Roms " La dignité ne se divise pas "
Lundi dernier, Hippolyte Simon, archevêque de Clermont, s'exprimait sur la politique du Gouvernement envers les Roms. Une situation qui lui inspire " souffrance " et " perplexité ".

Pour l'homme d'église, le pape était dans son rôle quand il rappelait à la France ses devoirs. © V. Uta (archive)
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Info - Que vous inspire la situation des Roms en France ?
Hyppolite Simon - Une grande perplexité et une grande souffrance. J'ai eu l'occasion de rencontrer souvent les gens du voyage. Vous savez que beaucoup parmi eux sont catholiques. J'en ai confirmé le jour de Pentecôte, je les ai rencontrés à Lourdes samedi dernier (le 21 août, ndlr) où des familles du diocèse étaient arrivées pour le pèlerinage national. C'est une souffrance, car on a le sentiment que toute une population est désignée un peu comme un bouc-émissaire. Même s'il existe des situations effectivement difficiles ici ou là, le fait de " généraliser " n'est pas forcément très productif…
I - Le terme " stigmatisation " revient souvent…
H. S. - Je le répète, on a le sentiment que toute une population est désignée. Or, s'il y a des problèmes, il faut les identifier, les isoler et ne pas faire porter la difficulté sur tout le monde…
I - Bruno Lemaire, ministre de l'agriculture, invoque à propos de l'intervention du Pape la séparation de l'Eglise et de l'Etat. N'est-ce pas déplacé ?
H. S. - Je crois que le Pape est tout à fait dans son rôle quand il rappelle le respect des personnes fragiles ou en situation précaire. L'Evangile a des paroles très fortes sur l'accueil des étrangers. Après, l'Eglise ne se substitue pas à l'Etat : il s'agit simplement de réfléchir sur la dignité des personnes, le respect mutuel, le bien commun. Là c'est un problème européen : le pape est dans son rôle quand il attire l'attention des Français sur un problème de leur responsabilité. Je crois qu'il faut bien considérer que la dignité des personnes ne se divise pas : on ne peut pas demander au Pape de défendre les handicapés, de défendre telle ou telle catégorie de gens, et lui reprocher ensuite de défendre celle-là.
I - Au niveau local, connaissez-vous les Roms ?
H. S. - Bien sûr ! J'en ai confirmé toute une délégation le jour de Pentecôte au Zénith. Nous avons des aumôniers : il suffit d'aller les voir et de les accompagner pour aller rencontrer les Roms. Je suis très bien accueilli quand je vais avec eux. Et je crois que tout le monde aurait intérêt à faire la même démarche pour mieux se comprendre…
I - Un prêtre a souhaité, avant de s'excuser, que Nicolas Sarkozy meure d'une crise cardiaque…
H. S. - C'est plus que de la maladresse, c'est une bêtise, et il a bien fait d'effacer ce qu'il avait dit. Il s'est expliqué en disant qu'il appelait à une " conversion du cœur ". Je préfère cette expression. Mais en même temps, on peut comprendre la souffrance de ce prêtre : il accompagne les gens du voyage, et il voit bien que derrière quelques situations compliquées, se cache vraiment beaucoup de misère. Ses mots ont sans doute dépassé sa pensée…
I - Brice Hortefeux se dit prêt à rencontrer le cardinal André Vingt-Trois. Avez-vous eu l'occasion de voir le Ministre sur ce sujet ?
H. S. - Pas sur ce sujet-là, non. Si l'occasion se présente, je ne refuse pas de lui parler. Je lui dirais ce que je pense, et il le sait bien…
I - Faut-il que cette politique envers les Roms cesse ?
H. S. - Il existe un vrai problème, de dimension européenne. Quand on a intégré la Roumanie, on savait très bien qu'on se retrouverait face à cette difficulté. Il faut prendre le temps de mesurer son ampleur et de la régler. Je crois que dans l'Union Européenne, il existe de la place pour tout le monde. Les Roms fuient les pays de l'Est car ils ont été marginalisés, et que leurs conditions de vie y sont très difficiles. Il faut voir comment améliorer la situation. En France, nous avons la loi Besson : la question est de savoir comment elle est appliquée. Des efforts sont faits, mais ils sont sans doute insuffisants…
Propos recueillis par Emmanuel THEROND
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