Municipales : Alain Rodet « Les 10 ans à venir vont être décisifs »
Le 9 mars prochain auront lieu les élections municipales en France. Info a choisi de donner la parole, pendant trois semaines, aux différents candidats qui se présentent à Limoges, quelle que soit leur appartenance politique…
Alain Rodet, est né le 4 juin 1944 à Dieulefit (Drôme). Il est élu député dans la quatrième circonscription de la Haute-Vienne depuis 1981. Il fait partie du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, et est aussi maire de Limoges depuis 1990 et président de la communauté d'agglomération Limoges Métropole…
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Info : Vous êtes maire de Limoges depuis 1990. Quel est le bilan de ce deuxième mandat ?
Alain Rodet : Le bilan est très bon car nous avons tenu nos engagements sur tous les plans. Par exemple, l’intercommunalité. Ce n’est pas un écran administratif supplémentaire mais une collaboration entre 17 communes, qui a un caractère très opérationnel et des charges de structure réduites au maximum. 95% des crédits ont été affectés à des politiques environnementales, au développement économique, à de grands projets, à de grands équipements culturels. En comparaison avec des villes de même importance, nous sommes dans la moyenne haute pour les investissements. Ainsi, nous maîtrisons bien les dépenses de fonctionnement et nous investissons plus que les autres, avec 50M€ d’investissements chaque année. Si nous maintenons ce cap, non seulement Limoges restera dans la course, mais sera même une ville, qui pourra faire référence sur bien des points.
I : Quels sont vos grands projets dans le domaine économique ?
A.R : Aujourd’hui, la compétence économique est du domaine de l’Agglomération. Nous avons 1.200 hectares de zone d’activités, qui sont tous occupés. Nous souhaitons augmenter dans les années à venir cette superficie à 2.000 ha. La fin de la zone Nord 3 devrait, d’ici trois à quatre ans, être remplie, tout comme celle de Saint-Just-le-Martel et Peyrilhac. Une zone d’activités est en projet sur Bonnac-la-Côte. Dans les 5 ans à venir, ce sont donc 200 à 250 hectares de zones d’activités nouvelles, qui seront offertes aux entreprises qui souhaitent se développer ou s’implanter.
I : Comment se positionne Limoges sur le plan environnemental ?
A.R : Limoges est complètement aux normes. Nous avons énormément investit, avec, par exemple, un investissement de 30 M€, au cours des trois dernières années, pour le respect de la loi sur l’eau. Notre régie municipale eau-assainissement est non seulement complètement aux normes, mais nous offrons à Saint-Junien et Rochechouart, qui ont des problèmes d’approvisionnement en eau actuellement, de les desservir grâce à une canalisation de 40 km. La centrale énergie-déchets vient de faire l’objet d’une nouvelle mise aux normes, qui a coûté près de 19 M€. Des efforts ont été portés sur les berges de rivières et la qualité des cours d’eau.
I : Quels sont les gros chantiers à moyen et long terme ?
A.R : L’un des grands chantiers porte sur les transports en commun. Nous souhaitons achever le renouvellement complet du parc de trolleys, en en acquérant une vingtaine d’ici 3 ou 4 ans, soit plus de 15 M€ d’investissements. Nous voulons aussi créer un espace pour les poids-lourds, et des parcs de stationnement relais, aux entrées de la ville. Nous désirons renforcer les axes lourds : Beaubreuil, le centre hospitalier, le boulevard Carnot, la gare… et bien sûr le trajet allant vers la nouvelle clinique Chénieux.
I : En parallèle, la ville s’est investie dans la construction de logements ?
A.R : En effet, 7.000 logements ont été créés en sept ans et nous avons réhabilité 8.000 logements sociaux, avec une moyenne de 25.000€ de travaux par logement. L’objectif de l’office public d’HLM, qui dépend directement de la ville, est de mettre en chantier 200 nouveaux logements par an. Loin des grandes barres d’immeubles, ce seront de petits ensemble, de 12 à 40 logements, dans tous les quartiers. Nous créerons au moins un millier de logements dans le mandat qui vient, si les Limougeauds nous font confiance.
I : Certains grands chantiers culturels, engagés dans le mandat actuel vont se terminer dans celui à venir ?
A.R : Tout à fait. Il y a la restructuration complète du musée de l’Evêché, le musée de la Résistance et le conservatoire national de région de musique. En une décennie, nous aurons largement investi en matière d’équipements culturels, comme le BFM ou encore le Zénith.
I : Qu’en est-il des équipements sportifs ?
A.R : L’objectif du mandat à venir est de disposer d’équipements sportifs d’une métropole régionale. Nous avons, notamment, deux gros projets : un grand centre nautique avec un bassin de 50m couvert, un bassin de 25m d’échauffement pour accueillir de grandes compétitions comme les Championnats de France, un espace ludique pour les enfants et un espace de remise en forme avec jacuzzi, sauna… C’est un projet qui peut se chiffrer à 50M€, soit presque deux fois le prix du Zénith. L’autre projet est la restructuration du parc des sports de Beaublanc, dont les équipements ont vieilli, avec l’augmentation de la capacité de stationnement. Le terrain d’honneur profondément renouvelé, aurait 20.000 places, en créant des salles de réception sous les tribunes.
I : On parle beaucoup d’investissements, cela va-t-il fatalement engendrer une hausse de la fiscalité ?
A.R : Si l’Etat était un partenaire fiable, et ce n’est pas le cas, nous aurions sans doute les moyens de dire que ces programmes d’investissement peuvent se faire à fiscalité constante, sans augmentation de la pression fiscale communale ou intercommunale. Mais l’Etat se décharge sur nous, et ce dans tous les domaines, comme pour le transfert des compétences sans transférer des ressources. Si l’Etat continue à être désinvolte et peu responsable par rapport aux pouvoirs publics locaux, il y a deux solutions : ou nous baissons les investissements, ou nous augmentons les impôts. Certes, nous pourrions nous endetter davantage car Limoges a un taux d’endettement par habitant au-dessous des villes de la strate, mais les intérêts sont, aujourd’hui, entrain d’augmenter.
I : Selon vous, que manque-t-il à Limoges ?
A.R : La grande vitesse ferroviaire. Dans le quart sud-ouest de la France, Limoges est la 3e grande agglomération après Bordeaux et Toulouse. D’ailleurs, beaucoup de porteurs de projet toulousains ou bordelais viennent investir à Limoges. Aujourd’hui, nous avons besoins de bonnes connections internationales. Le TGV, ce n’est pas que Paris, mais de pouvoir faire aller-retour dans la journée à Bruxelles, à Strasbourg, à Londres, sans oublier la péninsule ibérique. Il nous faut impérativement ce barreau, qui n’est pas d’un coût exorbitant. Nous devons continuer à nous battre. Les 10 ans à venir vont être décisifs.
Propos recueillis par
Anne-Marie Muia
Photo © Yves Dussuchaud
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