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» Article paru le : 14/04/2008
» Sur les éditions : Allier
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Deux jours d’ennui pour sauver son permis


« La prochaine fois, je fais le stage ». Depuis le temps que je le disais, ça devait finir par arriver! Une grande ligne droite déserte dans la campagne périgourdine, des pandores à jumelles postés à dix mètres du panneau de sortie d’agglomération : bingo. Dans le fourgon où un transistor à l’ancienne crache les commentaires d’un match de rugby local, le verdict tombe : 88 km/h au lieu de 50. C’est trois points de permis perdus, 90€ d’amende et un solde de points virtuel qui se rapproche dangereusement du seuil critique. Il faut donc agir, et vite. Une recherche Google rapide me suffit pour constater que je n’aurai aucun mal à dégoter un stage. Ils sont aussi nombreux que les gendarmes au bord des routes un jour de départs en vacances. Toutes les dates, tous les prix, un nombre impressionnant de villes : le business des points de permis est florissant. Pour la modique somme de 250€, débitée à la vitesse de l’éclair, je choisis de m’inscrire à Limoges pour début février et me prépare à ces deux jours qui ressemblent déjà à une punition. Je ne serai pas déçu.


Seize hommes en colère

Vendredi, 8 h 30. Pile à l’heure, j’entre dans l’hôtel du centre-ville qui accueille le stage. Pas ravi d’y aller, mais ponctuel. La convocation, qui n’est jamais arrivée dans ma boîte aux lettres, était pour 8 h 15. Du coup, tout le monde est déjà installé dans une salle minuscule et je joue des coudes pour me trouver une place. Devant moi, une bouteille d’eau et un verre de Suze -vide, certes- plein de traces de rouge à lèvres. Ca promet !
Mes quinze camarades d’infortune -tous des hommes, ce qui n’est peut-être pas complètement un hasard- paraissent aussi ravis que moi de se retrouver là. « On perd deux jours de boulot ». « Ca ne va servir à rien » Ca grogne dans les rangs. Visiblement habitués, nos deux formateurs manient à la perfection le sourire et la diplomatie. Elle, cheveux courts, joli minois et ton très assuré forme des moniteurs d’auto-école. Lui, accent du sud-ouest et faux airs de Jean-Marc Morandini, est psychosociologue. Il nous donne le menu des deux jours en s’efforçant de positiver. « On pourra parler de vos points forts de conducteurs », assure-t-il. Puis il insiste : « Nous ne sommes pas là pour vous juger ou vous faire la morale. Il n’est pas question de tomber dans la psychologie de groupe style Alcooliques Anonymes ». Il précise rapidement que rien n’est obligatoire au cours de ce stage, à l’exception du respect des horaires, unique critère pour l’obtention des quatre points.


« 180 km/h sur le boulevard »

Arrive le tour de table, qui durera une grande partie de la matinée. Chacun décline prénom, profession et nombre de points. Ils sont routier, chef d’entreprise, livreur, chauffeur de car et parcourent jusqu’à 150 000 kilomètres par an. Tous égrènent la liste des infractions qui ont fait fondre leur capital points. Il y a des ceintures non bouclées, des portables au volant, un peu d’alcool pour certains et des excès de vitesse. Beaucoup. Bruno*, artisan, est le champion toutes catégories. 200, 230 km/h : ses « scores » sont impressionnants. Dernière performance en date : 180 km/h sur le boulevard extérieur de Limoges, limité à 50. « Mon père a eu la gentillesse de se dénoncer à ma place. C’est lui qui est passé en correctionnelle ». Rires dans la salle. Le psychosociologue est atterré. « J’adore la vitesse, admet Bruno. C’est peut-être une maladie ». Le formateur s’efforce de faire bonne figure. « Non, ne dites pas ça. Pourquoi n’allez-vous pas sur circuit ? ». «Je le fais régulièrement, mais ça ne suffit pas. J’ai besoin de rouler vite ».
C’est au tour de Kevin*. A moins de 25 ans, il affiche déjà un joli palmarès. Il lui reste quatre points sur son permis et va bientôt en perdre six pour une nouvelle infraction pas encore prise en compte par l’administration. « C’est qu’à la préfecture, Dame Ginette n’est pas très rapide », s’amuse le psychosociologue. Sa collègue ne plaisante pas. Elle refait les comptes. Elle annonce à Kevin qu’à son avis, il n’a déjà plus de permis et qu’il ferait bien de faire un saut à la préfecture pour vérifier. On ne le reverra plus. Elle avait raison.
13 h 45. Après une heure de pause, la séance reprend. Dehors brille un soleil radieux. La punition n’en est que plus douloureuse. En plus de Kevin, un autre stagiaire manque à l’appel. Brice* est lui aussi passé à la préfecture. Persuadé de n’avoir que quelques points sur son permis, il a eu la surprise de constater qu’il était bien à douze. Merci « Dame Ginette » et ses dossiers qui restent au fond de la pile! Nos formateurs nous l’avaient expliqué en fin de matinée : après un excès de vitesse par exemple, l’administration peut mettre jusqu’à trois ans pour vous enlever les points. Il n’est donc pas évident du tout de s’y retrouver. La seule solution consiste à passer en préfecture demander un relevé d’information et un code qui vous permet ensuite de vérifier à n’importe quel moment sur internet votre solde exact de points.
A l’heure de la sieste, l’après-midi s’écoule lentement. Quelques anecdotes permettent de se tenir en éveil. Il est notamment question des « papys à casquette », d’un accident « à cause d’une fille que je matais » ou encore de « ce pote fou de tuning qui a perdu son permis et s’est acheté une voiturette. Il personnalisée et depuis, elle clignote de partout ». D’heure en heure, beaucoup de bla-bla et bien peu de résultats. Beaucoup concèdent qu’ils ne vont pas forcément changer leurs habitudes et lever le pied. « On roule tous vite et on en est fiers », me glisse mon voisin.


