Antonin Malroux : " l'idée passe par le bras et suit son chemin "
Voilà quinze ans Antonin Malroux lançait la Forêt des mille poètes, à Vesdun dans le Cher et écrivait son premier livre. Aujourd'hui, les ar-bres ont poussé et 1.356 chênes sont parrainés par des artistes du monde entier.. Le nombre de romans aussi s'est allongé. Son dernier ouvrage, " Le jardin de Louise " vient de paraître.
INFO- Qu'est-ce qui pousse dans le " Le jardin de Louise "?
AM- " Le jardin de Louise " est le récit de la rencontre d'une grand-mère et de sa petite fille, infirmière. La vieille dame est un peu rebouteuse, et soigne ses patients à l'eau de nuit, que l'on recueille à minuit à une source. Le médecin du village le sait. Mais que peut-il y changer ? les gens arrivent en boitant et repartent en chantant. Cette famille du Cantal a connu des aléas, et un secret sommeille, oublié dans une malle du grenier. Vous savez, les gens paisibles ont des histoires terribles…C'est mon onzième roman, et j'ai déjà terminé le douzième.. et maintenant, je ne sais pas ce que je vais écrire. Je ne le sais pas encore, mais cela viendra bien à un moment. Il me faut huit à neuf mois pour écrire un roman, avec les relectures, et la préparation du ma-nuscrit. Je lis, réfléchis, et vais toujours chercher vers des gens humbles le sel de mes histoires.
Récemment, j'ai lu Julien Gracq. Une très belle écriture, magnifique. Quand je lis ces ouvrages immenses, des Goncourt extraordinaires aussi comme Ruffin et son " Rouge Brésil ", cela me plait et cela me tue. Après, je ne vois pas pourquoi je ferai quelque chose, et plus j'écris, plus je doute.
INFO- C'est " Cogito ergo sum ", comme on dit au lycée ?
AM- Je me demande toujours si mon imagination est assez fertile pour continuer à intéresser mon modeste lectorat. Certains auteurs sont tellement fabuleux, qu'ils vous donnent des complexes. Récemment, Michel Ragon m'a dit avoir commencé par écrire des ouvrages comme les miens. C'est encourageant, et extraordinaire de voir des gens qui savent rester simples, et vous emmènent jusqu'au bout de leur récit.
L'idéal serait de laisser lever le manuscrit, comme une pâte de boulanger. Le laisser dans un tiroir, et le reprendre trois mois plus tard
INFO- Vous écrivez à la main, ou avec un clavier…
AM- J'écris en fait à la plume Sergent major, puis je ressaisis mon texte sur l'ordinateur. Il me faut un cahier et un encrier. Quand vous devez reprendre de l'encre, cela vous laisse un instant pour la réflexion. l'idée passe par le bras et suit son chemin. Un itinéraire impossible avec un clavier d'ordinateur !
Voilà, je reste un manuel, et quand j'envoie mon manuscrit, je lui fabrique une reliure avant de l'expédier à l'éditeur. Je suis un adepte du travail bien fait, et bien terminé. C'est une habitude qui remonte au temps de mon apprentissage du métier de tailleur, Je l'ai exercé pendant des années avant de diriger un grand magasin de prêt à porter.
INFO- Pourquoi avoir attendu l'âge de la retraite pour écrire ?
AM- Pour écrire, il faut avoir vécu un peu, ou plus précisément, avoir enduré la vie. Alors on ose, on a la force d'oser. Je me suis livré entièrement dans un livre, " L'enfance inachevée ". Je l'ai écris parfois avec les larmes dans les yeux, et cela m'a fait le plus grand bien.
Plus jeune, je m'étais essayé à la poésie. A ce jour, j'en ai écris quatre ou cinq re-cueils, puis j'ai voulu me lancer dans un roman. Un tout autre challenge. C'était " Le soleil des Monedières ", qui a obtenu le tout premier prix du roman d'Auvergne, de De Borée. A la suite, j'ai eu beaucoup de chance, puisque des gens d'Albin Michel ont souhaité me rencontrer… Sans doute une bonne fée.
INFO- Quel est votre best seller ?
AM- Assurément " La Noisetière ", qui a été tiré à 72.000 exemplaires toutes édi-tions confondues, poche et CD audio inclus. Ce bouquin est passé par les " Succès du livre ", et le " Grand club du mois ". La " Noisetière " est un titre merveilleux, très évocateur.
Je n'ai jamais retrouvé un tel tirage, mais avec onze publications pour onze manus-crits, j'ai énormément de chance. Jean Anglade dit : " Pour être publié, il faut beaucoup de chance, et un peu de talent ". Sans me vanter, je n'ai jamais connu l'angoisse de l'envoi du manuscrit.
INFO- Qu'est-ce-qui fait le succès d'un livre ?
AM- Le secret des livres de terroir est qu'ils permettent aux lecteurs de se retrouver, de s'identifier à une histoire. On pense toujours avoir inventé une histoire, et à chaque fois un lecteur m'affirme que cela se passe près de chez lui, et que le héros, c'est mon-sieur ou madame Untel..
Je crois que l'on pourrait faire un bon film avec " Le jardin de Louise ". Vous savez, tous les auteurs ont envie que l'on fasse un film de leur livre. Par contre, ils n'aiment pas plus le mot terroir- les journalistes non plus. Devrait-on parle plutôt de romans de France ? Les romans de France d'Antonin Malroux, cela sonne plutôt bien. Qu'en pen-sez-vous ?
Entretien : Jean-Jacques ARENE
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