Festival de Cannes La part belle au cinéma d'auteur
LE Festival de Cannes poursuit le changement dans la continuité. Cette année, l'état-major s'est resserré, passant du triumvirat à la direction bicéphale. Évidemment, Gilles Jacob demeure Président et, pour le directeur artistique Thierry Frémaux, a été rétabli le titre de délégué général. Faut-il y voir l'indication d'un futur dauphin ? On se risquera d'autant moins à l'envisager que Gilles Jacob reste le patron, nommé à vie, celui qui a sorti la manifestation de son ambiance fête et paillettes pour miser sur la qualité, arrivant à dépasser en ce domaine son rival vénitien pour en faire le plus important festival du monde rassemblant 4000 journalistes et 35.000 accrédités. ". - Notre formule, explique-t-il, consiste à refléter les divers aspects du cinéma et à associer art, industrie et divertissement. "
Côté art, c'est réussi car les meilleurs cinéastes mondiaux sont présents chaque an-née ; côté industrie aussi, en raison de la vitalité du Marché du film. Côté divertisse-ment, cela semble malheureusement se rétrécir régulièrement. En 2008, et sans doute sous l'influence grandissante de Thierry Frémaux, pur cinéphile, le cinéma d'auteur se taille la part du lion. Les spectateurs qui font triompher les " Ch'tis " n'auront pas grand chose à se mettre sous la dent et, comme toujours, les amateurs de comédie resteront sur leur faim. Car la plupart des 54 films sélectionnés dans les sections officielles " Compétition " et " Un certain regard " relèvent de la catégorie " art et essai ", et il en est de même dans les autres sections " Quinzaine des réalisateurs ", " Cinémas du monde " et " Semaine de la critique ". Pour la seule sélection officielle ont été visionnés 1792 longs-métrages et 2233 courts issus de 96 pays.
Parmi les œuvres en lice pour la Palme d'Or, certaines ont pour réalisateurs des ha-bitués de Cannes, les frères Dardenne, Atom Egoyan, Wim Wenders, Steven Soder-bergh qui présentera sa saga cubaine de 4 heures sur le Che Guevara, et aussi Clint Eatswood, lequel a terminé de justesse " Changeling " et dont on n'ose imaginer qu'il puisse être avantagé par son grand ami Sean Penn, président du jury. L'histoire est celle d'un enfant retrouvé après un kidnapping, que sa mère refuse de reconnaître car elle pense qu'il a été échangé. Huit nouveaux cinéastes font leurs débuts cannois. Parmi eux, avec le retour du cinéma italien, figure Matteo Garrone qui a adapté " Go-morra ", l'extraordinaire enquête effectuée pendant des années par Roberto Taviano sur la mafia napolitaine, la Camorra.
Un Woody Allen érotique
Le cinéma français ne semble pas en grande forme. Non sans mal, les sélection-neurs ont choisi " Un conte de Noël " d'Arnaud Desplechin, qui a associé son acteur préféré Mathieu Amalric à Catherine Deneuve dans une histoire tragique. Le second film (on en attend un troisième) de Maurice Garrel réunit le fils du réalisateur, Louis Garrel et Laura Smet. Ne rêvons pas trop de la Palme d'Or attendue depuis 20 ans.
Le divertissement, on ira le chercher du côté des " hors compétition ", où figure le film de Woody Allen tourné en Espagne " Vicky Cristina Barcelona " et qui, surprise, contient quelques scènes érotiques. Peut-être, si l'on en juge par son titre, pourra-t-on aussi se distraire avec " Le Bon, la brute et le cinglé " et avec le film d'animation " Kung Fu Panda ". Point fort, le jour le plus chaud sera, bien sur, celui de la présentation d'" Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal ", accompagné par ses acteurs vedettes Harrison Ford, Cate Blanchett, Karen Allen et Shia LaBeouf.
Mais bien d'autres stars monteront les marches du Palais. Angelina Jolie, interprète du film de Clint Eastwood et qui a prêté sa voix au film d'animation, Catherine De-neuve, Penélope Cruz, Scarlett Johansson, Dustin Hoffman, Charlie Sheen, Philip Seymour Hoffman, Julian Moore, John Malkovich entre autres, dont deux sportifs lé-gendaires, héros de documentaires, Mike Tyson, filmé par James Tobak, et Maradona par Emir Kusturica. Jeanne Moreau fêtera ses 60 ans de carrière, Quentin Tarantino présentera " la leçon de cinéma ", Roman Polanski commentera un film sur lui-même, Madonna présidera un grand gala de charité.
Et puis planera le souvenir de ce festival de mai 68, interrompu par les jeunes loups de la Nouvelle vague, six jours après son ouverture. Dans le cadre de " Cannes Clas-sic " seront projetés quelques-uns des films annulés cette année-là dont le " Je t'aime, je t'aime " de Resnais. Finalement, demeure un souvenir positif de cette 21e édition mouvementée et sans palmarès, car les réformes qui s'ensuivirent ont apporté au Fes-tival une nouvelle jeunesse.
René QUINSON
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