Syrie : Le bon, la brute, et les autres
Depuis 10 mois, la révolution contre le régime syrien divise la population de ce pays. Un conflit qui a déjà fait plus de 5 000 morts selon l'ONU et qui résonne jusque dans les murs de Clermont-Ferrand
Dans un appartement de Clermont-Ferrand, un couple discute autour d'un café aux odeurs de cardamome. Imad Chalfoun et sa femme Naghal Alachab sont tous deux étudiants à l'université Blaise Pascal. Non loin de là, au coin d'une rue, une jeune femme, converse par téléphone avec un ami. Le point commun entre Imad, Naghal et Chaghaf ? Ils sont syriens, et vivent en France.
A 3 124 kilomètres de Clermont-Ferrand se déchaîne depuis 10 mois un affronte-ment entre le régime syrien et ses opposants. Un conflit violent qui semble flou et lointain. Pourtant, il fait partie du quotidien de ces trois personnages, bien que ces derniers n'aient pas tous choisi de défendre la même cause.
Pour Imad et Naghal, la révolution nourrie par des forces étrangères, est porteuse de corruption. " Bachar Al-Assad est un grand intellectuel, modeste et simple. Nous sommes pour le président, quelque soit sa religion. La Syrie vivait en paix ces dernières années. Aujourd'hui, les affrontements entre les communautés sunnites et alaouites ne font que s'amplifier." Leurs familles restées en Syrie, leur a parlé de groupes armés opposants au régime qui sèmeraient la terreur à Homs.
Autre son de cloche, Chaghaf, qui s'affirme " contre le régime et pour la révolution ". Elle déplore cependant elle aussi, que le mouvement soit armé. " Au début les manifestations étaient non-violentes. Mais petit à petit, les gens ont pris les armes pour se protéger de la répression des hommes de Bachar Al-Assad. Ils n'avaient plus le choix. Il est vrai qu'aujourd'hui, il y a des exagérations. Les gens deviennent fous. Ils voient leurs frères tués et leurs mères violées. Ce sont des réactions humaines. Mais si le régime n'arrive pas a protéger son peuple de la violence, alors est-il toujours légitime? "
Quant à la position de la France dans le conflit, la jeune étudiante souhaiterait qu'elle soit plus concrète. Elle reste cependant opposée à une intervention armée qui serait lourde de victime civiles. " Au final, ce sera peut être la seule solution et cela fait peur !". Lorsqu'il s'agit des médias occidentaux, les avis de Naghal, Imad et Chaghaf se rapprochent. " Ils ne voient qu'un côté de la révolution. Ils ne parlent que d'un régime qui tue et attaque. Ce qui est le plus délicat en Syrie, c'est de comprendre les arguments de ceux qui sont pour le régime de Bachar - expose Chaghaf.- La France ne touche pas à ce débat.". Imad va plus loin en affirmant que les médias occidentaux ne font que reprendre les informations faussées et pro-révolutionnaires de la chaîne qatarie, Al Jazeera.
Des opinions opposées, des peurs communes
Les causes des uns et des autres s'entrechoquent donc. Leurs peurs et leurs sentiments d'expatriés face à la situation syrienne restent pourtant similaires. Tout trois craignent pour leur famille et pour l'avenir de leur pays. " Je sens que je n'ai plus de maison à laquelle revenir quand je ne vais pas bien " explique Chaghaf. Ils se voient contraints de se créer une opinion sur la bases des médias et des idées reflétées par leurs proches restés au pays. "C'est fatigant, on est pas dans la situation mais on souffre quand même".
La principale différence entre la révolution syrienne et les printemps arabes en Tunisie ou Egypte est avant tout la grande diversité de la Syrie. La minorité alaouite au pouvoir rassure les autres minorités. Malgré sa brutalité, le régime syrien permet une certaine stabilité d'entente entre les communautés. " Tout le monde a peur des islamistes explique Naghal. Il ne sont pas un bon présage. Surtout pour nous qui sommes chrétiens. " La crainte d'une hypothétique guerre civile succédant au régime de Bachar Al-Assad est présente dans tous les esprits. Mais si la stabilité est rassurante, l'enlisement de la pauvreté, pour certains, est devenu toxique. " Les gens n'ont plus rien à perdre, ils sont saturés par la misère. C'est ce qui leur donne cette force irrépressible " souli-gne Chaghaf.
Lorsque la jeune femme regarde vers le futur, elle doute. " La situation va mettre beaucoup de temps à évoluer. Les gens sont fatigués. La révolution a pris un nouveau style. Elle stagne. Il y a environ 30 morts chaque jours. Ca fait peur de penser qu'on pourrait avoir payé aussi cher pour rien. Mais on garde quand même confiance en la cause syrienne."
Oriane VERDIER
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