Marielle entre dans les ordres
Jean-Pierre Marielle incarne un drôle de curé de campagne dans la comédie de Denys Granier-Defferre " Pièce montée ".
Bérengère et Vincent vont se marier. Pour faire plaisir à sa grand-mère, la jeune fille a invité les deux familles dans leur vieille maison campagnarde, et va prononcer ses vœux dans l'église du village. Dès le lever du jour, tout tourne mal. Le traiteur est en retard, les demoiselles d'honneur sont ingérables, deux sœurs se chamaillent, une nièce indésirable s'incruste, les différences sociales entraînent des disputes. Et pourtant, le pire reste à venir !...
Denys Granier-Deferre, extrêmement rare au cinéma puisque son dernier film " Blanc de Chine " remonte à 1988, revient avec cette comédie qui s'inscrit dans la veine de son très réussi " Que les gros salaires lèvent le doigt " (1982).
" L'échec commercial de "Blanc de Chine" m'a affligé et j'ai songé à une reconversion professionnelle, dit-il. La télévision m'a alors tendu les bras et je m'y suis senti apprécié. Le roman de Blandine Le Callet a été l'étincelle. Son éditeur, Jean-Marc Roberts, était l'auteur de la nouvelle "Bêtes curieuses" qui avait inspiré "Que les gros salaires lèvent le doigt". J'y ai vu un signe du destin. Ce film représente pour moi une deuxième jeunesse. "
Les jeunes mariés, Clémence Poésy et Jérémie Rénier, sont entourés d'une distribution de haut vol, dominée par la malicieuse grand-mère Danielle Darrieux, qui a organisé cette cérémonie pour revoir un amour de jeunesse, un curé interprété par le magistral Jean-Pierre Marielle.
" Diriger ces deux acteurs de légende a été une chance inespérée, ajoute le réalisateur. Je ne pouvais pourtant pas imaginer à quel point leur couple allait fonctionner. Ils n'ont pas hésité à jouer des personnages dont l'humour est fondé sur la nostalgie et le ratage. Malgré leur âge, ils sont romantiques et émouvants comme des adolescents. Dans l'histoire, c'est leur amour qui a le mieux survécu au temps car ils n'ont pas subi l'usure du quotidien. Conservant le souvenir parfait de leur première rencontre, ils ont idéalisé leurs relations. C'est tout l'enjeu de "Pièce montée" : les jeunes mariés assistent à la désagrégation des autres couples, qui comme eux s'étaient lancés dans une vie à deux avec euphorie, et voient que les seuls qui continuent à s'aimer sont ceux qui n'ont pas suivi le schéma social habituel. C'est cruel, réaliste, et cela fait réfléchir. "
Marielle à l'instinct
Les autres comédiens parviennent à s'imposer dans des rôles tragi-comiques : Aurore Clément et Charlotte de Turckheim jouent les sœurs fâchées, Léa Drucker et Christophe Alévêque forment un couple mal assorti, Julie Depardieu est le mouton noir de la famille, Julie Gayet sa sœur parfaite. Dans l'autre clan, Dominique Lavanant, bourgeoise parvenue, méprise tout le monde, tandis qu'Hélène Fillières la fille rebelle passe à l'ennemi pour irriter ses parents. Les gags s'enchaînent très vite, les acteurs savent tirer partie de la moindre réplique, dévoilant leurs penchants les plus vils à mesure que la journée passe.
Jean-Pierre Marielle, qui joue actuellement avec Manu Payet dans "Auditions" de Jean-Claude Carrière au Théâtre Edouard-VII, a été séduit par l'humour grinçant teinté de tendresse qui émanait de "Pièce montée" : " J'ai toujours fonctionné à l'instinct et j'ai eu beaucoup de chance, dit-il. La chance est la clé de la réussite pour un acteur. Le talent est une notion plus floue car j'ai connu beaucoup d'acteurs talentueux lorsque j'étais au Conservatoire, et seuls quelques-uns comme Belmondo, Rochefort et Noiret ont fait de vraies belles carrières. "
Marie-Dominique Vançon
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