" Le voyage aux Pyrénées " Un bol d'air plein de folie
SOUS le pseudonyme de M. et Mme Go, un couple de comédiens célèbres s'installe dans une vallée isolée des Pyrénées. Le mari a pensé que l'air pur des mon-tagnes et les grands espaces pourraient mettre fin aux crises de nymphomanie dont souffre son épouse…
". - Il y a là une allusion ironique à la tradition médicale du 19e et début du 20e siè-cle qui prônait les vertus curatives du séjour en montagne, expliquent les réalisateurs. La nymphomanie nous a paru plus propre à engendrer la comédie que la tuberculose ! Nous étions curieux de savoir où pouvait s'orienter le désir charnel d'un personnage citadin, pratiquement privé de la compagnie d'êtres humains. "
Natifs de Lourdes, les réalisateurs en ont hérité un prodigieux talent pour filmer la nature et une façon hilarante de théâtraliser leurs scènes à la façon des représentations mystiques. Après " Peindre ou faire l'amour " qui abordait déjà un problème de couple trouvant son équilibre dans l'échangisme, ils se sont lancés, bride sur le cou, dans cette comédie burlesque qui échappe à toutes les conventions du genre. Sabine Azéma et Jean-Pierre Darroussin ont accepté ce pari scabreux, en y apportant leur généreuse folie douce.
". - Nous avons eu la chance de convaincre Sabine Azéma, égérie d'Alain Resnais, à qui nous avons beaucoup pensé en écrivant cette histoire, disent-il. Elle a été enchantée d'interpréter une actrice en vacances, car cela lui permettait de montrer qu'une comédienne continue à jouer un rôle, même dans sa vie privée. Jean-Pierre Darroussin a aussi accepté toutes nos idées folles. Il incarne un acteur qui est régulièrement confondu avec André Dussollier, mais qui ne cherche pas à rétablir la vérité. Son flegme apparent contrastait merveilleusement avec la vivacité de Sabine. Ils correspondaient exactement au couple que nous recherchions."
Pendant leur séjour, M. et Mme Go vont croiser une belle hôtelière sensible aux charmes de l'acteur (Arly Jover), des journalistes locaux (Amira Casar, Christian Amé-ri), un domestique…
Capable d'enseigner le tibétain en quelques minutes à l'aide de champignons hallucinogènes, deux gardes égarés dans la " Brèche de Roland " (deuxième film des frères Larrieu), un masseur aux méthodes " chocolatées ", un homme aux ânes, trois moines mélomanes qui se baignent nus dans la rivière (dont Philippe Katerine, chanteur à l'univers décalé) et surtout un ours aux allures de Yéti, qui a jeté son dévolu sur l'actrice nymphomane…
Comédie légère et débridée…
". - Dès le départ, ajoutent les cinéastes, nous avons décidé qu'il y aurait un ours dans notre histoire, car dès que l'on dit "Pyrénées", les gens répondent : "Ours !" Mais nous ne voulions pas lui donner une apparence réelle, car il s'agit plus d'un animal fantasmé reflétant les obsessions de l'héroïne. Nous nous sommes inspirés du film de Walerian Borowczyk "La Bête" (1975), qui mélangeait érotisme et fantastique, et où le monstre de carton-pâte était plus effrayant qu'un vrai. Les personnages secondaires sont là pour alléger l'atmosphère inquiétante que dégagent ces grands déserts de pierres. Les humains, dans ce paysage, sont des choses minuscules qui, coupés de la civilisation, se livrent à d'étranges rituels. "
L'ambiance du début rappelle les dialogues de " Smoking " et " No Smoking " d'Alain Resnais, le film bascule ensuite du côté de chez " Tintin au Tibet " pour glisser vers la poésie surréaliste. Derrière l'invraisemblance de l'histoire, les Larrieu sondent les âmes : ce couple se joue la comédie depuis longtemps sans s'en rendre compte. La femme retrouve le bonheur en vivant comme une sauvageonne, le mari reprend ses marques dès qu'il la croit disparue. Un phénomène surnaturel va les ressouder.
". - Cette expérience extrême les renvoie à leur adolescence, disent les réalisateurs. Ils se sentent tellement en osmose à la fin de leur séjour qu'ils échangent leurs enve-loppes corporelles. L'idée semblait extravagante, mais elle permettait de montrer à quel point ce couple a changé. Les acteurs ont joué le jeu à fond, en inversant leurs attitudes et leurs voix, et l'effet est saisissant !"
A condition d'entrer sans à priori dans ce film débridé, plus léger que l'air, le specta-teur se régalera de ses situations cocasses. Mais il peut aussi rester sur le seuil de ce trip ahurissant.
Marie-Dominique Vançon
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