Polanski brille malgré son absence
Avec " The ghost writer ", Polanski signe un grand thriller politique et reçoit l'Ours d'argent au festival de Berlin.
Le grand absent à la conférence de presse organisée pour " The Ghost Wri-ter " était le réalisateur Roman Polanski, assigné à résidence en Suisse. Mais son scénariste, le grand écrivain Richard Harris, auteur du best-seller " L'Homme de l'ombre " qui a inspiré le film, avait fait le déplacement. Ainsi que les deux vedettes Pierce Brosnan et Ewan McGregor, admirateurs de Polanski qu'ils estiment injustement harcelé par la justice américaine.
" Quand on tourne avec lui, c'est évidemment le bonheur, déclare Pierce Brosnan. Dans la vie il est drôle, charmant, puis dès la première prise de vues, on découvre sa rigueur, sa façon de pousser les acteurs jusqu'à leurs extrêmes limites. J'ai d'abord pensé que je ne tiendrais jamais plusieurs mois avec lui, avant qu'il me passionne par la vision totale de son œuvre dans les moindres détails. "
" J'ai beaucoup rêvé sur ses films, ajoute Ewan McGregor. Il possède une énergie incroyable, présent partout en même temps. Il faut constamment se situer au top. Mais il sait jusqu'où il peut nous entraîner, étant lui-même acteur. "
" The Ghost Writer " a pour fil conducteur un " nègre littéraire " talentueux qui a accepté d'achever les mémoires d'Adam Lang, ex-Premier ministre britannique à la carrière très longue et un peu sulfureuse. Il plonge alors dans un monde de faux-semblants et de mensonges découvrant des secrets que Lang ne veut pas révéler et suffisamment explosifs pour provoquer des bouleversements mondiaux. Le " nègre " alors menacé, perd ses repères, doit s'enfuir. Mais qui tire les ficelles ? Et quels rôles jouent la CIA, la femme de Lang ou Amélia sa dévouée assistante ?
A partir d'un sujet qu'il qualifie de " thriller politique et tragédie shakespearienne ", Roman Polanski a construit une œuvre à la fois complexe et d'une grande rigueur véridique, multipliant les énigmes faisant constamment se poser des questions sur les personnages, plus particulièrement sur Lang.
Proche de Tony Blair
A la sortie du livre, on a trouvé des ressemblances entre celui-ci et Tony Blair, ami de Richard Harris. Lequel confirme et précise : " Quand je pensais à ce sujet, bien avant que Blair soit Premier ministre, ce qui m'intéressait était l'idée du mensonge d'un politicien face à un homme rédigeant ses mémoires. J'envisageais aussi une attirance entre la femme de celui-ci et le nègre littéraire. Mais cela restait à l'état de projet. Longtemps plus tard, je me suis inspiré de Tony Blair et de son épouse. Mais ils n'ont pas grand-chose à voir avec le comportement de Lang qui relève de la fiction. Ma proximité avec Blair m'a surtout permis de glaner beaucoup d'informations au cœur du système. J'ai eu accès à des dossiers interdits aux journalistes, découvert des coulisses secrètes du pouvoir. "
L'ambiance, les décors déserts nocturnes faisant naître une angoisse impalpable, le ton très britannique avec pointes d'humour et l'imprévisible retournement final rappellent le meilleur d'Hitchcock. Par sa tension dramatique, le trajet d'un héros confronté à des forces obscures le film égale les grands classiques politiques américains tels " Les 3 jours du Condor ".
Auprès d'Ewan McGregor, l'" homme de l'ombre " pris au piège et de Pierce Brosnan, l'homme du pouvoir, Kim Cattrall et Olivia Williams jouent les importants rôles féminins et d'autres grands comédiens, dont James Belushi, Tom Wilkinson et Eli Wallach, assument des emplois épisodiques.
René QUINSON
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