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» Article paru le : 28/10/2008
» Sur les éditions : Allier
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Le charme discret du Jardin botanique


Avec ses presque 2 hectares, le Jardin botanique, situé rue de la Charme, entre une bretelle d'autoroute et la ville de Montferrand, mérite le détour. Le visiteur-flâneur pourra y découvrir pléthore de plantes de la plus banale à la plus qu'exotique…


" C'EST un jardin voyageur ! " s'amuse Alain Soubre, responsable de ce havre de paix depuis plus de 30 ans, en relatant l'historique de son lieu de travail. Les débuts du Jardin botanique furent en effet plutôt mouvementés. Né en 1745, de la volonté du Clermontois Jean Bompart, il était situé à l'emplacement du Jardin Lecoq actuel. C'est - le bien nommé - abbé Antoine Delarbre qui lui succède et le fait évoluer. Puis, sous la houlette d'Henri Lecoq, arrivé par hasard à Clermont, le Jardin des plantes s'agrandit et s'enrichit de nouvelles collections. C'est en 1912 qu'il traverse la roseraie et s'installe, de l'autre côté de l'avenue Vercingétorix. D'où il rejoint, soixante ans plus tard, son emplacement actuel où il a fallu tout refaire à zéro !
Aujourd'hui, grâce à la patience et aux bons soins prodigués par les 3 employés du site, ce ne sont pas moins de 2600 espèces différentes de plantes qui ont trouvé refuge à l'Est de la ville, dans le quartier de la Charme. A l'entrée, le visiteur-botaniste est accueilli par une cascade : " Voilà le jardin écologique, prévient Alain Soubre. C'est un petit jardin entièrement modelé à la main quand nous sommes arrivés ici en 1970. Il présente différents milieux - depuis la plaine avec un bassin où s'épanouissent nénuphars et algues filtrant l'eau, jusqu'à la zone alpine où l'on trouve des edelweiss, en passant par la Méditerranée avec le figuier et des palmiers qui se sont plutôt bien acclimatés. "

Carpes koï


La faune est aussi présente, bien sûr. Carpes koï, tanches et grenouilles semblent apprécier l'endroit. Plus loin, la collection systématique, avec ses plates-bandes sage-ment alignées, est rangée par familles, genre et espèces. Ses 1600 plantes sont étiquetées en latin, langue universelle permettant de faire des échanges dans le monde entier. " Là se côtoient des annuelles comme les pétunias, des bisannuelles telles les giroflées, des vivaces (pissenlit, par exemple), et des arbustes - rares, communs ou protégés, mais ayant tous un intérêt par leur caractère ethnobotanique ", précise le guide de cette visite. D'ailleurs, toutes servent à la reconnaissance pour les élèves des écoles d'horticulture ; certaines influenceront les jardiniers amateurs venus chercher ici des informations, des conseils ou un peu d'inspiration.

Elèves-préparateurs


Au détour d'une allée gravillonnée, l'on se trouve face au jardin thématique où les plantes sont classées selon qu'elles sont toxiques, colorantes, aromatiques, alimentaires, à parfum ou encore à usage industriel telles le lin ou le jute. " Les étudiants en fac de pharmacie et les élèves-préparateurs de l'Institut des métiers sont nos visiteurs les plus assidus ", constate Alain Soubre. Et pour cause ! Ce lieu est un véritable trésor pour les futurs pharmaciens ou techniciens agricoles qu'ils deviendront. Les classes primaires et secondaires (il y en a déjà eu 32 cette année) sont accueillies avec autant de soins. Après tout, qui sait si ce charmant jardin ne déclenchera pas, parmi ces jeunes élèves parfois très ignorants du monde végétal, une vocation de botaniste ?!


Ortie, chiendent…
et bananier


Parmi toutes plantes extraordinaires, on tombe soudain sur la banale ortie ou le vilain chiendent dont on aimerait tant se débarrasser lorsqu'ils envahissent nos jardins ! "Ces herbes qu'on dit mauvaises ont aussi leur place ici ! rassure Alain Soubre. Elles font partie de la biodiversité. De plus, elles sont toutes deux médicinales. "
Dans les serres, des plantes plus exotiques - donc plus fragiles - sont à l'abri des intempéries : quinoa, café, thé vanille poussent ainsi sans craindre le rude climat auvergnat. Par contre le bananier est recouvert entièrement de feuilles dès les premiers froids et passe les hivers au chaud, entièrement recouvert de feuilles ; il se porte comme un charme… et donne de vraies bananes tous les 2 ou 3 ans !
Plus loin, c'est le paradis des arbres fruitiers. " Le fructicetum ou verger conservatoire est planté d'une centaine d'arbres fruitiers rares ou connus, explique le botaniste. Il permet aussi, quand arrivent les mois de mars et avril, d'éduquer apprentis, stagiaires et associations à la taille fruitière. "


Plantes voyageuses


Pour le passionné de plantes, ce jardin est un régal ! Il permet de découvrir leur origine, leur déplacement dans le monde, leur acclimatation de pays en pays, leur adoption par les hommes… Quelques-unes d'entre elles, notamment la "renouée du Japon" - sont de vraies pestes végétales, envahissant tout et chassant les plantes autochtones.. " De plus, elles détruisent l'écosystème, déplore Alain Soubre. Prenez le séneçon du Cap, par exemple. Il est arrivé en France en 1934. Ses graines étaient accrochées à la laine des moutons importés d'Afrique du Sud. Il s'est répandu dans le Sud de la France où il est considéré comme un fléau, toxique qui plus est… " Bref, une calamité !

Graineterie


Le clou du Jardin - et sa raison d'être -, c'est la graineterie. Sur les étagères, des centaines de pots en verre sont alignés, abritant une collection d'environ 2000 graines. " A la fin de la saison, nous décortiquons les fruits pour récupérer leurs graines, ex-plique le jardinier. L'hiver, lorsqu'on ne peut pas travailler à l'extérieur, ces plantes qui ont eu le temps de sécher dans leur papier kraft, sont tamisées, triées, étiquetées. " Puis, Alain Soubre établit une liste de tout ce qui a été recueilli et l'envoie à la mairie de Clermont qui l'imprime : cela devient le précieux " index seminum " qui sera expédié à 240 autres jardins botaniques du monde entier… qui feront la même chose en retour ! "C'est la seule façon d'enrichir notre collection, constate le botaniste. Dans un jardin, il manque toujours des plantes."
Au printemps, ces graines servent à faire les semis. C'est un éternel recommencement.

Natalie GEORGES.
Photos : Valentin UTA.


Infos pratiques
Jardin botanique de Clermont-Ferrand
10, rue de la Charme à Clermont-Ferrand
Tél : 04 73 42 68 42

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