Tony Gatlif, réalisateur de " Liberté "
Tony Gatlif, le jeune rebelle et délinquant élevé en maison de correction, est aujourd'hui un réalisateur internationalement reconnu, souvent primé dans les festivals.
Bien que d'origine algérienne, il devient après le succès de son quatrième film " Les Princes ", le porte-parole et le défenseur de l'âme et de la culture gitanes. Il a notamment décrit avec " Latcho Drom " la migration du peuple rom, et avec " Gadjo Dilo " la découverte de celui-ci par un jeune Français. " Swing " rendait hommage à la musique manouche, celle de Django Reinhardt. Resté marginal, indépendant, Tony Gatlif a bâti son cinéma sur l'errance, le déracinement et la " Liberté ", qu'il inscrit en titre de sa nouvelle réalisation, présentée à Cannes. Celle-ci traite d'un sujet très fort.
Nous sommes en 1943 dans un village de la France occupée où des Tsiganes participent aux vendanges. Le maire leur a affecté un terrain. Deux habitants idéalistes vont les aider, le maire qui leur prête un terrain, l'institutrice, Mademoiselle Lundi, qui scolarise les enfants auxquels s'est joint un gosse orphelin, P'tit Claude, lequel a gagné l'amitié de Taloche, violoniste chaleureux et excentrique. Les contrôles se multiplient. Obéissant aux ordres des Allemands, la police française enlève aux nomades le droit de circuler…
" Cela fait des années que je voulais évoquer l'holocauste des Gitans voulu par Hitler, déclare Tony Gatlif. Mais j'ai attendu d'avoir assez de maturité pour le faire. On possède des archives, hélas trop peu, et aussi des lettres de Gitans enfermés dans des camps. Pendant la guerre, ils ont été enfermés et massacrés dans tous les pays, à l'exception de la Bulgarie qui, bien que fasciste, a refusé de les livrer aux nazis. Mais ceux-ci en ont assassiné entre 250.000 et 500.000. "
Piqûres de rappel
Contrairement à ce qui s'est passé pour certains Juifs, il n'existe donc pas pour les Roms de " Justes " qui les auraient protégés, à l'exception d'un notaire courageux. Tony Gatlif a, pour les besoins de l'action, inventé les personnages généreux du maire et de Mademoiselle Lundi, s'inspirant de l'action de deux résistants de la Haute-Marne qui furent déportés.
" En revanche, mon personnage principal, le fantasque Taloche qui prend tous les risques, a existé et c'est son destin tragique qui m'a finalement décidé à faire le film. Pour son rôle, il me fallait un interprète capable de jouer magistralement de la musique, tout en faisant preuve de fantaisie, capable de monter sur un arbre et d'en tomber. James Thierrée a tout réussi et pourtant, comme moi, il n'est pas Rom. Les autres, vrais Gitans, je les ai recrutés dans ces villages roumains où ils vivent dans des ghettos, et chez ceux qu'on appelle en France "les gens du voyage". "
L'histoire de la dernière guerre a parfois besoin de piqûres de rappel, comme celle des " Indigènes " à l'instigation de Jamel Debbouze ou de " L'Armée du crime " de Robert Guédiguian. Encore les faits n'étaient-ils pas aussi complètement oubliés que l'extermination de Gitans, délaissée par les historiens et les manuels scolaires. Ce drame, Tony Gatlif l'inscrit tout d'abord dans la vie des Tsiganes, heureuse, insouciante malgré les difficultés, où se retrouvent les thèmes de la solidarité, de la famille et où la musique manouche ne cesse de s'intégrer au quotidien. Placés en tête d'affiche, Marc Lavoine et Marie-Josée Croze (le maire et l'institutrice) ne jouent que des emplois secondaires, le plus beau rôle étant celui du fantasque Taloche. Outre sa valeur de document, ce film est aussi un hymne universel à la liberté. Aussi est-il prévu certaines projections pédagogiques pour élèves et enseignants.
René QUINSON
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