Cyril Montana « Je ne cherche pas à intellectualiser l’écriture »
LE dernier roman de Cyril Montana a rapidement séduit les critiques et les lecteurs habitués à son style personnel toujours aussi acerbe. « La Faute à Mick Jagger » raconte l’histoire d’un jeune garçon élevé par des parents soixante-huitards, partagés entre Love et L.S.D. De sa plume désinvolte, Cyril Montana signe ici un ouvrage un brin autobiographique, rempli d’humour noir, présenté dernièrement par l’auteur lui-même, à la Librairie Carnot de Vichy.
Rencontre.
INFO : Après « La faute à Voltaire », voilà « La faute à Mick Jagger », un titre qui ne peut qu’attiser la curiosité. D’où vous est venue cette idée ?
CYRIL MONTANA : Vous savez, un titre est fait pour empaqueter l’ouvrage. Il doit donner envie au lecteur de retourner le livre et de lire la quatrième de couverture. Au début, j’avais proposé « L’esprit du cochon », finalement « La faute à Mick Jagger », j’ai trouvé ça assez drôle. Le titre renvoie à un des personnages du bouquin, la mère en l’occurrence qui pense que Mick Jagger est dans sa tête, à une époque « rolling stone ».
I : Pourquoi avoir choisi la période post-68 comme point d’ancrage de votre roman ?
C.M : 1968 apparaît effectivement en toile de fond. On ressent les influences de cette période, celle des beatniks, d’une révolution sociale, mais je voulais surtout et avant tout parler de l’après 68. D’ailleurs je ne fais allusion à aucun homme politique de l’époque, ni même à Cohn-Bendit. L’histoire traite en deux temps de la vie d’un gamin dépassé par le monde et sa réalité. D’un jeune garçon qui affronte une enfance difficile, au lendemain de 68 et une vie d’adulte éprouvante. Je voulais décrire la façon dont « Mai 68 » a laissé son empreinte intellectuelle, sexuelle, sociale sur le monde d’aujourd’hui. Vous savez, il n’y a pas plus perméable qu’un enfant et cet enfant a subit l’héritage 68
I : Ecrit à la première personne, ce roman raconte une époque et peut-être une vie qui était la votre, n’est-ce pas?
C.M : « La faute à Mick Jagger » se veut quelque peu autobiographique effectivement. En écrivant, on s’inspire forcément de ses propres expériences. Pour ma part, l’écriture me permet également de faire partager l’intime. D’ouvrir l’intime aux autres. Pour mon deuxième roman, « Carla on my mind », j’ai écris ce que j’avais envie à 100%, de la façon dont je le voulais, ce qui a donné un livre assez « trash ». Mais c’est comme ça, c’est mon écriture, mes idées, un peu de moi.
I : Quelle place tient l’écriture dans votre vie?
C.M : J’adore écrire. Je prends sans cesse des notes sur des sujets qui pourront me servir un jour. L’écriture demeure pour moi un besoin vital, un besoin synonyme de drogue. Mais je ne me pose jamais de question sur ma façon de faire, mon style, je ne cherche pas à intellectualiser. L’écriture me permet d’égayer ma solitude. Et puis, cela demeure une discipline dans laquelle je me sens roi. Je demeure le seul maître à bord, je peux ainsi me permettre des milliers de choses. J’ai toujours écrit, mais beaucoup plus sérieusement depuis dix ans.
I : Vous astreignez-vous à un rythme particulier ?
C.M : La journée, je travaille dans la publicité, les buzz, je ne m’installe à mon bureau que les soirs mais il ne se passe pas un jour sans que j’écrive une ligne. L’écriture est un art où l’on travaille une matière que l’on doit créer et l’inspiration ne me vient pas si facilement, parfois c’est même assez éprouvant. Cela n’en reste pas moins un réel plaisir, une fois le fil trouvé, l’histoire quasiment achevée, écrire le dernier tiers d’un bouquin devient un réel bonheur.
I : Avez-vous déjà un nouveau projet de roman ?
C.M : Oui, mais je n’en parle pas. Je suis de ceux qui préfèrent ne rien dire, mais agir. Je sais quelle ambiance je vais apporter, quels seront les termes abordées, les personnages. Mais je bute encore sur l’histoire en tant que telle. Il faut que je travaille, que j’organise mes idées. Je n’en dirai pas plus.
Propos recueillis par Marie Mendès
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