Les cailloux de Féfé
Après la brique, les cailloux ! Il n'est pas un peu " zarbi " le Féfé ? Non, il est " biz'Art ", c'est tout. Ce catalan au sang chaud, exilé en Auvergne …n'a pas de limites (c'est à la mode !) ou en tous cas les repousse. De Barcelone aux Beauforts à Neuf-Eglise…de la grande ville de Gaudi au fin fond des Combrailles, Féfé trace son chemin en suivant les cailloux semés par … par qui au juste ? Enquête.
JONGLEUR de couleurs à nul autre pareil, José Jaime Ferreres Ayerbe dit Féfé après ses peintures à la brique a décidé de faire un break avec son habituelle palette. D'aller plus loin que le rouge, plus loin que le jaune, que le vert…Plus loin que les formes. Que la matière. De l'autre côté. Jusqu'à l'épurement. Sorte de calme après la tempête. Comme une quête, une conquête de l'abstraction. Il semble désormais voya-ger en profondeur et s'attachant justement à d'abord laisser la matière s'exprimer par elle-même. Comme si la forme originelle était devenue son enjeu premier. Forme qu'il révèle avec une touche de blanc ou un léger trait noir.
Art conceptuel
" Je ne suis pas tout de suite parvenu à cet art conceptuel. En 2004, lorsque j'ai commencé ma formation de Ferronnerie au Havre, je n'avais rien pour peindre, alors je me suis amusé à décorer des cailloux, un peu par hasard. C'était de l'art décoratif qui n'avait aucune prétention que celle d'être figurative. Et puis, mes cailloux ont plu alors j'ai continué. Je me servais de leurs formes pour faire jaillir mes couleurs. Ils sont partis comme des petits pains. C'était sympa. Sympa mais pas suffisant pour moi. Et c'est ainsi que j'ai commencé à les voir, à les percevoir et à les concevoir autrement, c'est à dire en trouvant leur couleur et leur âme propres. Comme si mon rôle d'artiste était de les regarder, déjà comme des sculptures. "
Humble comme devant la Création. Le silence des cailloux semble lui parler, et, il lui suffit parfois d'une touche pour que naisse l'œuvre, ramassée au hasard d'un chemin. Comme si c'était la nature qui sculptait et que c'était Féfé qui signait ! Facile ! Enfin pas tant que cela, bien sûr. Car l'art d'être artiste est tout là.
En même temps que ses cailloux, Féfé s'intéresse aussi au fer. Des matériaux froids par excellence desquels il se plait à trouver chaleur et âme. Fer dont il se sert comme socles pour ses pierres, comme si pour lui, le froid sur le froid faisait bouillir l'intrinsèque de chaque chose. Fer qu'il veut aussi travailler en tant que tel, avec sa formation de ferronnerie, son diplôme en poche et son projet de créer un atelier de forge. Car si le graphiste plasticien qu'il est dans l'âme s'est toujours amusé des couleurs et des assemblages, le fer lui, ne peut être collé.
C'est le fer qu'il préfère
" En tant que demandeur d'emploi, j'ai pu réaliser cette formation pour adulte, et ainsi, apprendre à jouer avec le fer et le feu. Apprendre à travailler la matière à 1300°, au fer blanc, lorsqu'elle devient molle et malléable comme de la pâte à modeler. Au Havre, en dehors de ma formation, j'ai pu profiter de la forge pour réaliser des sculptures mais aussi des objets, utiles comme des petits coffres, des bougeoirs, luminaires, paravents, etc, et à la fois uniques. Mélanger créativité et utilité dans l'objet, sorte d'art-fonctionnel, avec des matériaux de récupération, pour coller avec la philosophie du recyclage, sont des notions qui pour moi sont indissociables dans ce travail. Seulement, depuis, que je suis revenu, ce n'est pas avec mon petit fer à souder que je peux continuer. C'est pourquoi, je souhaite vraiment créer un atelier de forge. Je suis d'ailleurs en train de constituer un dossier que je vais proposer à plusieurs organismes pour tenter de décrocher des subventions afin de monter ma petite entreprise. C'est un peu flou, encore, mais j'ai envie d'y croire. D'autant que si mon projet voit le jour, je m'adonnerai aussi à la création pure ou encore à la réalisation de projets particuliers sur commande. "
Ses objets utiles et uniques en tous cas ont de quoi trouver une petite place chez chacun d'entre nous.
Alors en attendant, et même si c'est le fer qu'il préfère, Féfé compte sur ses cailloux, semés par-ci par-là pour retrouver le chemin de ses rêves. Beaucoup s'évadent en le-vant les yeux au ciel, Féfé lui, s'étonne en baissant le nez. " J'aime regarder par terre et découvrir des pierres. Certaines de leurs formes m'attirent, me séduisent, alors je m'arrête et me baisse. Si elles me parlent, ou que je sens qu'elles me parleront plus tard, je les ramasse. Heureux d'avoir trouvé une perle en devenir. "
On ne sait pas si à Cayenne, les bagnards enchaînés regardaient les cailloux qu'ils cassaient avec autant de tendresse, mais, Féfé lui, en bon forçat de l'art, parvient à se libérer en cassant l'image de la lourdeur et de la froideur des pierres. La preuve : d'un bout de cailloux jaillit un visage, grâce à une touche de blanc. Un simple petit rond blanc comme un défi au temps et au destin des choses.
Féfé exposera ses œuvres du 3 au 30 octobre à La Pléiade à Commentry. Fefe : Les beauforts 63 560 Neuf-Eglise. Tél 04.73.85.97.80 mail fefe-beaufort@orange.fr
christine depeige
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