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» Article paru le : 05/05/2008
» Sur les éditions : Allier
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Alain Griveaud se range des voitures



CLERMONT-FERRAND, fin des années 1950. L'automobile est en plein essor. La circulation en ville se densifie. Les stars de l'époque s'appellent Peugeot 403, Panhard PL 17. Mais où se garer ? Jean Auchatraire, alors agent Simca, flaire le bon filon. Son idée : construire le premier parking de Clermont-Ferrand. Et faire payer les gens pour se garer... A l'époque, ce projet paraît saugrenu. Mais la SPA (Société Parking Auto-mobile) sort bel et bien de terre au 4 rue Bonnabaud en 1960, à la place du confiturier Gaufridy. Neuf ans plus tard, Jean Auchatraire, le père du circuit de Charade, remet le couvert, en ouvrant un autre parking, beaucoup plus grand, au numéro 15 de la même rue, devenu concession Fiat en 1962.
Aujourd'hui, ces deux parkings existent toujours. L'homme qui véhicule la mémoire du premier s'appelle Alain Griveaud. Avec son visage longiligne et sa moustache brune, ce mordu de belles voitures a des faux airs de Jean Rochefort. A 78 ans, il a passé presque un demi-siècle au 4 rue Bonnabaud, qu'il rachète en 1969. A l'époque, l'établissement n'était pas dévolu au seul stationnement : " nous avons été agent Fiat jusqu'en 1971, puis agent Peugeot jusqu'en 1990. Il y avait une concession Solex, juste à l'entrée, une station de lavage et une station service. L'atelier se trouvait à l'emplacement de Renault Minute, en face " se souvient-il.


0,50 francs de l'heure


Le prix du stationnement était alors de 0,50 francs de l'heure, soit 8 centimes d'euros : " nous garions les voitures en fonction de leur longueur. C'était plus compliqué avec une Buick qu'avec une Fiat 500 ! " explique Alain Griveaud. Le garage a peu changé depuis sa construction. Assez mal éclairé, pas vraiment fonctionnel, il possède le charme désuet des premiers bâtiments en béton. La musique d'ambiance ? C'est l'apa-nage des parkings modernes. Pour notre Clermontois, rien ne vaut la douce mélodie d'un six cylindres en ligne en train ronronnant sous la pédale d'accélérateur. Quel-ques innovations ont toutefois marqué l'histoire du parking Bonnabaud, comme la matérialisation au sol ou la construction d'un ascenseur, en 1982. Ce fut une grosse révolution pour les employés, qui devaient auparavant monter et descendre des dix plates-formes à la seule force des mollets.
Alain Griveaud est aujourd'hui à la retraire. Il affirme ne garder que d'excellents sou-venirs de son travail. Parmi ces bons moments, les contacts avec la clientèle. Mais aussi, le plaisir de vivre chaque jour de sa passion, en l'occurrence l'automobile. Sous ses yeux, sont passées des Ferrari, des Maserati, des grosses américaines. Et même un Hummer, trop large pour s'engouffrer dans le parking... Notre homme a aussi croisé quelques célébrités de passage au théâtre, comme Roger Lanzac, pour n'en citer qu'un. Ces instants de bonheur lui ont permis de tenir jusqu'à 78 ans, malgré des jour-nées bien remplies. Il ne regrette qu'une chose : le changement de mentalité des auto-mobilistes. Elle est loin l'époque où l'on vendait les voitures directement chez les clients ! Où les contacts étaient plus proches, plus humains. Mais surtout, cette période faste où la voiture était encore un objet de plaisir et de liberté, sans que cela ne choque personne : " parfois, on travaillait jusqu'à 23 heures pour améliorer des voitures un peu poussives. Chose qu'on ne ferait pas aujourd'hui ! " regrette-t-il.
Le parking du n°4 ne sera sans doute plus le même sans Alain Griveaud. Mais c'est promis : notre heureux retraité passera de temps en temps saluer ses anciens em-ployés. Histoire de ne jamais couper le contact.


Emmanuel Thérond

Photo Valentin UTA

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