Commerces ruraux : Se diversifier pour survivre
Pour arrondir leurs fins de mois, surtout en période de crise, les commerces ruraux doivent diversifier leur activité. Des possibilités existent. En voici un rapide échantillon…
Gelles, un après-midi de janvier. Dans sa boucherie-charcuterie flambant neuve, Julien Michel, 31 ans, reçoit une livraison. Il plaisante avec son interlocuteur. Parle prix. La crise, ici comme ailleurs, incite à compter. Pour acheter sa première carcasse, en 2009, le jeune artisan a dû vendre sa voiture. Aujourd'hui, ça va mieux. Mais l'avenir demeure encore incertain : la trêve hivernale, les investissements, les aides qui tardent à arriver… Tous ces paramètres n'incitent guère à l'euphorie. Mais Julien Michel est plutôt du genre à voir le verre à moitié plein. " Je suis content d'être là. Optimiste ? Il faut bien l'être. A nous de trouver les réponses aux questions que l'on se pose ".
Entre 2005 et 2010, le nombre de commerces alimentaires en milieu rural est passé de 377 à 344 selon l'INSEE. Une tendance à la baisse que l'on retrouve également dans le non-alimentaire : une vingtaine de boutiques a mis la clé sous la porte en cinq ans, portant leur nombre à 271. Autre donnée : le nombre de commerces à reprendre dans les communes de moins de 2000 habitants est passé de 56 à 70 en deux ans selon l'observatoire Transcommerce-Transartisanat de la CCI Auvergne. Il s'agit essentiellement de cafés, hôtels ou restaurants. Le petit bistrot du village aurait-il du plomb dans l'aile ?
Bien sûr, la crise a bon dos. Mais elle n'est pas la seule responsable de cette érosion. La concurrence des grandes surfaces, de plus en plus nombreuses en milieu rural, l'explique aussi en partie, sans susciter forcément de vives inquiétudes chez les " petits " : " Les artisans en milieu rural ne se plaignent pas forcément de l'activité " observent d'une même voix Michel Roux, élu à la chambre des métiers et de l'artisanat du Puy-de-Dôme, et Isabelle Gardel, chargée de développement économique.
" Il faut être dans le coup "
En revanche, rien n'est acquis. La société se transforme, les habitudes changent. Survivre nécessite une adaptation. " Pour ne pas disparaître, il faut être dans le coup. Promouvoir la qualité. Cela demande beaucoup d'investissements, mais c'est nécessaire pour prendre le virage. De toute manière, le tri a déjà été fait " analyse Michel Roux. Boucher-charcutier à Pont-du-Château, il regrette également que le développement ne soit pas plus encouragé. Pour maintenir ou développer leur business, les commerces ruraux doivent donc imaginer de nouvelles stratégies. Par exemple, diversifier leur activité : " C'est vital pour l'avenir des petits commerces ruraux. Et pas seulement en Auvergne " prévient Valérie Veissière, conseillère en développement d'entreprise à la CCI du Puy-de-Dôme. Julien Michel, le boucher de Gelles, développe par exemple une activité traiteur. Ils sont également de plus en plus nombreux à faire des tournées en camion…
Les multiples ruraux, mais également les Points Multiservices (PMS), s'inscrivent dans cette logique de diversité. Nés en Auvergne en 1994, ces derniers ont fait des petits en Aquitaine, Centre, Limousin et Poitou-Charentes. Le principe ? Dépanner les habitants ou les touristes, en mettant une gamme de services " pratiques " au sein des commerces des communes de moins de 2000 habitants. Accès à Internet, développement photo, photocopieuse, fax… Des petits " plus " qui permettent d'augmenter la fréquentation des commerces, donc (théoriquement) leur chiffre d'affaires.
" Aucune n'étude n'existe à ce sujet. Mais 99 % des clients estiment qu'ils sont utiles dans un village. Les PMS permettent surtout aux commerçants de travailler en réseau, d'échanger leurs idées. C'est un vrai avantage " analyse Béatrice Guichard, chef de projet PMS au conseil interconsulaire Auvergne. La participation financière à la charge du commerçant (autour de 980 euros) reste malheureusement un frein pour un certain nombre d'intéressés.
PMS, Relais Poste, Point Vert…
Autre solution pour diversifier son activité : devenir " Relais Poste ". Cette formule de partenariat privé lancée en 2003 permet aux commerçants, moyennant une rémunération mensuelle de 355 euros, d'effectuer des prestations postales, que ce soit la vente de timbres, le dépôt de courrier ou le retrait de colis en instance. " Quand un Relais Poste s'implante dans le département, c'est souvent parce que le bureau est fragilisé, qu'il y a peu d'activité journalière. Nous travaillons souvent avec la mairie sur le dernier commerce du village. La rémunération permet à son responsable de couvrir une partie de ses coûts fixes " explique Brigitte Goyet, déléguée régionale du groupe La Poste.
Ils sont 26 à jouer le jeu dans le Puy-de-Dôme. Si on ajoute les 137 bureaux de Poste et les 85 agences communales, 95,6 % de la population se trouve à proximité d'un point de contact. Un chiffre au-dessus des 90 % prévus par la loi postale… Autrement dit : les trois ou quatre demandes d'adhésion annuelle restent (pour l'instant) en attente.
Comme La Poste, le Crédit agricole s'est immiscé dans les épicerie, cafés ou restaurants avec ses " Points Verts ". Il en existe une centaine dans le Puy-de-Dôme. Intérêt pour le commerçant ? Autoriser le retrait d'espèces dans son établissement. " C'est un service de proximité, qui permet de créer un trafic chez le commerçant. L'opération est gagnant-gagnant " estime Florent Ameilbonne, responsable marketing à la caisse régionale du Crédit Agricole. Pas de quoi devenir millionnaire cependant : par transaction, un euro seulement va dans la poche du commerçant. Et seuls les clients du Crédit agricole peuvent profiter du service. Autre problème : le réseau semble suffisamment fourni. " Ce sera difficile d'en mettre plus " estime-t-on au siège de la caisse régionale. Les commerçants vont donc devoir se creuser la tête pour dynamiser encore davantage leur activité…
Emmanuel THEROND
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