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» Article paru le : 27/05/2008
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Transport : " Des recrutements en nombre dans cinq à dix ans "


Le transport ne se limite pas à la conduite d'un poids lourd. L'activité commerce et réparation de véhicules industriels occupe une place incontournable dans cette filière. Explications de Christian Sarre, représentant le Conseil national des professions de l'automobile pour la branche poids lourd.


INFO.- Comment se présente aujourd'hui le secteur transport ?


CHRISTIAN SARRE.-
Le secteur du transport présente une grande diversité d'activités. Généralement, lorsqu'on pense camions, on pense toujours aux transporteurs routiers.


Selon Christian Sarre, représentant le CNPA pour la branche poids lourd : " Aujourd'hui un technicien de maintenance VI n'a pas de complexes à avoir vis à vis de ses homologues automobiles au niveau technologique. Les poids lourds sont plus sophistiqués que les véhicules légers".

Mais ils ne sont pas les seuls utilisateurs de poids lourds ; de nombreuses entreprises possèdent également leurs propres véhicules industriels, alors qu'elles ne font pas de transports. C'est, par exemple, le cas des entreprises de travaux publics, qui ont besoin de véhicules spéciaux pour transporter des engins d'un chantier à un autre. De petits transports très spécifiques sont effectués également sur de courtes distances, comme la livraison de terre chez les particuliers. Quant aux jeunes, ils pensent trop souvent, à tort, que seuls les transporteurs recrutent des mécaniciens. De grandes entreprises nationales de travaux publics et des collectivités locales de grandes villes disposent d'ateliers intégrés pour la maintenance de leurs véhicules industriels. Quant aux garages, on peut dire qu'ils apportent une formation supérieure aux jeunes, car ils sont en contact direct avec les constructeurs et les équipementiers.


I.- Pouvez nous décrire le secteur commerce et réparation que vous représentez ?


C. S.- En France le secteur commerce et réparation de véhicules industriels englobe
1 180 entreprises dont 41% comptent au moins dix salariés. Au total, 14 500 salariés travaillent dans ce secteur, dont 79% dans des établissements de plus de dix salariés. Au niveau national, les effectifs sont stables ces dernières années, bien que la mobilité interne augmente. La moyenne d'âge montre un vieillissement des salariés à près de 38 ans, en raison de la faible présence des salariés de moins de 25 ans et d'une représentation plus importante des salariés de plus de 45 ans. De nombreux départs en retraite sont donc prévisibles dans les cinq à dix ans à venir, ce qui devrait entraîner des recrutements en nombre. Notre secteur va donc recruter encore plus de personnel qualifié.

Emploi multi facettes


I.- Quels sont les principaux métiers dans votre activité ?


C. S.- D'abord il faut préciser que nous sommes garants de la sécurité des véhicules qui circulent sur nos routes, même si voir rouler des 40 tonnes est devenu une image banale de nos jours. Quant aux recrutements dans nos entreprises, ils portent principalement sur la maintenance avec des postes de mécanicien-technicien de maintenance V.I.. Pour la maintenance, le technicien assure l'entretien courant des VI (vidanges, niveaux, contrôles...) et intervient sur les tracteurs, remorques, porteurs, autocars, four-gons, engins de chantiers,... Il utilise alors du matériel informatique pour entrer en communication avec l'électronique embarqué du véhicule, pour actualiser les calcula-teurs, tester les organes de sécurité. Il permet de détecter les anomalies sur le moteur ou tous les organes du véhicule qui sont aujourd'hui gérés par l'électronique, tels que la boîte de vitesse, les systèmes de freinage... Il assure bien sûr régulièrement l'entretien et le renouvellement des pièces d'usure et fait les réparations après un accident, que ce soit sur les systèmes électriques, hydrauliques, mécaniques ou à air comprimé. Du pare choc avant au pare choc arrière, la maintenance des poids lourds propose différentes spécificités qui sont à elles seules des métiers à part entière : frigoriste, contrôleur technique, dépanneur, électricien, carrossier...


I.- Votre métier requiert des compétences très techniques...


