Dons d'organes : Le cœur à l’ouvrage…
Il aura fallu attendre qu'un chanteur promis à une belle carrière décède à 23 ans, pour qu'une nation entière prenne conscience de la nécessité de donner ses organes. Depuis la mort de Grégory Lemarchal, l'ADOT 87 enregistre une hausse des cartes de donneurs de 120%. Rencontre avec deux greffés Denis Touchet, président de l'association, et Catherine Champaud, donneuse et greffée.
L'équipe médicale de coordination du CHU de Limoges a la lourde tâche de demander à la famille les dernières volontés du défunt concernant le prélèvement d'organes...
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INFO.- Le 30 avril décédait Grégory Lemarchal, qu'est-ce qui a changé depuis ?
DENIS TOUCHET.-Tout a changé, avant nous allions vers les gens pour les informer et ils prenaient à peine la documentation qu'on leur tendait. Aujourd'hui ils viennent vers nous et tous les jours, je reçois 3 ou 4 cartes de donneurs. C'était ce qu'on recevait avant en un mois ! Nous sommes présents à la Foire Expo de Limoges tous les ans. Cette année des gens prenaient leur carte sur le stand. En deux mois nous constatons une hausse des donneurs de plus de 120 %. A présent les gens se sentent concernés. Les nouveaux donneurs sont majoritairement les 18-25 ans et les filles font davantage la démarche que les garçons. Les jeunes sont plus sensibilisés car ils ont perdu leur idole. Le message passe mieux avec eux, il n'y a pas de tabou de la mort, ils sont plus ouverts.
I.- Tous les jours vous mesurez les retombées de cet électrochoc national...
CATHERINE CHAMPAUD.- Dans la pharmacie où je travaille, nous avons déposé de la documentation sur les dons d'organes. Les clients la prennent volontiers, ce n'était pas le cas avant. Ils sont informés, ils ont enfin ouvert les yeux alors que pendant longtemps, le message ne passait pas car il était trop dur à entendre. Avec l'émission de TF1 qui rendait hommage à Grégory Lemarchal, les gens ont pris le message en pleine face. On a parlé du don d'organes en famille, les enfants ont posé des questions à leurs parents. C'est une démarche nouvelle. Les plus âgés ont donc été sensibilisés. La mort de Grégory Lemarchal a servi la cause. Il attendait une double greffe cœur-poumon. Sa fondation aide à présent les malades de la mucoviscidose.
60 greffés en 2006
I.- Combien de greffés et de donneurs sont recensés le département ?
D. T.- Depuis que le CHU pratique des greffes, plus de 600 personnes ont été transplantées. Soixante-trois personnes attendaient un greffon en Limousin, l'an dernier, 60 ont été greffées, soit 45 greffes du rein, 8 de cœur et 7 de foie. Sur 28 donneurs décédés recensés, 18 ont été prélevés. Dix familles se sont opposée au prélèvement. Au 31 décembre 2006 le département comptait 3615 détenteurs d'une carte.
Greffé du foie depuis six ans Denis Touchet, président de ADOT 87 et Transhépate Limousin, a retrouvé le plaisir de vivre...
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I.- Qui peut être donneur ?
D. T.- La loi applique le principe du consentement présumé, toute personne est considérée consentante, si elle n'a pas manifesté son refus de son vivant. Il n'y a pas d'âge limite pour être donneur, c'est l'état de santé du défunt et la qualité de ses organes qui sont pris en compte. Si on prélève rarement un cœur après 60 ans, les reins, le foie, les cornées peuvent l'être sur des sujets plus âgés. Lors du décès le médecin demande aux proches si le défunt était opposé au prélèvement d'organes. Si vous n'êtes pas d'accord vous pouvez vous inscrire sur le registre national des refus ou le dire à vos proches. Ce registre est interrogé avant tous prélèvements. L'inscription est individuelle dès 13 ans. Et si vous êtes favorable au don d'organes, le plus simple est de prendre une carte pour éviter l'opposition de la famille.
Urgence vitale
I.- Vous êtes greffé du foie, quel a été votre parcours ?
D. T.- Je suis ancien alcoolique, pendant quinze ans j'ai bu énormément tous les jours et l'alcool a détruit mon foie. Par chance je n'ai jamais fumé, pas même un joint, mon cœur était donc en parfait état pour une greffe. J'ai arrêté de boire un an avant l'opération. J'étais inscrit sur la liste d'attente en janvier 2001 et je n'ai attendu que cinq mois un greffon. Il ne me restait que deux mois à vivre. L'intervention a duré 10 h, en général il faut compter 8 à 15 h. J'ai été opéré par le Pr Descottes au CHU de Limoges.
I.- Avoir une seconde chance, qu'est-ce que ça a changé ?
