Luc Launay : " Ce sont les élèves qui font les classes et non l'inverse "
Luc Launay est l'inspecteur d'académie du Puy-de-Dôme. Une fonction difficile dont les décisions, forcément controversées quand il s'agit de fermetures de classes, mobilisent les maires et les mères.
Info-Chaque année, l'inspection académique est la cible de parents d'élèves mécontents…
Luc Launay- Je pense qu'il faut expliquer le fonctionnement des inspections acadé-miques. Elles reçoivent des budgets qui viennent directement du ministère de l'éducation nationale, et sont issus de la loi de finances. Cette enveloppe s'appuie sur le nombre d'élèves scolarisés sur le territoire. Comprenez bien, les contribuables paient pour des enfants qui vont à l'école. Ils n'ont pas à financer des chaises vides.
Nous avons gagné 1.500 élèves entre 2004 et aujourd'hui, sur 50 000, dans le primaire. À la prochaine rentrée, nous aurons 300 élèves de plus dans le Puy-de-Dôme, et le ministère nous a donné 12 postes d'enseignants supplémentaires. Nous avons des élèves qui arrivent et d'autres bougent. Ils suivent leurs parents. Je suis bien obligé de mettre des enseignants partout où il y a des enfants. Ce sont les élèves qui font les classes et non l'inverse. Cela génère des incompréhensions car chacun voit à sa porte.
Dans le Puy-de-Dôme nous avons 538 écoles publiques, et quand j'examine la situation d'une école, je suis le représentant des 537 autres.
Info- Quels sont les critères pour maintenir une classe, un collège, une école ?
LL- Il convient de distinguer le premier et le deuxième degré. Ce sont deux univers très différents. L'ouverture et la fermeture des classes fait partie de la gestion usuelle. Nous avons ici 40 mouvements en moyenne chaque année.
Pour les collèges, les fermetures sont exceptionnelles. Ce qui prime, ce sont les conditions de la réussite scolaire des enfants. L'un des objectifs ratifié lors des accords de Lisbonne, stipule que 50 % d'une classe d'âge doit aller au niveau de la licence. C'est valable aussi dans le Puy-de-Dôme, qui doit s'inscrire dans le pari de l'intelligence, et cela passe par l'école de la République.
Nous organisons des réseaux pédagogiques intercommunaux, afin d'apporter une réponse sur l'ensemble du territoire. Et pour être présent, il faut aussi savoir fermer. C'est un travail de répartition, d'équité dans les règles sont connues de tous.
Info-Les enseignants disent que l'on devrait organiser des classes moins chargées…
LL- La taille des classes est un sujet souvent débattu. Dans le primaire, la plus petite se trouve dans la commune de Compains, avec 10 élèves. C'est une situation exceptionnelle. La moyenne dans le Puy-de-Dôme, est de 23 élèves par classe dans le primaire. S'agissant des collèges, la fréquentation se situe autour de 24 élèves par classe. Le maximum étant de 28 à 30 élèves tout au plus.
Info-Quels personnels gérez-vous maintenant, après la décentralisation qui a vu les ATOS partir vers les Conseils généraux et régionaux ?
LL- Tous les enseignants du premier et second degré, du public et du privé, entrent dans la gestion de l'éducation nationale. S'ajoutent l'ensemble des personnels de direction, les gestionnaires des établissements, le personnel administratif, sociaux, d'éducation et d'orientation, ainsi que les assistants d'éducation, les auxiliaires de vie scolaire qui ont en charge des enfants handicapés.
Cela représente 8.200 personnes, sur les effectifs d'une belle entreprise. L'inspection académique exerce sous la responsabilité du recteur de l'académie.
Info-Avez-vous actuellement des classes, des établissements dans le collimateur ?
LL- Aucun ! L'action de l'inspecteur d'académie s'exerce au grand jour. Il se déplace, rencontre les équipes de direction, les enseignants. C'est un homme de dialogue qui doit rendre son action visible. Il s'exprime, écrit, il n'a pas d'action cachée.
A volume constant d'élèves, nous savons qu'il faut suivre les mouvements de population. Chaque année, nous avons des mouvements prévus, d'ouverture de fermeture. Pour cela, nous rencontrons les maires collectivement, puis individuellement, dès le mois de janvier.
C'est un métier exigeant, passionnant et au service des enfants. A la prochaine rentrée, tous les enfants des classes de 5ème, dans les zones rurales, vont pouvoir accéder à la langue vivante 2. C'est une première, souhaitée par Monsieur le recteur, et nous en sommes très heureux.
Entretien : Jean-Jacques ARENE
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CV express
1961
Naissance à Nantes, le 1er août.
1985
Luc Launay est agrégé de mécanique. Il décroche un DEA l'année suivante, à l'université de Poitiers.
1986
Enseignant-chercheur en école d'ingénieurs et à l'université, à Poitiers et Nantes.
1994
Membre du conseil de l'Union des professeurs de STI- Sciences et technologies industrielles.
1996
Grade de professeur de chaire supérieure.
1999
Inspecteur pédagogique régional en sciences et techniques industrielles successivement dans les académies de Poitiers, Bordeaux et Nantes. Admission au concours des inspecteurs d'académie. Expert de l'Education nationale auprès de Renault Auto-mobiles.
2003
Membre rédacteur de programmes nationaux à l'Inspection générale de l'Education nationale. Formateur associé à l'école supérieure de l'Education nationale de Poitiers.
2008
Inspecteur d'académie adjoint des Hauts-de-Seine.
2009
Nommé inspecteur d'académie du Puy-de-Dôme, directeur des services départementaux de l'Education nationale.
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