Les éoliennes à l'assaut du Livradois
Cinq projets d'implantations de parcs éoliens sont en cours dans le Livradois…
La société anonyme d'économie mixte locale EoleLien a vu le jour le 9 juillet dernier, à Saint-Gervais-sur-Meymont, dans les locaux du parc naturel régional du Livradois-Forez. Elle est la première en France de cette taille, et elle amorce de grands projets d'implantations d'éoliennes qui arrivent tous simultanément. Les crêtes du parc naturel régional du Livradois-Forez, surmontées de mâts et de pales de 120 à 150 mètres de hauteur, vont-elles être transformées en un gigantesque hérisson ? Certainement pas, le parc s'est doté d'un Schéma directeur, qui définit quatre ZDE- Zones de développement éolien. Les Hautes Chaumes, secteur culminant (1.634 m à Pierre-sur-Haute) du parc naturel régional, sont épargnées. Ouf !
Les collectivités signataires sont les communautés de communes du pays d'Ambert, du pays d'Arlanc, du pays de Craponne, du pays de Cunlhat, de la Montagne Thiernoise, du pays d'Olliergues, du Plateau de la Chaise-Dieu, du pays de Sauxillanges, et de la vallée de l'Ance. En outre, trois communes ont signé : Chateldon, Lachaux et Ris, ainsi que le parc du Livradois-Forez. Le partenaire privé de la SAEML est le groupe allemand de Wiesbaden, Abo Wind, qui emploie 150 personnes, dont 35 pour la filiale française basée à Toulouse. Abo Wind gère 380 mégawatts répartis en 56 parcs en Europe et Argentine, dont 110 MW en France. La filiale française a réalisé 15 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2009.
A noter que la SAEML EoleLien ouvre 5% de son capital à une structure d'épargne. Cet actionnariat qualifié de " citoyen " est réservé aux habitants et aux propriétaires fonciers sur l'aire du parc du Livradois-Forez. Quatre projets, tous ancrés dans les zones de développement éolien définies par le parc naturel régional, sont connus au-jourd'hui. On ne connaît pas à ce jour le nombre d'éoliennes qui seront construites. La législation oblige un minimum de six éoliennes par site.
Le premier est situé en Nord Forez, à Saint-Victor-Montvianeix, prés de Chateldon. Les autres se trouvent en Sud Livradois, prés de Viverols. Il s'agit du projet de Saint-Clément-de-Valorgue/ La Chaume, mitoyen de celui de Gumières dans la Loire, où les éoliennes coté Loire s'élèveront à 150 mètres de hauteur. C'est le plus avancé. Un autre dossier concerne les communes voisines de Grandrif, Baffie, Eglisole, Saint-Just et Meyderolles.
Le quatrième projet en cours est celui de Laval-sur-Doulon, Saint-Alyre-d'Arlanc et Doranges. Cette commune touche celle de Fayet-Ronaye, où 25 à 30 éoliennes sont prévues (seuil de rentabilité) par la communauté de communes du Haut Livradois, en association avec ses homologues d'Auzon communauté, et Bassin minier/Montagne. Trois collectivités dont la réflexion est plus ancienne, et qui ne participent pas à la SAEML EoleLien. Leur interlocuteur privé est la société Mewtek. Cette énumération est celle des projets connus à ce jour. Elle peut évoluer.
Tony Bernard préfère le bois énergie
" Des éoliennes, pourquoi pas ? " Mais pas n'importe où ", déclare Tony Bernard, président du parc naturel régional du Livradois-Forez, qui se retrouve " par accident " président de la SAEML Eolelien. " Un parc naturel ne peut s'exonérer de participer à la solidarité nationale, et doit développer les énergies renouvelables. D'un autre coté, il a l'obligation de préserver ses paysages exceptionnels, qui doivent passer avant tout, sous peine de perdre son label de parc naturel. Aussi nous ne sommes pas enthousiastes pour les éoliennes.
" Le Schéma énonce différentes précautions qui ici devront être intégrées avant les implantations. En particulier, le respect d'une distance tampon de 700 mètres par rapport aux habitations, pour les nuisances sonores, le confort visuel et l'effet de battement d'ombre. J'insiste, le parc naturel régional ne promeut pas l'éolien sur son territoire, ce sont les collectivités, et certaines situées dans les zones éligibles, ont refusé toute implantation. Les communes doivent dire ce qu'elles veulent. Le préfet aura le dernier mot pour les zones de développement et pour les permis de construire.
" Il est évident qu'en dehors des quatre secteurs définis, le parc du LivradoisForez ne donnera aucun avis favorable. Cela ne veut pas dire aussi que tout projet situé en zone de développement éolien, recevra cet avis. Nous ne sommes pas des militants de l'éolien, et nous ne le serons jamais. La Fédération des parcs naturels régionaux fait la promotion des énergies renouvelables, comme le photovoltaïque, et des économies d'énergies, afin de préserver les paysages. Je signale que le bois énergie, principale ressource du Livradois, sera la priorité de notre future charte... ".