D. T.- Tout, ma vie d'avant ressemblait à n'importe quoi. Je ne parlais plus à ma fille que j'avais quittée à 13 ans. J'espérais la revoir et, depuis la greffe, je la vois quand je veux. Je vais chercher mon petit-fils à l'école, je revois mon ex-femme et j'ai une compagne. Parler de mon alcoolisme ne me fait plus peur, cela me libère. Et les jeunes sont très touchés lorsque je témoigne.
Vivre avec l'autre
I.- Vivre avec l'organe d'un autre est-ce un problème pour vous ?
D. T.- Je pense à mon donneur, mais pas continuellement. Je n'ai pas rebu par respect pour lui. Je marche beaucoup... pour deux. Il est toujours présent en moi. Je fais en sorte que l'autre personne vive avec moi. C'est ma façon de lui rendre hommage. J'ai fait deux étapes du chemin de Saint-Jacques de Compostelle et, si je n'avais pas pensé à lui, je ne l'aurais pas fait. Il ne faut pas oublier qu'on est ici grâce à quelqu'un. Aujourd'hui tout est rentré dans l'ordre mais il faut toujours lutter, ne rien oublier.
I.- Pourquoi avez-vous rejoint ADOT 87 et Transhépate ?
D. T.- M'impliquer dans ces associations m'apporte énormément sur le plan moral et relationnel. J'ai appris beaucoup sur mon corps et la médecine que je ne connaissais pas avant la greffe. Je suis redevenu ce que j'étais, un battant. J'ai retrouvé toute ma famille et je suis heureux.
Catherine Champaud, greffée du rein à 30 ans après des années de dialyse, vit depuis normalement...
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Donneuse à 18 ans
I.- Vous êtes greffée d'un rein depuis huit ans, pensiez-vous avoir besoin d'une transplantation ?
C. C.- Non, même si j'étais malade depuis l'âge de 11 ans. J'ai passé mon adolescence dans les hôpitaux et, psychologiquement, j'étais sensibilisée très tôt au don d'organes. J'ai pris ma carte de donneur à 18 ans sans penser que je serai greffée. Mon état de santé s'est aggravé à 30 ans, le rein était atteint, j'étais dialysée, cela ne pouvait pas durer toute une vie, à raison de trois dialyses par semaine de 4 à 5 h. Je pensais qu'on me proposerait un organe et j'ai compris que tout le monde n'avait pas réfléchi à la question. Les mentalités ne sont pas ouvertes. J'ai été inscrite sur liste d'attente en 1998 et transplantée neuf mois après. Je faisais mes valises pour partir en vacances lorsque le CHU m'a appelée un soir d'août pour me prévenir.
I.- Comment s'est déroulé l'intervention ?
C. C.- J'ai été opérée par le Pr Aldigier, un rein a été transplanté, le second a sauvé une femme de 67 ans. Je suis sortie 12 jours après et je prends depuis un traitement immunodépresseur à vie. La durée de vie d'un rein greffé est de 15 ans, le traitement l'abîme, en plus, il travaille pour deux. J'aurai probablement besoin d'un autre rein. On peut bénéficier au maximum de deux greffes dans sa vie. C'est ce qui est arrivé à la sœur de Richard Berry. J'ai bien intégré l'organe, j'ai une pensée pour la donneuse à chaque date anniversaire. Cette greffe a changé ma vie. Je fais du sport, je ne suis plus de régime et je ne vis plus avec ce fil à la patte. C'est la liberté retrouvée. Quand les gens me voient ils n'imaginent pas que je suis greffée. Lorsque je témoigne dans les lycées, les jeunes sont très touchés de voir une greffée jeune car ils pensent que ça n'arrive pas aux jeunes et comme j'ai l'âge de leurs parents...
I.- Un dernier message ?
C. C.-La carte de donneur simplifie le travail de l'équipe médicale de coordination au moment du décès. La famille respecte ainsi la volonté du défunt. Le donneur peut exprimer ses souhaits sur la carte quant aux organes à prélever. Enfin il n'y a pas de racisme dans le don d'organes, tous les organes ont la même couleur.
Propos recueillis par
Corinne Mérigaud
Photos © Yves Dussuchaud
ADOT 87, 47 rue Armand-Dutreix à Limoges. Tél : 05.55.77.09.29, e-mail : daniel.soury@wanadoo.fr
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Vingt ans de combat
ADOT 87, délégation départementale de France Adot, a été créée en 1987 par André Prot, donneur de sang, André Jallet, employé S.N.C.F, et Jean Marie Boury, greffé du cœur. Une nouvelle équipe a été constituée, en 1998, par Geneviève de L'Arbre et André Jallet. L'association a toujours été soutenue par les praticiens du CHU, dont le Pr Christidès qui a fait la première greffe de cœur à Limoges, et les Drs Mireille Drouet, responsable du registre des donneurs volontaires de moelle osseuse, et Franck Gobeaux, médecin réanimateur, les médecins conseils de l'association.
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