entrepreneuriat : La valeur n'attend point le nombre des années
Créer ou reprendre une entreprise est l'aventure d'une vie. Difficile et passionnante, elle séduit de plus en plus de jeunes de moins de 30 ans. Parcours croisés.
Depuis quelques années, et en particulier depuis l'émergence du régime de l'auto-entrepreneur, de plus en plus de Français se tournent vers la création ou la reprise d'entreprise. Cette expérience intéresserait un quart de nos compatriotes(1). Près d'un jeune sur deux rêverait de devenir son propre patron.
Si un certain nombre de projets n'aboutiront pas, d'aucuns se lancent chaque année dans cette formidable aventure, véritable rêve ou simple défi. Aujourd'hui, en France, un créateur d'entreprise sur cinq a moins de 30 ans : les jeunes désireux d'entreprendre sont ainsi passés de 41 % en 2005 à 57 % en 2008. Et la relève semble assurée : 1,2 million d'entre eux devraient franchir le pas d'ici à 2013. En 2011, le Puy-de-Dôme comptait quant à lui 24 % de créations par des jeunes de moins de 30 ans(2).
Une farouche envie d'entreprendre, d'innover, de vivre des expériences et de les partager, c'est également ce qui caractérise Emilie et Michaël Pierrard. Respectivement 30 et 28 ans, ils ont pris la direction, en mars 2006, d'un des restaurants de la chaîne La Pataterie à Aubière, sous l'impulsion de son fondateur Jean-Christophe Pailleux. Ils connaissent dès lors une croissance exponentielle. " Nous avons appris la gestion de l'entreprise par nous-même, avouent les gérants. Nos études en comptabilité nous ont beaucoup servi et avons été épaulés par des professionnels, expert comptable et avo-cat. " Deux ans plus tard, ils sont en mesure de racheter les parts, parallèlement se mettront au service du développement du réseau du franchiseur puis ouvriront deux autres établissements. Le couple gère aujourd'hui une quarantaine de salariés. " Mal-gré notre âge, nous n'avons jamais eu de problème à nous faire respecter. La principale difficulté que nous rencontrons est le recrutement, lié au métier, aux contraintes horai-res et au travail le week-end. "
Des dispositifs simplifiés
Après une 1ère expérience en tant que salarié, Alban Boulinguez, 25 ans, a fondé il y a deux ans sa propre entreprise grâce à un dispositif révolutionnaire par sa simplicité : le régime de l'auto-entrepreneur. " J'ai abandonné un emploi en CDI pour me lancer dans la coiffure à domicile et dépoussiérer son image vieillissante et négative, précise le créateur d'Alban Coiff'. J'avais envie de travailler pour moi sans trop de contraintes, de charges sociales, fiscales et administratives. Conseillé par ma banquière, ce statut s'est imposé comme une évidence… " Et le succès est au rendez-vous !
Alors en poste à Londres, Anne-Sixtine Peronnet découvre un concept singulier et innovant qu'elle reproduira à son retour à Clermont : proposer dans un studio intimiste doté de plates-formes vibrantes une prise en charge individualisée ainsi qu'un coaching global de la clientèle. Avec un petit apport personnel, cette jeune femme pétillante de 26 ans avoue ne pas avoir rencontré de problèmes pour créer son entreprise et obtenir un crédit, mais s'est retrouvée confrontée à d'autres difficultés. " Peu informée, je me suis mal orientée au départ, vers un régime en micro-entreprise inadapté. Je n'ai pas pu me payer la 1ère année et, par ailleurs, n'ayant jamais travaillé en France, je n'ai pas pu bénéficier d'aides. Mais je suis rapidement rentrée dans mes frais : le concept plaît et les clientes sont fidèles et de plus en plus nombreuses. "
Créer son propre job
