Dans les méandres de " Krach "
Avec " Krach ", Fabien Genestal a réalisé un impitoyable thriller financier où l'on retrouve Gilles Lellouche et Charles Berling.
Le cinéma se nourrit souvent de l'actualité. Ainsi la crise économique, la remise en question des banques, les turbulences boursières, les dérives de Bernard Madoff ou Jérôme Kerviel, ont inspiré à Fabrice Genestal un film au titre parlant " Krach ". Il y a vingt-deux ans, Oliver Stone explorait le monde impitoyable de la finance avec " Wall Street ", auquel il vient de donner une suite " Wall Street 2 - l'argent ne sort jamais ". En 2001, avec " La Squale ", son premier film, c'était un autre univers, celui des banlieues chaudes et violentes, qu'évoquait avec talent Fabrice Genestal.
" Cette fois, explique-t-il, les circonstances actuelles m'ont ramené dans mes souvenirs de l'année 1988, où nous avons échappé à une grave crise financière J'étais déjà fasciné par le capitalisme et son fonctionnement qui se détraque encore aujourd'hui. En allant plus loin pour ce film, j'ai découvert un potentiel fictionnel passionnant, flirtant avec la mythologie, tout ce qui permettait de construire un thriller financier. "
Deux Français, Erwan Kermor et son ami Georges, travaillent comme traders dans une banque américaine d'investissements. Erwan, déjà riche mais pas assez selon son ambition, a rencontré Sybille, journaliste scientifique canadienne qui a étudié les effets climatiques sur les variations de la Bourse. Voyant là une formule de prévisions qui doit lui apporter la fortune, il fait risquer un milliard de dollars à sa banque dans un premier test qui se termine par un échec et un licenciement, tandis que Georges se suicide. Néanmoins Erwan, avec l'aide de Sybille dont il est devenu l'amant, monte son propre fonds, le conduit au succès, jongle avec les milliards de dollars, prend des paris insensés, perd Sybille en même temps que le sens des réalités, ce qui aboutit à une crise planétaire.
Un trader coscénariste
" Pour travailler avec moi sur le scénario, j'ai engagé Paul Besson, un mathématicien devenu trader, révèle le réalisateur. Comme d'autres mathématiciens, il cherche à découvrir si des lois ne conditionnent pas les flux financiers, et s'il ne serait pas possible de connaître à l'avance le yo-yo des valeurs boursières. Il est donc devenu à la fois co-auteur et aussi conseiller technique, veillant au réalisme des situations et des décors. "
L'histoire décrit la vie survoltée et angoissée des traders, la fièvre des salles de marchés, les spéculations insensées, les trahisons, et fait l'autopsie d'un de ces traders pour lesquels n'existe aucune autre valeur que celle de l'argent.
" Il existe deux genres de traders, les riches golden boys qui aiment frimer avec de l'argent, et les stars du métier qui aiment le frisson du risque, jouent avec des sommes colossales jusqu'à perdre le sens de la réalité. Erwan veut passer d'une catégorie à l'autre. "
Erwan a pour interprète Gilles Lellouche, qui sait s'affirmer dans un personnage démontrant que l'argent rend fou. Charles Berling joue un ami tout aussi impuissant, Michael Madsen un financier retors. Vanina Giocante, toujours jolie, est celle qui pourrait ramener sur terre le trader déboussolé : " Sybille n'appartient pas au monde de la haute finance, mais quand Erwan s'approche, elle ne peut s'empêcher d'être attirée par lui malgré son côté assez m'as-tu vu. "
La mise en scène ne manque pas de rythme, mais les mécanismes financiers ne sont pas faciles à comprendre même par les boursicoteurs, et l'émotion se trouve trop absente de cette aventure basée sur un destin fulgurant mais totalement matériel.
" Je ne considère pas Erwan comme un héros, conclut le réalisateur. Il ne fut qu'une petite pièce sur un échiquier trop vaste pour lui. Cependant, il permet de se poser une question dont nous n'avons toujours pas la réponse : Jusqu'où peut aller ce système ? "
René QUINSON
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