Corent est-il la Gergovie des Arvernes ?
" CORENT a été la capitale des Arvernes. Le site a été occupé de -130 à -50 avant notre ère, soit jusqu'à la conquête romaine. L'abandon a été subit, alors que la ville n'avait jamais été aussi riche. Mais il n'y a pas ici de traces de la bataille établie sur le plateau de Gergovie ". Matthieu Poux, citoyen Helvète, professeur d'archéologie romaine et gallo-romaine à l'université Lumière Lyon 2, est responsable des fouilles effectuées sur l'oppidum du puy de Corent, où une gigantesque cave à vin vient d'être exhumée.
" Il ne faut pas se voiler la face : à Gergovie, on ne trouve rien de gaulois, seule-ment une ville gallo-romaine. Or on fouille Gergovie depuis 60 ans, contre seulement trois ans à Gondole et huit ans à Corent, où tout ce que l'on trouve est antérieur à la bataille.
" La capitale arverne, Nemessos, se trouvait à Corent. Strabon la décrit comme une métropole au-dessus de la Loire. Il confond l'Allier et la Loire, et parle d'un site éclaté. Un troisième oppidum, Gondole, sur la commune du Cendre, distant de quelques kilo-mètres, a livré les sépultures exceptionnelles de cavaliers gaulois enterrés avec leur monture. Il semble que la Gergovie de Vercingétorix était éclatée en plusieurs sites et que le site actuel, était une simple forteresse. A mon avis, ces trois lieux ne font qu'une seule ville. Les fouilles futures le diront.
" Tout serait parfait, poursuit l'archéologue, si les vestiges de Corent, on les avait trouvé à Gergovie ! Il y a trop de monnaies, de parures, de céramiques à Corent, pour que cette ville ne soit pas la capitale des Arvernes. Pour bien comprendre, quand on trouve une fibule sur un site, il en sort ici 300 en un été, et des milliers depuis 2001. Il s'agit en plus de bijoux remarquables, portés par la haute aristocratie gauloise. Nous avons découvert aussi les tous premiers instruments médicaux de France, et l'un des premiers ateliers monétaire de Gaule ".
Des vins importés d'Italie

A l'intérieur de la grande cave creusée dans la roche volcanique, reposait 1,5 tonne de tessons d'amphores. " Elles ont été rejetées en une seule fois lors de l'abandon du bâtiment, vers 50 avant notre ère. Les amphores pèsent entre 15 et 20 kilos. Le vin était consommé sur place ainsi que l'attestent des fragments de cruche et de passoire en bronze, de la vaisselle en céramique ou en verre importés de toute la Méditerranée, et des cols d'amphores " sabrés " à la manière gauloise ? l'un d'eux a même conservé son bouchon ! ", poursuit Matthieu Poux.
À Corent, entre 2005 et 2007, le volume d'amphores retrouvées s'élève à plus de trente tonnes ! Acheminées par navire jusqu'aux côtes de la Provence, elles remon-taient le cours du Rhône et de l'Allier, jusqu'au pied de l'oppidum. " Dans le monde romain, l'existence de tavernes et autres débits de boisson est connue de longue date. La découverte effectuée cette année permet, pour la première fois, d'affirmer qu'ils existaient aussi dès l'époque gauloise. En outre, une bague en or, des pièces de char, des armes, des monnaies… ont été mises à jour. En 2007, la fouille a mis en évidence à Corent un grand complexe bâti de plus de 1.000 m2, entièrement dédié à l'artisanat : travail du bronze, de l'os, peaux et textiles, fabrication de bijoux, frappe de monnaies, travail…Disséminés sur la place, des centaines de monnaies originaires de toutes les régions de la Gaule, témoignent d'une intense activité commerciale. Egalement, des dizaines de milliers d'ossements de bœufs, attestaient la réalité des fameux banquets gaulois…
Voilà qui relance la rivalité pour le site de Gergovie, de façon inattendue. Rappelons que depuis le cinquième siècle, les débats sont passionnés entre les tenants du site officiel, devenu " Gergovie " par un décret de Napoléon III, et celui au nord, des Côtes de Clermont… Matthieu Poux souhaite développer des partenariats de mécénat avec des entreprises auvergnates, afin de favoriser la restitution publique (expositions) des richesses de Corent. Contact : luern.fr (du nom du fameux rois arverne), et matthieu.poux@univ-lyon2.fr
J-J.ARENE
Une route à Gondole
Cet été, le chantier de fouille à Gondole (commune du Cendre), dirigé par Yann De-berge et Jemima Dunkley a mis en évidence l'existence d'une voie de circulation. Le " faubourg " artisanal, à l'extérieur de l'oppidum, étudié depuis 2005, était bien structuré à l'intérieur l'an passé une longue voie empierrée se développant perpendiculairement au chemin vicinal actuel avait été mis au jour.
Ce quartier était lui même enclos comme tend à la prouver les vestiges de fossés de palissades découverts cette année. la fouille permet de connaître le savoir-faire et le mode de vie des Arvernes au milieu du 1er s. av. J.-C. Les bâtiments, à la fois rési-dences et ateliers des artisans, étaient organisés le long de voies et de ruelles. Les vestiges artisanaux, témoignent de la fabrication de céramiques et la métallurgie du bronze. Les amphores et les vaisselles importées figurent en bonne place dans le (très abondant) mobilier retrouvé, et permet de dater le site des années -80 à -30 avant notre ère. L'oppidum de Gondole est protégé une fortification imposante, longue de 600 m, qui figure parmi les plus grandes constructions de l'Europe celtique. Ce rempart massif, aujourd'hui conservé sur 10 m de hauteur, est précédé par un fossé de 30 m de large sur 8 m de profondeur.
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