«Le cannabis, ça aiguise les réflexes»


Deuxième jour, 8 h 30. Pour un samedi, c’est vraiment trop tôt. Ca baille et ça soupire. On rêve tous de café. De seaux de café. Je reprends ma place en face de mon verre de Suze-rouge-à-lèvres, et c’est reparti. Avec des questionnaires, de longs développements sur l’alcool et le cannabis. « Comment voulez-vous que je sache ce que ça fait au volant, je n’en ai jamais fumé ! ». Le chauffeur de car s’agace. D’autres ont à l’évidence une expérience beaucoup plus fournie. « Ca n’endort pas, au contraire, ça aiguise les réflexes », ose Jean-Michel*. Fumette ou Ricard : au sein du groupe, c’est la scission.
Un autre questionnaire, un pseudo-reportage vidéo sur les effets de l’alcool chez les jeunes, un florilège d’images de crash-tests : c'est une impression permanente de déjà-vu. La dernière heure est interminable, jusqu’à la remise des attestations de suivi de stage qui donnent droit aux fameux quatre points. Enfin la fin ? Pas tout à fait. Notre ami psychosociologue souhaite un dernier tour de table. « Thierry*, on ne vous a pas entendu. Qu’avez-vous à nous dire ? » « Que je veux partir, grogne le chef d'entreprise. Et c’est ce que je vais faire ! ». Plutôt diplomate depuis la veille, le formateur sort de ses gonds. On va l’avoir, notre leçon de morale. «Vous n’êtes pas un groupe constructif. C’est rare de se retrouver avec des gens qui échangent aussi peu d’idées. Avec vous, tout est resté superficiel. Franchement, j’ai mal vécu ce stage ». Il n’est pas le seul.


Denis Carreaux

*Les prénoms ont été changés



Ce qu'il faut savoir

Comment connaître mon solde de points? Direction la préfecture ou la sous-préfecture. C'est là qu'on vous remettra un relevé intégral d'information détaillant l'historique de votre permis à points. On vous donnera aussi un numéro de dossier et un code personnel confidentiel qui vous permettent à tout moment de prendre connaissance de votre solde de points sur internet (www.interieur.gouv). Il est également possible d'effectuer une demande par courrier, mais en joignant à sa demande un nombre important -voire dissuasif- de pièces.
Dans quel cas faire un stage? A partir du moment où votre solde réel de points est égal ou inférieur à huit, vous pouvez vous inscrire. Au dessus de huit, cela ne présente aucun intérêt. Le stage permet de regagner quatre points, mais votre solde ne peut en aucun cas dépasser douze. Attention: un PV ou un flash n'est pas synonyme de retrait de points immédiats. Cela peut prendre du temps, jusqu'à trois ans dans certains cas. D'où l'intérêt, avant de vous inscrire, de vérifier votre solde de points.
A quelle fréquence? On peut faire un stage de récupération de points tous les deux ans.
A quel prix? Les tarifs sont variables, selon les organismes et les régions. Compter en moyenne entre 200 et 260€.
Auprès de qui? Des organismes spécialisés agréés par les préfectures. Dates des stages et modalités sont accessibles sur internet auprès de sites spécialisés: www.permisapoints.fr, www.sos-permis.com, www.allopermis.com, www.actiroute.com, etc.
Récupère-t-on obligatoirement ses points? Oui. Une seule condition est requise: le respect des horaires pendant le stage.
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