elle s'apprête à lancer les travaux de fermeture des angles de son carré fétiche.
Propriétaire de son enceinte, une spécificité dans le milieu du rugby comme du football hexagonal, l'ASM aura, en quatre ans seulement, modifié radicalement le visage du Michelin. Et ce, sans recevoir l'once d'une subvention publique.
" Notre gros avantage, c'est notre autonomie. Celle-ci nous permet d'avoir une réactivité incroyable. La décision de faire le stade, elle se prend avec très peu d'intervenants et elle est mise en œuvre rapidement ", souligne Jacques Pineau.
En 2011, une fois les travaux achevés, le club pourra compter sur des rentrées supplémentaires d'argent estimées à 1 million d'euros par an. Revers de la médaille, il doit aussi supporter seul les remboursements d'emprunt et les coûts d'entretien de l'ensemble, soit un peu plus de 2 M d'€ chaque année (11 % de ses dépenses).


Mutualiser les moyens : la solution ?


Si le sport professionnel coûte cher, jouer les premiers rôles nécessite encore plus d'argent. Pour attirer davantage de monde dans les salles ou les stades, la solution passe peut-être par le rapprochement entre les différentes disciplines. Pourquoi ne pas mutualiser des choses à l'échelle des clubs ? Le Clermont Foot et le Stade Clermontois Basket ont déjà ouvert la voie, en officialisant leur union l'automne dernier.
" Plutôt que de nous concurrencer, voyons comment nous pouvons proposer une offre plus ouverte aux gens qui aiment le sport en général ", argumente Pierre Berger, en évoquant la venue à la Maison des sports des membres de la très rugbystique association du " Bouclier Arverne ".
" Offre marketing, formation, etc., le sport professionnel peut partager bien des choses ", reste persuadé Claude Michy. Action tangible, les deux entités ont permis à leurs supporters respectifs d'assister à deux matches, foot et basket, mais pour le prix d'un seulement. Le Clermont Foot a également reconduit l'opération avec le Hockey.
" Tout ça a bien fonctionné. 70 personnes sont venues découvrir nos Sangliers à la patinoire ", confirme Didier Muller.
A Chamalières, afin d'attirer le maximum de personnes, l'entrée au match de volley est carrément gratuite. Un cas assez unique au sein de l'élite régionale.
Autre question récurrente, l'agglomération clermontoise est-elle capable de supporter économiquement trois clubs professionnels dans l'Elite ? Jacques Pineau se montre sceptique : " ça me paraît difficile. " Pour Claude Michy et Pierre Berger, en revanche, c'est oui. Ce dernier fait d'ailleurs remarquer que le basket professionnel ne réclame pas des enveloppes astronomiques. " Si l'on veut s'inscrire durablement en Pro A, il faudra que l'on passe à des budgets compris entre 3 et 3,5 M d'€. Trouver 1 Md'€ de plus sur l'agglomération, ce n'est pas irréalisable, loin s'en faut. "
Quitte à lorgner vers le plus gros partenaire potentiel local, un certain géant mondial du pneumatique ? Au Clermont Foot, on s'est évidemment déjà posé la question… " Aujourd'hui, ils ont le rugby. Ils n'ont pas besoin de ça. En tout cas, je n'ai pas fait pour l'instant de démarche en ce sens ", avoue Michy, avant de nuancer : " mais si l'on monte en Ligue 1, on verra… "


Jean-Paul BOITHIAS


3 questions à Bernard Echalier, PDG de la société Echalier



Pourquoi investissez-vous dans le sport ?

D'une part, j'aime ça. J'en ai fait beaucoup et je pratique toujours, surtout les sports nature. D'autre part, cela permet de donner une image dynamique de ma société, une entreprise fière de ses racines et qui investit sur son territoire. Cela favorise aussi les amitiés fortes.


Quelles sont les retombées en terme d'image ?
Franchement, il est très difficile de les mesurer, car l'on n'a pas d'indicateurs qui vont dans ce sens.

Avec le contexte économique, avez-vous réduit votre soutien aux clubs ?
Aujourd'hui, je fais des efforts pour rester au même niveau. Compte tenu des difficultés actuelles, et même si l'on est dans un métier porteur, j'envisage de réduire la voilure dans les années qui viennent.




Micro-trottoir : pensez-vous qu'il y a trop d'argent dans le sport professionnel ?


Alex, 22 ans, agent de service hospitalier
Il y a beaucoup trop d'argent dans le football professionnel. A mon sens, les joueurs sont trop rémunérés pour ce qu'ils font. Certains sont payés alors qu'ils restent sur le banc de touche pendant toute la durée du match. Dans d'autres sports profes-sionnels, il est moins question d'argent.


Alain, 44 ans, employé service exploitation
Les sommes sont disproportionnées par rapport à l'époque actuelle, une époque de récession et de restriction. A qui la faute ? A la publicité, au sponsor, à la télé ? Qu'ils soient payés oui, mais à une échelle normale par rapport à un salaire moyen. Le sport doit rester un plaisir et une passion, malheureusement l'argent est le plus fort.


Nathalie, 24 ans, assistante d'éducation
Oui, il y a bien trop d'argent dans le sport professionnel. Maintenant, les équipes, de football par exemple, sont devenues de véritables entreprises avec des actionnaires. On se demande si les joueurs ne pratiquent pas ce sport plus pour l'appât du gain que par passion.



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