Reconversion : le bonheur est dans le pré
Chaque année des milliers de salariés décident de se reconvertir. Malgré les contraintes du métier d'agriculteur, ils sont plusieurs dizaines par an à franchir le pas en Haute-Vienne.

Catherine et Luc ne regrettent pas d'avoir changé de métier. (Photo © Yves Dussuchaud)
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Luc et Catherine Valcke ont radicalement changé de vie. Catherine, infirmière, a pris sa retraite lorsque son époux s'est installé éleveur bovins et ovins en 2006. A la tête d'un cheptel de 110 vaches et 450 brebis sur 250 ha à Séreilhac, ils ont renoncé à une situation professionnelle confortable en changeant de métier.
" J'avais 20 ans de carrière à l'hôpital Esquirol et mes trois enfants me donnaient droit de partir en retraite, résume Catherine. Au départ le projet ne concernait que mon mari et l'idée a fait son chemin. Reprendre seul l'exploitation représentait une grosse charge de travail. Alors que je travaillais de nuit, j'ai suivi une formation à Cussac et obtenu un Brevet professionnel de responsable d'exploitation agricole (BPREA). Puis il a fallu monter les dossiers et cela a été difficile de trouver un financement en s'installant hors cadre familial ".
Ingénieur agricole Luc, ancien conseiller de la Chambre d'Agriculture, connaissait le métier grâce à des parents céréaliers dans la Somme.
" Je m'ennuyais un peu à la Chambre, nos voisins agriculteurs partaient à la retraite et cherchaient un repreneur depuis deux ans, nous avons saisi l'occasion ".
Leur projet de vie est lourd de conséquences, l'achat du matériel et du cheptel a nécessité un investissement de 450.000 euros soutenu par le Crédit Agricole. Le couple a apporté la garantie de leurs parents et engagé leurs biens en caution. Ils n'ont pas droit à l'échec...
UNE FAÇON DE VIVRE
Cinq ans après ils ne regrettent rien, malgré la sécurité procurée par leurs précédents postes.
" J'avais fait le tour de mon métier, lâche Catherine, j'ai toujours été attirée par les animaux, je n'avais pas trop de craintes. On a travaillé à fond quatre ans pour tout mettre en place, aujourd'hui on souffle un peu. On n'est pas parti en vacances pendant deux ans, je prends des jours de repos quand je peux, on ne se plaint pas par rapport aux contraintes ".
Ils ont traversé des périodes difficiles, fièvre catarrhale ovine, flambée du blé et du carburant, sécheresse.
" Nous avons choisi une façon de vivre plus qu'un métier, admet Luc, en travaillant 12 h par jour, tous les jours et la nuit en périodes de vêlages et d'agnelages. Nous n'avons plus de patron, nous prenons des initiatives, c'est motivant pour avancer ".
Leur changement de vie ne s'est pas fait sans un sacrifice financier.
" On se verse à peine un SMIC chacun, calcule Catherine, nos revenus ont été divisés par deux mais ce n'est pas une priorité. On ne se prive pas, on a moins de besoins qu'avant. Nos priorités ont changé, on a gagné en confort de vie en profitant de la nature. Nos enfants ont compris notre choix. Les deux aînés qui ont quitté la maison donnent un coup de main le week-end et le dernier, âgé de 8 ans, est content de participer. Certes nous sommes parfois fatigués et sans la passion, cela aurait été impossible ".
Cinq ans après un apprenti a été embauché pour gérer la charge de travail.
" Nos parents et mes collègues de la Chambre d'Agriculture nous ont dit que nous étions fous, relate Luc. Il faut de l'insouciance et un brin de folie pour investir autant et gagner si peu. La passion est encore plus forte aujourd'hui ".
NOUVEAU DÉPART
Cécile Reilhac a réalisé son rêve en ouvrant une ferme auberge à Masléon. Titulaire d'un brevet de technicien hôtelier et diplômée de l'Ecole supérieure de cuisine française, cette Parisienne de 37 ans a enchaîné les postes, assistante commerciale chez l'un des meilleurs traiteurs de France, premier maître d'hôtel, assistante de direction à Buffalo Grill et employée durant douze ans à la Sodexo où elle occupera divers postes.
" Enfant je passais mes vacances dans cette ferme qui appartenait à mes futurs beaux-parents, raconte-t-elle. Mon mari est naisseur engraisseur depuis 1976. J'ai toujours voulu avoir mon affaire et le concept de ferme auberge correspondait parfaitement pour mettre en valeur nos productions ".
Après une tentative de reconversion en 2007 elle décide d'attendre un plan d'aides plus avantageux et relance son projet en 2009 grâce à un congé individuel de formation.
" J'ai touché mon salaire pendant les huit mois de formation, à l'exception de 20 jours, et obtenu le BPREA au lycée de Saint-Yrieix. J'aidais déjà mon mari au niveau administratif, j'ai surtout appris la technique. La visite de fermes nous a permis d'améliorer nos pratiques culturales ".
Pour ouvrir sa ferme auberge Cécile a investi 76.000 euros et bénéficié d'aides à la diversification de la Région et de l'Europe (35%), de la dotation jeune agriculteur (16.000 euros), d'aides pour l'achat de matériel et le montage juridique. Elle a souscrit un prêt à 1 %. Le couple a pu compléter son cheptel et augmenter sa production de volailles et porcs
A TABLE
La salle de restaurant et la cuisine ont été aménagées dans l'ancienne maison de sa belle-mère, le four à pain et la cheminée ont repris du service. Cécile mise sur une cuisine authentique qui rappelle celle de nos grands-mères, cuisson des viandes dans l'âtre et plats en sauce (cop au vin, poule au pot, boeuf au foin...) mijotés la journée dans le four.
" Je prépare des plats à partir de boeuf, porc et volailles que nous produisons. Les clafoutis et flognardes sont élaborés avec nos fruits et les plats accompagnés de nos légumes. Le lait et les fromages sont fournis par des producteurs locaux, les fermes du Mas Gilard et de Fantouillet. Le foies gras et le pain sont faits maison ". La ferme auberge du Bontemps a également rejoint le réseau Bienvenue à la Ferme.
Ouvert du jeudi au dimanche sur réservations, le restaurant accueille 40 convives. En cinq mois d'activité Cécile a servi 700 couverts avec un prix moyen par couvert supérieur au prévisionnel.
" Le démarrage a été bon cet été avec des touristes et une clientèle locale. Je ne regrette rien. Si j'ai perdu la sécurité du salaire, j'ai gagné en liberté pour organiser et gérer mon emploi du temps. Certes il y a des contraintes... Je participe aussi aux travaux agricoles comme avant. Mon expérience administrative et ma connaissance du métier d'agriculteur et de cuisinière ont été des atouts. Je regrette simplement de ne plus avoir de collègues, je me sens isolée et je ne peux plus me reposer sur quelqu'un comme auparavant ".
Le plus difficile n'aura pas été de revenir au lycée mais de monter les dossiers d'aides et de réunir les conditions d'éligibilité. " Les démarches sont longues et compliquées et personne ne vous dit la même chose, il a fallu déplacer des montagnes... ".
Corinne Mérigaud
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