Au delà de l'âge, l'envie d'entreprendre est une question de passion, de capacité à exécuter et de maturité. S'entourer d'un ou deux mentors ou " business angels " peut également être un plus. Ce fut le cas de Vincent André (23 ans), Julien Durant (29) et Jérémy Rochette (28). Les trois amis d'enfance -passionnés de glisse et issus de do-maines différents- ont créé en 2008 Picture Organic Clothing, une marque éthique de vêtements tendance en coton biologique et matière recyclée. " La 1ère année, nous n'avons pas pu nous payer et nos marges étaient ridicules mais, en partant sur la route, nous avons pu rentrer 70 magasins sur le territoire ", explique Vincent. Aujourd'hui, la " petite " entreprise auvergnate a fait son chemin : elle compte, en 2011, 250 points de vente en France et à l'étranger (65% de magasins français), a développé l'international, travaille avec 12 pays, enregistre un chiffre d'affaires de 1,9 million d'€ et devrait arriver à l'équilibre cette année. Malgré cette croissance exponentielle, les associés gardent les pieds sur terre : " Nous sommes tributaires d'une météo difficile à anticiper et notre succès peut également être un effet de mode… Cette aventure est très enrichissante et épanouissante. Nous devons notre réussite aux personnes qui nous ont aidées. Main-tenant, il s'agit de pérenniser l'entreprise car rien n'est jamais acquis… "
Pour Marie-Luce Bozom, chef d'entreprise et présidente de la commission Créa-tion/Reprise/Transmission à CCI du Puy-de-Dôme, le constat est clair. " Pour beaucoup de jeunes, l'entrepreneuriat une solution pour pouvoir commencer à avoir une expé-rience à la sortie de ses études, une alternative au salariat, une manière de s'aguerrir. Il existe une réelle volonté de développer l'entrepreneuriat chez les jeunes, en création ou reprise. La création du PRES (Pôle de Recherche et d'Enseignement Supérieur) Au-vergne est aussi le reflet de cette prise de conscience de l'importance d'entreprendre par l'enseignement. "
Si les compères de Picture, rejoints récemment par un 4ème acolyte, sont notam-ment en route pour conquérir les Etats-Unis, Alban et Anne-Sixtine aspirent à s'agrandir et développeraient bien leurs activités au niveau régional voire national. Après l'ouverture d'un nouveau restaurant courant 2012 à Clermont-Fd, les époux Pierrard, quant à eux, ont " désormais envie de développer d'autres activités et souhaiteraient, tout en conservant leurs établissements, mettre à profit leur savoir-faire en soutenant d'autres projets. "
Une expérience réussie dans l'entrepreneuriat peut être l'élément déclencheur d'un cercle vertueux…
Audrey THERON.
(1) Selon baromètre IFOP pour CCI-Entreprendre en France.
(2) Selon la CCI du Puy-de-Dôme.
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Pratique
Les CCI ont mis en place un accompagnement spécifique et gratuit pour la création/reprise, actions de sensibilisation, proposent différents services à destination des futurs entrepreneurs… Des aides supplémentaires sont proposées comme le trophée " Jeune et entrepreneur " (GCE 63), le dispositif Nacre, le prêt à taux zéro, des aides spécifiques par secteur d'activité et projet, etc. Un nouveau dispositif régional d'aide aux créateurs et repreneurs " Auverboost " devrait voir le jour dans les semaines à venir. Voir également : Chambres des Métiers et de l'Artisanat, Pôle emploi, associations d'anciens chefs d'entreprises ou de cadres à la retraite, Espace Info Jeunes, Pépinières, forum " Création/reprise et de la jeune entreprise " (juin), etc.
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Moins de 30 ans, est-ce le bon âge pour entreprendre ?
Pauline, 27 ans, hôtesse de caisse
Il est certain qu'il vaut mieux s'y prendre tôt pour créer son entreprise. Cependant, il me semble difficile de réussir sans expérience. C'est pourquoi il est préférable d'être aidé et bien conseillé par une personne plus âgée qui connaît les filons du métier.
Hervé, 20 ans, étudiant
C'est maintenant qu'il faut entreprendre. Mais cela dépend si l'on a un peu d'expérience ou pas. Si une personne a un CAP par exemple ou qu'elle a été formée par apprentissage, je pense que c'est suffisant. Il est simplement préférable de rester dans le domaine de ses compétences.
Bouamar, 19 ans, étudiant
Bien sûr que moins de 30 ans, c'est le bon moment pour entreprendre et investir ! Je connais des personnes qui ont monté leur entreprise avant leurs 30 ans et cela se passe très bien. Quand l'occasion se présente à soi, il ne faut pas se poser trop de questions.
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