Journal TV : le style Laurent Delahousse
On surnomme " grand-messe " les journaux télévisés du 20 h parce qu'il s'agit du point fort de l'information mais, comme les cérémonies religieuses aux rites presque immuables, cela commence à ronronner et nécessite une rénovation que de nombreux téléspectateurs trouvent sur les chaînes en continu de la TNT : BFM-TV et I-Télé. Les chaînes traditionnelles commencent donc à miser sur des nouveaux venus, ce qui laisse de vastes possibilités d'avenir à Frédéric Taddeï, Marie Drucker, Laurence Ferra-ri ainsi que Laurent Delahousse qui s'impose de plus en plus sur France 2. En effet avec un style moderne, appuyé néanmoins sur une compétence sérieuse acquise au cours de plus de dix ans d'apprentissage, il apporte un nouveau souffle à l'info.
C'est en 1994, après de brillantes études de droit, qu'il débute comme reporter au service politique, qualification qu'il conserve l'année suivante sur LCI où il présente ensuite les journaux de la tranche 17/20. Poursuivant rapidement sa progression il va travailler pendant six ans à M6 comme rédacteur en chef et présentateur du magazine " Secrets d'actualité ". C'est à partir de 2006 qu'il commence à s'installer parmi les " grands " en devenant pour le 20 heures de France 2 le joker de David Pujadas, c'est-à-dire qu'il prend sa place pendant les congés de celui-ci. Un poste tenu jusque là par Carole Gaesler démissionnaire. Son salaire, bien plus élevé que celui des autres journalistes, donne lieu à polémiques, puis la crise se termine, les qualités du nouveau venu étant reconnues. On lui confie par la suite la tranche des week-ends qu'il assuma en intérim de Béatrice Schoenberg, épouse de Jean-Louis Borloo, quand elle se met en congé pendant la campagne présidentielle. Ces émissions du week-end permettent d'apprécier ce qui constitue le style Delahouse, le rythme et la clarté :
". - À cette période, explique-t-il, nous sommes à la fois dans un bilan de la semaine écoulée et d'une ouverture de la semaine à venir. Avec Pierre Géraud, rédacteur en chef, nous essayons de donner une couleur, un regard et une narration différents, avec une partie magazine plus importante qu'en semaine. Même ton décalé pour le dimanche 13h. "
discret côté vie privée…
L'émission du samedi " 13h15 le samedi " où en 15 minutes défilent des mini-reportages vivants, souvent drôles, parfois corrosifs sera, à la rentrée, complétée par une autre version le dimanche, axée autour d'un invité politique.
" Je fuis le conformisme, poursuit Laurent Delahousse. J'essaye de concerner les téléspectateurs par ce que l'on va leur raconter, exercice difficile car il faut une écriture à la fois sèche et chaleureuse, trouver le juste équilibre entre des lancements de sujets assez explicites et le rythme de l'émission qu'ils ne doivent pas ralentir. "
Hors des week-ends, le journaliste travaillait dur sur son magazine " Un jour, un destin ", diffusé sur France 2 un mercredi sur deux.". - En effet, convient-il, cela m'occupait beaucoup car pour cette aventure collective j'assumais les fonctions de producteur, réalisateur, celle de l'homme qui contrôle les montages, celle de présentateur restant annexe. Cette émission présente des portraits de 80 minutes de personnalités frappées par le destin, elle les analyse dans les moments critiques et dramatiques de leur vie, avec recherche de témoins, enquêtes, examens d'archives. J'y recherche des gens passionnants qui ne sont pas forcément des vedettes de l'actualité, mais je ne m'interdis pas celles-ci si le sujet peut aller au-delà des apparences. Ainsi à priori quelqu'un comme Britney Spears qui vit une déchéance en direct m'intéressait parce que révélatrice d'un système. Il y avait là un document exceptionnel à réaliser sur l'Amérique actuelle. Je puis aussi remonter dans le passé, jusqu'à 40 ans en arrière, mais malheureusement il nous faut parfois renoncer à évoquer des destins exceptionnels parce que la plupart des témoins sont décédés. "
Comme il est facile de le constater, Laurent Delahousse est fort séduisant, mais il n'aime pas que l'on évoque cet aspect physique de sa personnalité. Il reste discret sur sa vie privée, fuit la médiatisation aussi bien que la vie mondaine. On le donnait favori pour remplacer Patrick Poivre d'Arvor, ce qui l'agaçait à juste raison puisque le choix s'est porté sur Laurence Ferrari. Très perfectionniste, ambitieux mais pas opportuniste, il laissera le destin choisir et affirme ne vouloir jamais sacrifier son indépendance, ce qui semble plus difficile sur TF1 que sur le service public.
René QUINSON
|