Antoine de Caunes raconte son " Coluche "
RÉALISÉ par Antoine de Caunes, ce film n'est pas une biographie de Coluche, mais traite des quelques mois pendant lesquels celui-ci fut candidat à l'élection présidentielle de 1981. À cette époque, comique n°1, il figure au palmarès des personnalités les plus populaires. Sa candidature est d'abord un canular lui permettant de multiplier les provocations, puis il reçoit des menaces de mort, subit des pressions, affole la droite et encore plus la gauche car crédité de 16 % il peut empêcher l'élection de François Mitterrand. Coluche pète les plombs, commence à se prendre au sérieux, ne voit plus la réalité, abuse de la drogue, fait une fausse grève de la faim, est transporté à l'hôpital, avant de renoncer.
Ceux qui s'attendent à une comédie humoristique vont être déçus car il s'agit presque d'une tragédie, celle d'un homme adulé qui se détruit dans une sorte d'imprévisible descente aux enfers.
". - Au départ, raconte Antoine de Caunes, on m'a proposé un scénario de Diastème évoquant vingt ans de la vie de Coluche et j'ai refusé, car je n'en voyais pas l'utilité. On connaît tout de Coluche, pourquoi irait-on voir un film sur lui au cinéma ? Et puis, j'ai pensé à sa candidature à l'élection présidentielle. Là, il y avait du neuf, du presque inédit à exploiter. Sur un coup de tête et pour foutre la panique, il avait décidé de se présenter, sans deviner qu'il allait affronter des choses qui allaient le dépasser, le casser en deux. Il perd ce qui le caractérise, l'insouciance, la grâce. Il devient un homme confronté à ses contradictions, sur fond politique. Alors j'ai dit oui aux producteurs et on a repris le scénario avec Diastème. "
Avec une mise en scène proche du reportage, Antoine de Caunes utilise les décors familiers de son personnage, sa maison, le parc Montsouris, le Théâtre du Gymnase, insistant un peu trop sur la bande de potes, et leurs soirées très agitées et très arrosées, montrant un Coluche pas toujours sympathique.
Demaison s'attaque à un mythe
Faire interpréter par un comédien une personnalité qui a marqué l'opinion comporte de gros risques de vraisemblance. Mais il y a des précédents rassurants, Marion Cotil-lard devenant Edith Piaf, ou Bernard Farcy, le commissaire agité de " Taxi ", campant un convaincant Général de Gaulle. Le réalisateur, après avoir beaucoup réfléchi, a suivi le conseil de son directeur de casting lui suggérant un acteur, également amuseur, François-Xavier Demaison. Il est allé voir son spectacle et déclare que ce fut un coup de foudre :
". - Je ne puis expliquer pourquoi, mais plus je le regardais, plus j'avais l'intuition que j'avais trouvé mon Coluche. Même si physiquement il ne lui ressemblait pas tellement, il avait la même façon d'occuper la scène. Les producteurs auraient préféré un acteur plus connu comme José Garcia. J'ai dû les persuader que la star c'était Coluche, et que Depardieu n'aurait pu être crédible dans le rôle. "
De son côté, François-Xavier Demaison se souvient du soir où le réalisateur est entré dans sa loge en lui disant " L'idée va te paraître un peu folle mais qu'est ce que tu dirais de jouer Coluche dans un film ? "
". - J'ai été écrasé, effrayé par la proposition, mais je ne pouvais refuser, passer à côté de ce rôle qui me marque encore aujourd'hui et que j'ai abordé en toute humilité. Je ne suis pas le sosie de Michel Colucci, j'ai essayé de faire un travail suffisant pour qu'il apparaisse en moi. Pas de prothèse, très peu de maquillage, c'est moi qui chante le rock, qui joue les sketches. Mais il y a eu une intense préparation physique. J'ai dû prendre du poids, 14 kilos et il m'en reste encore quelques-uns, travailler avec des coaches. J'ai chopé des gestes, appris à pousser ma voix dans les aigus, visionné énormément de documents pour saisir de petits détails. Pendant des semaines, j'avais l'impression de pédaler dans le vide et puis le moment est arrivé où je me suis senti au point. Le plus beau compliment m'a été fait par un musicien de Coluche qui m'a dit que j'étais Coluche dans la peau d'un autre. "
Antoine de Caunes a bien conscience qu'il égratigne une icône, mais sait aussi que la légende du Coluche généreux reste intacte auprès des millions de Français qui, chaque hiver, survivent grâce aux Restos du cœur.
René QUINSON
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