Sale temps sur Arcachon Rédacteur en chef d’Info, Patrice Vergès nous livre son deuxième bouquin juste avant l’été. Cette fois, il s’agit d’un roman ou plus exactement d’un thriller dont le cadre est le Bassin d’Arcachon ; une région qu’il affectionne beaucoup pour la simple et bonne raison qu’il y est né. L’auteur qui a choisi de situer l’action en septembre 1963 a reconstitué la ville d’Arcachon, le Ferret et le Pyla des sixties. Bien sur, son épais livre exhale un parfum iodé et salé apte à séduire les nombreux amoureux du Bassin mais aussi les nostalgiques des années 60. On parle de Teppaz, de Claude François ou Jean Ferrat, de Panhard et de Dauphine, de Bartissol, de Janique Aimée ou de Jean XXIII au sein des 314 pages.
Son héros Christophe Richard n’a rien d’un héros. Sa vie est immobile. Ce petit libraire trompe l’ennui des journées longues et des nuits sans sommeil. Son existence bascule le jour où une banale livraison de livres fait de lui le témoin épouvanté d’un double meurtre. Soupçonné par des enquêteurs au comportement curieux, traqué par des assassins encore plus singuliers, harcelé par une journaliste, le libraire devient un coupable désigné en même temps qu’une cible à abattre. Hélas, à l’évidence, Christophe Richard n’a pas l’étoffe des héros de polars qui hantent les rayonnages de sa boutique.
Bien sûr, il s’agit d’un thriller puisqu’on compte de nombreux meurtres mais c’est aussi un roman sur le mensonge. Au fur et à mesure que le lecteur s’enfonce dans l’histoire où l’ambiance des sixties est magnifiquement restituée, celui-ci se rend compte petit à petit que tous les personnages mentent ou se mentent à eux même.
Si vous aimez les polars d’atmosphère, si vous affectionnez les années 60, si vous préférez les personnages à fêlures, si vous adorez cette région, c’est un livre idéal pour l’été à lire de préférence sur le sable doré du Bassin d’Arcachon en tentant de remettre ses pas dans les lieux de vie de son personnage principal
Editions Lucien Souny 314 pages, 19€
5 questions à l’auteur
L’action se situe autour du Bassin d’Arcachon. Pourquoi ?
C’est une région que j’adore et où je compte bientôt vivre et même y mourir. Les couleurs sont extraordinaires et le paysage n’est jamais pareil en étant pourtant toujours le même. Hélas, je ne suis pas le seul à l’aimer, car en pleine saison, on compte environ un million de touristes autour du Bassin…..
Pourquoi avoir situé l’histoire en septembre 1963 ?
Aidé par une association locale, j’ai tenté de recréer l’Arcachon des années 60 avec des lieux disparus. Tout est exact, les prix, les menus des restaurants, les évènements locaux mais pourtant rien n’est vrai. Les années 60 donnent un caractère plus nostalgique au livre tout comme le mois de septembre qui ajoute un parfum crépusculaire. C’est un mois difficile sujet à dépressions où l’été perd pied. C’est la fin d’un monde. Volontairement, les personnages usent du langage de ces années là et ne terminent pas systématiquement leur phrase par « génial ou je te kiffe grave ! »
Votre premier livre était sur l’automobile, pourquoi un policier ?
Par vanité. Sans plaisanter, je savais que c’était plus difficile à réaliser qu’un roman traditionnel car il doit y avoir plusieurs histoires dans l’histoire et surtout soutenir un rythme tout en ajoutant de fausses pistes. Certes, mon personnage assez fragile est emporté dans une aventure trop grande pour lui mais son quotidien est toujours là. J’y tenais. Il doit gagner sa vie, aller faire ses courses, résoudre ses problèmes existentiels. Comme nous tous. Notamment pourquoi sa mère est morte en lui disant dans son dernier souffle « Je ne t’ai jamais aimé » C’était d’ailleurs le titre original mais l’éditeur a pensé que l’appeler «Sale temps sur Arcachon » était plus vendeur notamment sur la région bordelaise.
Ecrire un livre à la première personne est-il plus complexe qu’à la troisième ?
Vieux débat. La troisième personne permet au lecteur d’avoir un peu d’avance sur le personnage alors qu’à la première, il s’identifie davantage au héros peu décrit d’ailleurs physiquement. C’est volontaire. Néanmoins, le lecteur a toujours un peu d’avance sur le personnage principal pour plusieurs raisons. Le lecteur sait qu’il lit un livre policier synonyme d’action, pas le personnage principal qui, lui, est dans son quotidien mais aussi prisonnier de sa propre personnalité et de sa crédulité. Pas le lecteur qui est dans une défiance totale envers les personnages. Mais pas trop. L’important c’est la dose.
Vous avez d’autres projets ?
Bien sur. Cette histoire a été bâtie pour avoir une suite qui se passait en 1967 mais l’éditeur m’a expliqué que les suites ne se vendent pas. Il connaît son métier. J’ai pas mal d’autres d’histoires dans la tête mais pour éditer un livre il faut faire des rencontres. Avec soi même, avec un éditeur, avec des lecteurs. Il est difficile de conjuguer les trois en même temps !
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