Pierre Sabatier : " un cycle s'achève au sein du PS "
LES 14, 15 et 16 novembre, le Parti Socialiste décidera de ses nouvelles orien-tations lors du congrès de Reims. En attendant, on prépare intensément ce rendez- vous majeur de la vie politique nationale au sein de la fédération du Puy- de- Dôme, dans le sillage de Pierre Sabatier, le secrétaire fédéral. Rencontre avec le numéro un du PS local, un homme de 43 ans, par ailleurs contrôleur à la SNCF. Lors des pro-chaines échéances, Pierre Sabatier remettra son mandat en jeu…
INFO : le PS, ces temps- ci, donne l'image d'un parti divisé, où règne une certaine caco-phonie. Est- ce une illusion ou bel et bien une réalité ?
PIERRE SABATIER : au delà des petites phrases, des positionnements média-tiques, le PS est un parti réellement démocratique au sein duquel chacun peut s'exprimer. Le fait de présenter des textes qui ont des divergences prouve que le parti n'est pas monolithique. Bien- sûr, à l'extérieur, tout cela peut se traduire par une image désordonnée et je déplore que certains leaders mettent leur ego en avant. Mais la réali-té, c'est le foisonnement des idées, une vraie richesse… A terme, il faudra évidemment une partition et un chef d'orchestre. Et ce sera le rôle du congrès que de faire un choix.
I : combien de motions sont en lice. On a un peu de mal à suivre…
P.S : six motions seront en concurrence. Pour être bref, il s'agit de la motion conduite par Bertrand Delanoë, du pôle écologique, de la motion emmenée par Benoît Hamon, de celle défendue par Martine Aubry, d'une autre conduite par Gérard Colomb (avec notamment Ségolène Royal), enfin de la motion Utopia, un courant un peu particulier qui a aussi une existence hors du parti. Avec six motions, nous nous situons à peu près à la moyenne des congrès passés. Je crois que l'on se trouve à la croisée des chemins ; que les socialistes sont en train de mettre fin à un cycle entamé au congrès d'Épinay et qui a permis à François Mitterrand d'accéder à l'Élysées et, plus tard, à Lionel Jospin de devenir premier ministre… De nouveaux leaders arrivent, des thèmes émergent dans le monde actuel, les méthodes de travail évoluent. Les lignes bougent au sein du parti.
I : existe- t- il un débat interne entre social- libéralisme et socialisme pur- jus ?
P.S : Ca n'est pas ce que je lis. Je ne vois personne de social- libéral, depuis que Jean- Marie Bockel a rejoint le gouvernement, au sein du parti. Néanmoins, il peut exister un débat entre une vision social- démocrate et un positionnement plus à gauche. En fait, ce qui compte à mes yeux, c'est d'incarner une vraie alternance à la politique actuelle, conduite par Nicolas Sarkozy et dont les effets se révèlent désastreux…
I : comment se déroule un congrès ? Et quel rôle va y tenir la fédération du Puy- de- Dôme ?
P.S : tous les trois ans, les socialistes remettent sur la table les propositions et les orientations. Concrètement, le premier rendez- vous aura lieu dès le 6 novembre au niveau local. Tous les militants vont alors voter au sein de leurs sections. Le 8 no-vembre, nous tiendrons notre congrès fédéral, à l'issue duquel une partie (NDLR : en fait les deux tiers) du conseil fédéral sera mis en place. Les dix délégués départemen-taux, qui iront à Reims, auront été désignés lors de l'élection. Puis, ce sera le congrès national. Enfin, le 20 novembre, les militants revoteront pour déterminer, le premier se-crétaire, le secrétaire fédéral, les secrétaires de section…
I : en tant que militant, où va votre préférence ?
P.S : comme tout militant socialiste, en effet, je m'engage. Et mon choix va claire-ment à la motion de Martine Aubry, qui est aussi défendue par Laurent Fabius, Arnaud Montebourg ou Jean- Christophe Cambadélis. J'exprime cette opinion pour des raisons de fond, une vision très sociale. Mais aussi parce que Martine Aubry me paraît en capacité de rassembler le parti ; c'est une femme de compétence, très engagée, fidèle à la gauche. Dans le Puy- de- Dôme, de nombreux élus d'un certain renom soutiennent cette motion, je pense à René Souchon, Jean- Paul Bacquet, Odile Saugues ou Alain Néri… Enfin, j'ajoute que la Fédération du Puy- de- Dôme permet à tous de s'exprimer, qu'elle s'efforce de respecter les équilibres entre les courants. Mon choix est seulement celui d'un militant.
I : combien la fédération du Puy- de- Dôme compte- t- elle aujourd'hui d'adhérents ?
P.S : nous sommes un peu plus de deux mille. C'est mieux qu'il y a trois ans lorsque je suis devenu secrétaire fédéral. Par contre, nous avions connu un pic supérieur au moment de la désignation de notre candidat à la présidentielle. Dans le département, le PS garde une vraie tradition ouvrière et d'employés. Sa féminisation atteint environ 40%.
I : comment estimez- vous votre bilan ? Etes- vous candidat à un nouveau mandat de se-crétaire fédéral ?
PS : oui, je serai de nouveau candidat au poste devant les militants. En ce qui con-cerne le bilan, il est mitigé. Ces trois années ont été difficiles. L'échec à la présidentielle fut marquant et douloureux, même si Ségolène Royal est arrivée en tête dans le département. Aux législatives, nous avons bien tenu nos positions. Les élections locales, quant à elles, se sont révélées un succès, aussi bien aux cantonales qu'aux municipales. Clermont, Riom, Cournon sont conservées, Issoire est prise. A Ambert, le maire est désormais divers gauche.
I : comment avez- vous vécu le clash au sein du Conseil Général ?
PS : il constitue un vrai point noir. On m'a imputé beaucoup de responsabilités dans cet événement ; pourtant, je n'ai fait qu'appliquer les règles du parti et le bureau fédéral a suivi la décision à l'unanimité. Désormais, je n'ai qu'un souhait : que la gauche se réconcilie au Conseil Général et que nous puissions travailler ensemble, y compris avec Jean- Yves Gouttebel. Il est le président légitime, il n'y a plus de question à se poser eu cet égard. Les discussions qui auront lieu au sein du Conseil Général devront se faire autour du programme établi par les militants du parti à 85% et porter sur un contrat de gouvernance. Il est temps de mettre fin à une situation qui a abouti à un gâchis énorme…
Entretien : Marc FRANÇOIS.
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