Zapping
Les gros mots sont comme les jolies choses : des ponctuations fragiles, de salutaires respirations, qui rendent la vie plus douce et l'allègent, le temps de les dire ou de les regarder, du poids de la bêtise, du fardeau de l'ignorance et de la vulgarité des conventions.
Foin de cette langue policée, trop lisse et trop polie, que nous servent les journaux, la publicité, les édiles ou la télévision : pas un mot plus haut que l'autre, syntaxe au garde à vous, ton monocorde, sans accent, langage monochrome, maîtrisé, dompté, asservi… Une langue de pure communication, simplement utilitaire, avec ses mots-outils ergonomiques et rassurants, sans nuance, sens caché ou interdit.
Dans ce champ lexical devenu rikiki, mal cultivé et mal fleuri, où sont les graines qui font germer la pensée, le questionnement, la capacité de critiquer, de s'opposer, de dire non ? Comment éprouver du plaisir, de l'émotion, de la colère, de la révolte, de l'amour ? Comment avoir envie de partager et de contribuer à la libre circulation de la langue, afin que chacun se la réapproprie, condition sine qua non pour qu'elle continue à vivre ?
Jeux de mots
Céder à la paresse du langage, c'est se laisser engourdir par l'oisiveté intellectuelle. Quand notre vocabulaire s'amenuise, c'est notre liberté qui rétrécit. Et quand les textos grignotent le texte, quand les tics verbaux font toc toc à chaque coin de phrase, quand on assassine impunément l'orthographe, prouvant ainsi le peu de considération que l'on a pour la langue, pourtant espace de vie commun, c'est toute notre aptitude à nous entendre, à nous comprendre, que nous mettons en sourdine.
Ne laissons pas les mots dormir sous la couverture des livres, convions-les dans la rue, dans la ville, dans notre quotidien. Retrouvons l'appétit d'une langue gourmande, verte et boisée, une langue qui sent l'humus, une langue barbare et métissée, une langue qui joue de sa complexité et se nourrit de ses différences, sans exclure ni " stigmatiser "…
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