L'édition entre deux chapitres
Crise économique d'un côté, dématérialisation du livre de l'autre… Les éditeurs seraient-ils en train de tourner une page de leur histoire ? Impressions en Auvergne.
En France, la production de livres a baissé de plus de 4 % entre 2008 et 2009. Le chiffre d'affaires des éditeurs, et le nombre d'exemplaires vendus, est lui aussi en recul de presque 3 %. Doit-on voir dans ces chiffres l'amorce d'une souffrance beaucoup plus profonde de la profession ? Difficile à dire…
Une chose est sûre : la plupart des éditeurs de la région sont des " petits ", qui essaient de s'en sortir tant bien que mal : " Globalement, ce sont des maisons d'édition qui vivotent. Des passionnés qui se lancent. Certains ont même un travail à côté…Tout ça est bien fragile " observe Françoise Dubosclard, chargée de mission " Livres et Lectures " au Transfo.
Une précarité en partie liée aux difficultés de diffusion et de distribution. Pour des questions de coût et d'indépendance, la majorité des éditeurs n'ont pas d'autre solution que de se transformer en VRP…
Des petits…
Parmi ces micro-éditeurs, Georges Gervais, gérant des éditions Maison, spécialisées dans les ouvrages d'Histoire. Journaliste de formation, cet Auvergnat de 37 ans a monté sa boîte à Paris, en 2004. " Pour s'installer à son compte, et par amour du livre " raconte-t-il. Une étape à Nantes, et le revoilà (depuis quelques mois) dans sa région natale : " Au départ, je faisais de la littérature générale, mais le marché est très concurrentiel. J'ai donc recadré la ligne sur l'Histoire, en ciblant les passionnés, les étudiants, les chercheurs… " détaille notre éditeur.
Bien lui en pris ! Sa collection " Illustoria ", qui traite dans un petit format une question pointue, possède désormais une renommée nationale. " Il fallait que je vise une niche pour prendre le moins de risques " précise-t-il. Mais ces bonnes feuilles ne nourrissent pas son homme : avec une vingtaine de titres en catalogue, difficile de " scorer " à la fin du mois : " J'ai du mal à vivre de l'édition. Je ne m'interdis pas de travailler à temps partiel à côté… "
… et des gros
Un problème que ne connaît pas Gérald Layani, responsables des éditions De Borée à Sayat. Du haut de ses 16 millions d'euros de chiffre d'affaires, la maison auvergnate a des allures de belle demeure. Même si la crise est passée par-là : " Les résultats ont diminué de 20 % sur deux ans " souligne l'ancien juriste. Et pour cause : les poches, vendus moins chers, ont tendance à supplanter les autres formats, y compris les beaux-livres. Le papier vit également des jours difficiles depuis l'arrivée du net. Mais Gérald Layani n'est pas inquiet : pour lui, seuls les ouvrages savants vont souffrir de cette concurrence, car ils ne sont pas évolutifs. Qui envisagerait d'acheter une encyclopédie aujourd'hui, sachant que son contenu est à jamais figé ?
Les liseuses
Le fond est une chose, la forme en est une autre. Vendu sous forme de fichier, le livre se stocke désormais sur une simple clé usb. Un gain de place inestimable, qui relèguerait presque la bibliothèque Ikea au rang de meuble de collection. Pour bouquiner, il suffit d'un ordinateur, ou encore mieux, d'une " liseuse ", la dernière en date étant l'iPad de Apple. Toutefois, pour les éditeurs auvergnats, l'âme de Gutemberg est plus forte que l'imagination de Steve Jobs. " Combien de personnes sont équipées de tels outils ? " s'interroge, perplexe, Francis Debaisieux, fondateur des éditions éponymes. Ce nouveau mode de consommation de l'écrit ne l'inquiète donc pas vraiment, d'autant plus qu'elle ne colle pas avec ses ouvrages : " Je ne pense pas que ces appareils soient adaptés à la photo, à la vue panoramique " pense le leader de la carte-postale en Auvergne. Et au pied du sapin, qu'est-ce qui fait le plus plaisir, une clé USB ou un beau livre d'images ?
Pas de cannibalisme
Heureusement, le livre numérique ne devrait pas cannibaliser son éternel ancêtre. Au contraire : " C'est une chance. Un deuxième marché qui s'ouvre. Le livre numérique va nous permettre de toucher de nouveaux lecteurs, comme les jeunes ou les accrocs aux nouvelles technologies " croit savoir Gérald Layani.
Néanmoins, pour l'instant, pas question de s'enflammer. Rares sont les éditeurs qui se lancent dans l'aventure. A quelques exceptions près : les éditions Fûdo ont ainsi décidé de se mettre à la page. Spécialisée dans la photo et le land art, la maison vend certains ouvrages… en format pdf. Avantage ? Pas de frais de transport et d'impression. Donc un prix de vente moindre. " Cela nous permet aussi de faire émerger plus de contenus " explique Pascal Delage. Le gérant envisage même de se transformer en éditeur multimédia… Mais pour cela, il faut 600 promesses d'abonnements.
Une page se tourne. Doucement…
Emmanuel THEROND
Photo : Valentin UTA
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Etes-vous amateur de littérature auvergnate ?
Natacha, 20 ans, serveuse
Je ne suis pas plus sensible à cette littérature qu'à une autre. Je me rends compte que je ne suis pas capable de citer plus de deux auteurs : J. Anglade et R. Sabatier. Pour moi, elle n'est ni moins bonne ni meilleure, cela dépend des titres, sujets, ten-dances. Quand je choisis un livre, je ne m'attache pas à l'origine ni de l'auteur ni du contexte.
Pierre, 28 ans, rédacteur
Je ne suis pas amateur de littérature tout court et encore moins capable de citer dif-férents auteurs auvergnats hormis Jean Anglade, dont je n'ai, d'ailleurs, lu aucune œuvre… Seul son nom m'est resté dans la tête.
Gérard, 55 ans, consultant
Non seulement j'apprécie les romans imprégnés du " terroir auvergnat " - sans vou-loir réduire l'écriture de leurs auteurs - mais il me plaît de rencontrer ces écrivains et d'échanger sur leurs sources d'inspiration et leurs personnalités attachantes. Yveline Gimbert et Alfred Lenglet, plusieurs fois récompensés par des prix littéraires, constituent, parmi d'autres, des références de cette proximité.
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