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» Article paru le : 05/12/2007
» Sur les éditions : Puy-De-Dôme
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Alain Bourgeon : L’œuvre à la coque !


Lorsque la mairie de Commentry lui proposa de réaliser une libellule géante. Il s’étonna. Aujourd’hui, Alain Bourgeon vient d’achever sa commande. Et surpris, il en est très content ! La bête trônera bientôt à 3,50m de haut, au beau milieu du rond point, rue du président Salvador-Alliende à Commentry.

Une libellule géante pour un sculpteur qui aime le monumental. Ce n’est pas tant l’enjeu qui l’avait arrêté, il y a quatre ans, lorsque la mairie de Commentry lui parla du projet mais l’idée de se faire à l’idée qu’il allait devoir faire un insecte et par là-même du figuratif. Aujourd’hui, Alain Bourgeon vient d’achever sa commande. Et surpris, il en est très content ! La bête va trôner bientôt à 3,50m de haut, au beau milieu du rond point, rue du président Salvador-Alliende à Commentry.
FAUT-IL que le destin soit taquin quand même ! Eh oui ! Il aura fallu le prétexte d’une libellule, certes, pas n’importe laquelle, la Meganeura*, pour amener mes pas, quelque vingt ans plus tard, sur les traces d’un grand bonhomme. Il est des choses comme ça, des évidences qui ont peine à éclore. Mais celles-ci, en général, vous rattrapent toujours un jour. La preuve.


Un mastodonte de 300 kg


Evidemment. Il était là, en bleu de travail, le regard doux, la lunette et la moustache fines, dans son atelier à Néris les Bains, avec son insecte de 3 mètres de long et de 4,70 m d’envergure. Un mastodonte de 300 kg. Bien sûr, et c’est vrai, qu’elle est réussie cette libellule. Assemblage soudé de pièces (90 pour la tête) et de longs morceaux d’inox, savamment et ingénieusement répartis. Une oeuvre conçue en inox, car avec les temps qui courent le cuivre…comment dire… attire les convoitises. Et puis parce que l’inox contrairement aux autres matériaux ne vieillit, ni ne rouille. Conçue également pour résister aux intempéries et notamment aux vents de plus de 150 Km/h.
Evidemment. Alain Bourgeon n’est pas que sculpteur…C’est un arpenteur. Un autodidacte. Un ingénieur un peu fou, capable d’inventer ce dont il a besoin quand il en a besoin. Comme sa maison qu’il a dessiné et construit tout seul, en trois ans de 1975 à 1978.
«  Comme j’avais d’énormes contraintes techniques, par rapport à sa mise en place au beau milieu de ce rond point voué à tous les vents et, qui plus est, à 3,50m de hauteur, à l’intérieur du thorax, et de façon à ce que cela ne se voit pas, j’ai donc créé un système destiné à renforcer le corps et les ailes. Ce fut un travail d’ingénierie qui m’a beaucoup plu. En cela toute commande est intéressante car cela force à faire des choses qu’on aurait pas soupçonnées.»
Evidemment. Il était là, en bleu de travail, le cheveu gris plus court et plus discipliné qu’à l’époque, avec sa dernière création. Mais, le regard était ailleurs, là-bas, dans la pièce d’à côté, là où tous ses drôles de bateaux étaient amarrés. Des bateaux qui semblaient très heureux sur la terre ferme. « Je n’ai pas le pied marin » lance-t-il. Ses bateaux non plus. Et c’est cela qui est beau.


Des bateaux de fortune

Du coup. La libellule, reste l’héroïne du jour…fière d’être bientôt sur son socle, au cœur de son rond point, à l’entrée de Commentry…mais le silence des bateaux enivre comme le chant des sirènes. Hypnotique. Le rêve de l’arpenteur prend vie. Et c’est parti. L’embarquement est immédiat. Ils sont là. A quai. Dans ce port improvisé. Emouvants, lourds, ventrus, pesants, charmants, impressionnants, improbables et à la fois évidents. Tellement évidents. Du coup oui, la libellule s’envole et les coques s’acoquinent comme pour narguer les marins et surtout les lois de la navigation. Car oui, ils sont bateaux, mais, non ils ne flottent pas et même surtout pas. On le sait, on le sent, on le voit. Et pourtant, tous sont une invitation au voyage. Tous donnent envie d’embarquer pour n’importe où. De partir dans les méandres de l’imaginaire et de s’y laisser couler comme dans un bain moussant. Onctueusement. Et si c’était cela le rêve de l’arpenteur ? Attendre l’évidence.
« Cela fait 5 ans que je fais des bateaux, mais seulement trois ans que je m’en aperçois. J’ai toujours attendu que les choses viennent à moi. Quand la peinture m’a abandonné, (juste au moment, pour la petite histoire, où j’avais trouvé une galerie à Paris !) la sculpture m’est tombé dessus. C’est d’abord le bois qui s’est avéré. Puis tout doucement la pierre et le métal. Et force est de constater que le métal a pris de plus en plus d’importance. Je n’ai jamais choisi. C’est venu comme dans une lente évolution. A l’origine, je colorais mes bois, probablement pour combler une certaine frustration de ne plus être peintre. Puis la couleur est partie, et le métal est arrivé. Seulement avec lui les contraintes techniques, elles aussi, ont débarqué. Alors, j’ai dû m’équiper de beaucoup de matériel coûteux et encombrant. Et c’est pourquoi, j’ai construit cet atelier de façon à accueillir comme il se doit, un découpeur plasma, trois postes à souder, des meuleuses, des perceuses et autres outils auxquels je n’avais jamais touché avant. J’ai commandé des feuilles et des feuilles d’acier et d’inox. Quand j’ai commencé en 80, c’était 15 francs le Kilo, aujourd’hui, c’est 60 francs, le kilo ! Heu, une dizaine d’euros ! »


« Je n’en suis qu’au début »

Au départ, les coques lui permettaient juste de réunir la partie basse et la partie haute de l’œuvre. Et puis il a fait un rêve. Dés lors, celles-ci prirent de plus en plus d’importance « jusqu’au jour, sourit-il, où je me suis aperçu que c’était des bateaux. Je me suis donc mis à faire des bateaux. J’adore la mer, même si je ne l’aime que du bord. Et j’adore les bateaux. Ce sont des engins fabuleux, depuis l’Antiquité, en Asie, en Orient, en Occident, qu’ils soient voués pour la marine, la pêche…Je n’en suis donc qu’au début. J’en ai plein la tête. D’ailleurs quand je la secoue, ça en tombe plein par terre ». En acier, en pierre mais aussi avec des objets de récupération, des carcasses de ci, ou de ça, des vieux chauffe-eau, le grand bonhomme au quelque 550 oeuvres…en trente années de sculpture, rêve encore de grand large, bien ancré au fond de son atelier. Loin des marées et des tempêtes, c’est ainsi que son œuvre à la coque mouille, désormais, dans nos esprits.


Christine Depeige

photo Christine Depeige


Plus grande libellule du monde

La Meganeura est la plus grande libellule du monde (35 cm de long et 70 cm d’envergure). Son empreinte a été trouvée vers 1880 dans les terrains houillers de Commentry par Henri Fayol, ingénieur et directeur général de la SA de Fourchambault-Commentry. Elle est aujourd’hui au Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris.


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