C. S.- Aujourd'hui un technicien de maintenance VI n'a pas de complexes à avoir vis à vis de ses homologues automobiles au niveau technologique. Les poids lourds sont plus sophistiqués que les véhicules légers. Ils sont équipés d'aides à la conduite, des contraintes de poids nécessitent des composants supplémentaires, tels que les servi-tudes de freinage approprié pour stopper un véhicule de 40 tonnes. La particularité de notre profession réside d'abord dans l'urgence à intervenir, compte tenu des préoccupations de nos clients. Cette urgence dans l'intervention est moins aigue dans l'automobile, où le prêt de véhicules de remplacement est chose courante... Nos techniciens doivent être rapidement opérationnels et passionnés pour faire ce métier. Se recycler dans les différents métiers que propose l'automobile, à mon avis, est beaucoup plus facile avec une formation des métiers de maintenance du VI. Dans notre secteur d'activité, les possibilités d'emplois sont très nombreuses, que ce soient dans la région ou ailleurs.


Activité en hausse


I.- Quels sont vos principaux clients ?


C. S.- Nos principaux clients sont bien entendu les transporteurs, dont l'évolution économique entraîne des conséquences directes sur l'activité de nos entreprises. L'an dernier les prix du transport de marchandises ont augmenté de 4% par rapport à 2006, de même qu'à l'international (+ 2,2%), une hausse ressentie surtout au 4ème trimestre après une pause au 3ème trimestre. Sur ce seul trimestre les transporteurs routiers ont parcouru 5,1 milliards de km en France et à l'international, soit une croissance de 3,4% sur un an. L'an dernier 45 000 camions de plus de 15 tonnes ont été immatriculés, un chiffre qui se situe dans la fourchette haute. A cela il faut ajouter 28 000 remorques vendues. Le marché se porte bien, les véhicules modernes consomment moins, donc on en achète plus. Cependant l'activité transport est liée à la consommation de marchandises donc à notre pouvoir d'achat.


I.- Le manque de pétrole à l'avenir va poser problème...


C. S.-. On se dirige vers des véhicules hybrides. Des pistes sont en cours d'études dans la logique actuelle des normes anti-pollution en vigueur. Il faut savoir que les poids lourds consomment nettement moins aujourd'hui, de 32 à 35 litres aux 100 km. Pour certains de nos clients, dont les kilométrages annuels varient entre 120 et 150 000 km, une économie de 2 à 3 litres par véhicule peut avoir un effet de levier énorme sur leur compte d'exploitation. Les transporteurs sont parfaitement conscients du problème.


I.- Existe-t-il une alternative au transport par route ?


C. S.-
Aujourd'hui 80% des marchandises sont transportées sur moins de 150 km, dont 60% sur moins de 50 km, le train ne trouve sa pertinence qu'au delà de 400 à 500 km. Nous ne comprenons pas comment une surtaxation du transport routier de mar-chandises pourrait réduire notre dépendance au pétrole et surtout entraîner un report massif de la route vers le rail au regard de ces chiffres.


I.- Les poids lourds ont-il beaucoup évolué ces dernières années ?


C. S.- Les VI sont plus confortables, ce sont des lieux de travail et de vie en même temps. La sécurité, l'ergonomie et le confort sont déterminants dans le choix du véhicule. Cependant il n'y a pas eu de révolutions ces dernières années, plutôt une évolution permanente. Les VI peuvent disposer de connexion internet, d'informatique embarquée, de GPS, ce qui nous oblige à suivre des formations et des remises à niveau permanentes par rapport au SAV. En France, les constructeurs de VI que sont : Volvo Renault Trucks, Daf, Man, Ivéco, Mercedès et Scania ont tissé un réseau d'après- vente sur tous les territoires, où ils sont présents, à travers des ateliers agréés et des distributeurs agréés. En parallèle des constructeurs, il existe des réseaux indépendants d'après-vente, qui sont distributeurs des équipementiers, à savoir : AD PL, CAP VI, G Trucks, Star'VI, Todd et TVI.


I.- Les contrôles sont-ils de plus en plus draconiens sur les VI ?


C. S.- Oui, les contrôles réglementaires en vue des contrôles techniques sont de plus en plus sévères. Ils concernent le chronotachygraphe, le matériel de levage comme les grues, les véhicules dédiés aux transports de matières dangereuses, avec un contrôle des fluides et de la cuve notamment, et des agréments spécifiques à chaque contrôle sont délivrés. Ces contrôles ne font que s'accentuer et des pistes d'emploi devraient se développer dans ce secteur.


Propos recueillis par
Corinne Mérigaud
Photos © Yves Dussuchaud

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