Le schéma éolien du parc
Fin 2009, la parc du Livradois-Forez a adopté son Schéma éolien.. Ce document détermine les règles du jeu, autour de trois principes : le respect des paysages et de l'environnement, le développement local, et la solidarité territoriale. Il définit quatre secteurs de développement éolien. " Quitte à accueillir de l'éolien, autant que cela ne se fasse pas sous la pression des " marchands de vents ", entendez par là la quinzaine de sociétés appartenant à de grands groupes, qui ont démarché les collectivités au cours de ces dernières années, leur promettant une manne financière ", explique Tony Bernard.
Les critères retenus pour la création des ZDE- zones de développement éolien, tiennent compte de la qualité du paysage, des contraintes techniques et réglementaires comme la présence de réseaux structurants, servitudes liées aux transmissions hertziennes ( comme le radar météo de Sembadel ). Autres paramètres, la densité et la proximité de l'habitat, les possibilités d'écoulement de l'électricité produite, et bien sûr le gisement de vent.
Les quatre secteurs retenus sont le Haut Livradois (secteur de Saint-Germain-l'Herm), le Nord Forez ( les Bois Noirs prés de Thiers), le Sud Forez (canton de Viverols), et le plateau d'Allègre en Haute-Loire. Chacun a ses inconvénients : balayage de faisceaux radars d'aide à la navigation aérienne pour le Haut Livradois, et la présence de sites d'intérêt écologique en Nord Forez : zones Natura 2000, avifaune et chiroptères (chauves-souris), tourbières et forêts remarquables, ainsi que des sites archéologiques, couloirs de migration d'oiseaux et proximité du radar météo de Sembadel, pour le plateau d'Allègre.
Les zones de développement éolien proposées dans le Schéma du parc régional devront préalablement être approuvées par le préfet, qui à la suite des enquêtes publiques accordera ou non, les permis de construire. Le Schéma éolien est accessible sur le site du parc (www.parc-livradois-forez.org/eolien/index.html).
En guise de conclusion, cette phrase du président du parc naturel régional du Livradois-Forez paraît tout à fait appropriée : " La meilleure énergie est celle que l'on ne consomme pas. Le sol est fait pour nourrir les gens et les animaux. Hors agriculture, c'est la nature, qui un jour peut être appelée à revenir à l'agriculture. On ne sait pas aujourd'hui ".
Reportage : Jean-Jacques ARENE
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Rumeurs et communication
Evidemment, la perspective d'une centaine d'éoliennes- peut-être plus- qui toutes débarquent en même temps ne fait pas que de heureux. Une association " Du vent les éoliennes " s'est constituée en Haut-Livradois, et dans différentes communes apparaissent (et disparaissent) des panonceaux dénonçant les intruses.
Les rumeurs vont bon train. Lors de la réunion constitutive de la SAEML " Eole-Lien au siège du parc du Livradois-Forez ", l'un des maires a évoqué les bruits qui hantent nos campagnes. Ainsi les éoliennes " ça coupe le lait aux vaches et elles avortent. Les poules ne couvent plus, et ça fait fuir le gibier ". On entend aussi dire que " des vibrations seraient ressenties la nuit à plus de 500 mètres des habitations. La nuit, toujours la nuit, un habitant soutient qu'il aurait " l'impression qu'on le surveille avec ces lumières tout en haut ". D'autres refusent la destruction du paysage, et prédisent " le désastre financier à venir ".
En réponse, la SAEML " Eole-Lien " a prévu un plan de communication, et le recrutement d'un animateur professionnel " avec de bonnes qualités ". Un délégué de l'ADEME- Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie a proposé de soutenir la création d'une association de pro-éoliens " qui pourraient se faire entendre ". Un procédé répugnant, ont rétorqué Jacques Fournier et Tony Bernard, directeur et président du Parc du Livradois-Forez.
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Faut-il développer les énergies renouvelables, même au péril des paysages ?
Camille, 27 ans, conseillère clientèle assurances
Je ne trouve pas que les éoliennes dénaturent les paysages et soient une pollution visuelle. Toutefois, elles devraient rester exploitées sur des grandes surfaces éloignées des habitations. C'est un bon moyen de développer les énergies renouvelables à plus grande échelle, reste à savoir bien les intégrer dans notre paysage.
Annie, 58 ans, mère au foyer
La maîtrise de l'énergie est plus que jamais d'actualité. Selon moi, il est nécessaire de développer les énergies renouvelables même au péril des paysages : éoliennes, solaire, hydroélectricité, etc. Ces dernières n'engendrent pas ou peu de déchets, d'émissions polluantes. Notre avenir et celui des générations futures en dépend.
Maxence, 27 ans, banquier
Cela suscite des opinions diverses et des réactions des lobbies. Il faut être conscient que les énergies nucléaire et pétrolière ne sont pas des ressources inépuisables. Les éoliennes sont une manière de disposer d'énergie en continu. Ne vaut-il pas mieux un champ d'éoliennes à une centrale ? Il est parfois préférable de dénaturer le paysage.
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