Zapping
Etre ou ne pas être s'interrogeait Shakespeare dans Hamlet. Notre époque lui répond en chœur : être ou ne pas être dans le coup ? Ou encore, être ou ne pas être vu ?
Des questions qui symbolisent assez bien ce temps de l'apparence et de l'éphémère où le superficiel l'emporte toujours sur l'essentiel, où la forme prend inexorablement le pas sur le fond. D'une époque uniforme où la ringardisation devient la sanction suprême, la peine ultime et capitale. On peut être bobo, on peut être bling bling… Porter des Nike aux pieds à quinze ans, une Rolex au poignet à cinquante. Les clichés vont bon train, ils prennent valeur d'exemple et de référence. Peu importe ce qu'ils cachent ou ce qu'ils véhiculent. Tout est apparence quand tout n'est pas illusion.
Le temps de l'éphémère
Cette époque du paraître va de pair avec la religion de l'éphémère. On n'observe plus, on se contente d'apercevoir. Pas le temps de prendre le temps et, à vrai dire, pas l'envie. Pas le temps d'écrire, un SMS fera l'affaire. Pas le temps de lire, la télévision prendra le relais. Pas le temps de partir, Internet suggèrera des voyages virtuels. L'art, lui-même, devient éphémère, un art de l'immédiateté et de la technologie plutôt que de l'effort et de la technique. Quant aux sentiments, ils sont jetables comme des mouchoirs en papier. Quelques larmes et l'on s'achète une nouvelle aventure. Les histoires d'amour sont vécues désormais comme de banals produits de consommation. C'est le temps universel du zapping, du clic, du choc, du scoop et de la carte bleue. Un temps confortable, certes, mais dénué de sens. Et l'on ne sait tout à fait si cette époque nous entraîne vers le progrès ou si elle nous précipite vers le chaos.
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