Zapping
L'air est tout juste frais, la lumière limpide. C'est l'une des premières journées de printemps, de celles où l'on se débarrasse des pardessus encombrants sans pour autant quitter encore les pulls de laine.
Le soleil resplendit sur le petit village de l'Ardèche sauvage. Un village blotti à flanc de montagne dans un paysage superbement escarpé. Tout incite à une bonne humeur primesautière, à une frivolité joyeuse et badine. Sur la place, timidement ombragée, on devrait jouer à la pétanque, taquiner le cochonnet comme on aime le faire aux beaux jours. Raconter peut-être des histoires de ce pays bucolique et préservé.
Un refuge
En ce jour, pourtant, Antraigues-sur-Volane a quitté sa quiétude. Momentanément. Et l'on se bouscule presque dans ses ruelles tout près desquelles coule paisiblement l'eau de la rivière. Un cercueil de bois, disposé sur la place, donne le ton. L'humeur des hommes tranche assurément avec la couleur du ciel. Tout ce monde pour une seule personne ; tous ces vivants pour un défunt unique, un enfant du pays, pourtant né il y a longtemps en région parisienne.
C'est Jean Ferrat que l'on enterre : un chanteur, un poète, une voix singulière. Un homme libre et sincère, honnête et indépendant qui avait délibérément tourné le dos au système et à ses dérives pour trouver refuge dans ce " bout du monde ", au beau milieu de la nature et des valeurs authentiques. Cet après-midi là, le printemps se faufile pas à pas, subtilement. Les premiers arbres ne tarderont pas à fleurir. Le soleil est haut dans le ciel ardéchois. Et s'il doit pleuvoir tout à l'heure, ce sera seulement quelques larmes.
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