Jean-Marie Laclavetine " Les petits bonheurs de la langue française "
C'est en amoureux des lettres que Jean-Marie Laclavetine, président du jury du Prix Valery Larbaud de Vichy se confie. Ecrivain et traducteur édité chez Gallimard, celui pour qui la vie se construit autour des mots s'inquiète du déclin de la langue de Molière en cette Semaine de la Francophonie.
INFO : Saviez-vous que la langue française est la deuxième langue du monde, sur un plan géopolitique ?
Jean-Marie Laclavetine : Oui, mais il est évident qu'elle est aujourd'hui en déclin. Sur un plan géopolitique et économique, l'anglais est devenu incontournable en raison de son côté pratique, il prédomine. Mais, nous sommes également envahis par les films, les séries, les produits américains, au détriment de notre propre culture développée autour de la langue française. On peut la défendre. En l'occurrence, on la défend plutôt mal. Ce n'est pas en fermant les centres culturels français implantés dans les autres pays qu'on tente de la sauvegarder.
I : C'est la raison d'être de la Semaine de la Langue Française, promouvoir notre langue, non ?
J-M.L : Ce n'est pas avec des manifestations ponctuelles comme la Semaine de la francophonie que l'on peut vraiment défendre la langue française. C'est au jour le jour, à travers différentes actions, grâce aux centres culturels. En France, ça doit passer par les écoles. Quand on voit que le programme scolaire est encore allégé, qu'on abandonne la philosophie, l'histoire, les lettres…quelque chose de grave est en train de se passer. Autrefois, les élèves avaient une conscience plus forte de la culture française, de cet héritage culturel.
I : L'avènement du langage informatique, des SMS contribue-t-il justement à cette perte ?
J-M.L : Non, c'est une grave erreur d'incriminer le langage Internet ou les SMS. Les jeunes se sont toujours créés leur propre langage pour vivre dans une sorte de fiction. C'est un jeu pour échapper aux adultes. Le vrai danger réside dans la suppression des heures d'enseignements relatives à la langue française. Les jeunes n'apprennent plus à lire, à découvrir le patrimoine culturel français car les enseignants ont désormais d'autres priorités. L'accent est mis sur des matières plus " pragmatiques ".
I : La littérature d'aujourd'hui témoigne-t-elle de l'évolution de la langue française ?
J-M.L : C'est difficile à dire quand on est plongé dedans ! Par contre, je constate que ces dernières années, il y a un regain du récit. Pendant un certain temps, il y a eu comme une emprise des sciences humaines sur la littérature, de prétendants écrivains proposaient des textes trop secs, trop cérébraux. A suivi une vague d'autofiction, d'un grand déballage de l'intime. Mais les gens reviennent aux fondements de la littérature, son rôle étant de raconter l'existence, la vie des sociétés humaines.
I : La promotion de la langue française passe-t-elle par la littérature ?
J-M.L : Certainement, c'est un moteur indispensable. C'est ce qui fonde la langue française, elle qui a besoin du peuple comme inventeur, d'écrivains pour la vivifier, lui donner de l'énergie. C'est justement sur la littérature que l'on doit fonder l'avenir de la langue.
I : Est-ce pour cette raison que vous traduisez des romans italiens ?
J-M.L : En partie oui. La littérature est un élément d'observation fabuleux. Grâce à elle, on apprend à connaître les mentalités, ce qu'il se passe autour de nous, en France ou à l'étranger. S'ouvrent à nous des mondes inattendus, nouveaux.
I : Qu'est-ce qui vous séduit dans la langue française ? Pourquoi en avoir fait votre matière première ?
J-M.L : C'est une musique plus qu'une langue. En tant qu'écrivain, j'en fais ma nourriture quotidienne. Elle a tellement de possibilités, de richesse, de finesse. C'est un enchantement infini. La langue française n'est pas quelque chose de figé, c'est un bief. Certains mots sont à la mode, d'autres oubliés, modifiés. Elle est constamment renouvelée par la syntaxe, la grammaire…Il existe tellement de petits bonheurs dans la langue française, surtout lorsqu'un mot est en parfaite adéquation avec ce qu'il désigne.
Propos recueillis par Marie Mendès
CV Express
1954
Naissance à Bordeaux, le 17 février.
1981
A 26 ans, il publie son premier roman, " Les Emmurés " aux Editions Galli-mard. Il obtient le Prix Fénéon.
1989
Président du Centre Chorégraphique de Tours jusqu'en 1993. Membre du comité de lecture des Editions Gallimard, poste qu'il occupe encore aujourd'hui
2007
Remplace Michel Déon à la présidence du jury du Prix Valery Larbaud
2009
Publication de son dernier roman, " Nous Voilà ", aux éditions Gallimard. Il obtient le Prix du Roman Historique des Rendez-vous de l'Histoire de Blois. |
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