Huguette Winckel " Le Bourbonnais a un patrimoine énorme "
HUGUETTE Winckel, déléguée départementale à la Fondation du Patrimoine, rap-pelle au grand public que les Monuments Classés Historiques ne sont pas les seuls représentants du patrimoine. Le " petit patrimoine " mérite aussi que l'on s'intéresse à lui et que l'on fasse tout pour le protéger. Rencontre.
INFO : Vous êtes déléguée départementale depuis le début de l'année et volontaire depuis plus de trois ans. Qu'est-ce qui vous a encouragé à travailler avec la Fondation du Patrimoine ?
Huguette Winckel : Plusieurs choses. Dans ma famille, nous avons toujours aimé le patrimoine, j'ai donc été très rapidement sensibilisée à cette question. Lorsque je me suis retrouvée sans activité particulière, je voulais m'investir dans quelque chose, dans un projet. J'aime énormément notre Bourbonnais, c'est une région superbe, avec un patrimoine énorme. Quand je pense que dans certains domaines on voit des dispari-tions…Vous savez, le peu qui reste est en danger, il faut donc donner du sien.
I : Quel est votre rôle en tant que déléguée ?
H.W : Tout d'abord, sachez que la Fondation du Patrimoine fonctionne d'une façon très hiérarchique. Le siège est à Paris, chaque région abrite une délégation, en Au-vergne, elle se situe à Clermont-Ferrand, et chaque département a un délégué. Ma fonction est donc de soutenir et monter des dossiers pour toutes les personnes du Bourbonnais qui souhaitent restaurer le " petit patrimoine " non protégé, c'est-à-dire ni classé, ni inscrit. Il s'agit de maisons, de moulins, de pigeonniers, de lavoirs…
La Fondation permet aux propriétaires de ce patrimoine non classé, de réduire de leur revenu imposable 50% du montant des travaux. Nous offrons la possibilité d'alléger ainsi la facture et de travailler avec les bons entrepreneurs, les bons artisans qui connaissent encore les anciennes techniques de construction. Nous aidons à restaurer à l'identique les bâtiments en partenariat avec les Architectes des Bâtiments de France.
I : Pourquoi est-ce si important pour vous la sauvegarde de ce " petit patrimoine " ?
H.W : Les anciens ont tout inventé ! Ils n'avaient ni les moyens de transports, ni les matériaux d'aujourd'hui. Ils utilisaient la terre et le bois qu'ils avaient sous la main. Dans le Bourbonnais, il y avait des dizaines de briqueries et de tuileries. Lorsqu'ils construisaient des maisons à pans de bois-, qui aujourd'hui ont presque toutes disparu-, ils fabriquaient le torchis avec la paille et la terre qu'ils trouvaient sur place. Ce raisonnement-là nous échappe aujourd'hui totalement. On préfère faire venir des pavés de Chine ! J'exagère peut-être mais maintenant, tout va trop vite, on ne prend plus le temps de réfléchir. Les constructions ne sont pas faites pour durer.
I : De plus en plus de Hollandais ou d'Anglais s'installent dans la région et achètent et restaurent de vieux manoirs, des châteaux. N'avez-vous pas l'impression qu'ils sont plus préoccupés par notre patrimoine que nous ?
H.W : C'est un risque, notre patrimoine nous échappe peut-être. Mais il est préfé-rable qu'un bâtiment soit racheté par quelqu'un d'autre plutôt que de le voir s'effondrer. C'est aussi pour cette raison que je m'emploie à faire connaître la Fondation en passant par les Mairies. Lorsque les étrangers s'installent ici, ils se rendent systématiquement en Mairies auxquelles nous envoyons des lettres d'informations et des affiches.
I : Pensez-vous que ces Journées du Patrimoine soient réellement bénéfiques et sensibilisent vraiment le grand public à la sauvegarde du patrimoine ?
H.W : Oui, ces Journées demeurent primordiales. Et il y a une grosse curiosité de la part du grand public pour le patrimoine. Quand ils voient de jolies restaurations, des bâtiments sauvés, ils comprennent qu'il ne faut pas le laisser disparaître. Mais deux jours, c'est beaucoup trop court.
Pour la Fondation, il s'agit surtout du " mois " du patrimoine et je pense que dans l'avenir ça restera pour tous le " mois du patrimoine ". Nous pourrons ainsi mener des actions encore plus ciblées.
Propos recueillis par Marie Mendès
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