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» Article paru le : 01/12/2008
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Aubrac : Un parc naturel régional en vue


Le projet est dans les cartons depuis des lustres. Mais cette fois, c'est certain : l'Aubrac pourrait devenir un parc naturel régional, le troisième d'Auvergne. Reste à savoir quand, comment, pourquoi…

Lionel Roucan, vice-président du Conseil Régional en charge de l'Environnement, attend que les territoires " se bougent " pour faire avancer le projet.


MICHEL Bras, trois étoiles au Michelin, est sans doute le mieux placé pour parler de l'Aubrac. Son restaurant, situé sur les hauteurs de Laguiole, s'ouvre, tel un immense navire, sur le vide. Car tel est l'Aubrac : dénudé, écrasé par le ciel, balayé par les vents : " Ce plateau m'a offert l'aptitude à m'ouvrir au monde. Je sais aujourd'hui que l'Aubrac donne accès à l'Universel. Partout il y a cette parcelle, ce muret de pierre sèche qui me transportent dans un voyage de l'imaginaire ", écrit-il dans " Bras. La-guiole. Aubrac. France ", paru aux éditions du Rouergue.
Les pèlerins de Compostelle, toujours plus nombreux à traverser ces montagnes arides, n'en croient souvent pas leurs yeux. Oui, il existe bien un désert en France. Parfois, comme en Mongolie, les habitants offrent le gîte et le couvert dans des yourtes. Curieusement, l'Aubrac offre de l'immensité sans être très grand : seulement quarante kilomètres sur vingt, que se partagent trois départements, l'Aveyron, la Lozère et le Cantal.


L'Aubrac… Sans doute un des derniers déserts français (photo : JT)


L'Auvergne possède la plus petite part du gâteau. A peine une quinzaine de communes, essentiellement situées sur le canton de Chaudes-Aigues. Une présence modeste, mais suffisante pour faire de la région une des trois chevilles ouvrières du futur parc naturel régional de l'Aubrac. Depuis des lustres, ce projet est évoqué. Mais pour des raisons politiques ou administratives, il n'a jamais abouti. Il faut croire que la persévérance a fini par payer : plus de quarante ans après la création du premier parc français, en l'occurrence Saint-Amand-Raismes en 1968, celui de l'Aubrac devrait voir le jour prochainement, puisque les trois régions concernées ont donné leur accord de principe.

Trois régions,
trois départements


Le projet fait l'unanimité. Même les chasseurs auraient, pour l'instant, rangé leurs fusils : " Cette absence est presque inquiétante ",

Le plateau n'est pas très grand mais offre de l'immensité (photo : FT)

sourit Lionel Roucan, vice-président de la Région en charge de l'Environnement. Il faut reconnaître que ce type de structure est une aubaine pour les territoires concernés. A la différence d'une réserve naturelle ou d'un espace classé, soumis à une réglementation stricte, le parc naturel affiche des mesures de protection et de gestion " contractuelles ". En clair : les acteurs du projet, notamment les communes, doivent s'engager à orienter leurs interventions au bénéfice de l'environnement et du patrimoine : " Tout cela avec des objectifs de protection et de développement ", précise-t-on à la Fédération nationale des parcs naturels régionaux.
Théoriquement, la balle est aujourd'hui entre les mains des régions : " Ce sont elles qui délibèrent et lancent une étude de faisabilité et d'opportunité ", rappelle Gérard Molinas, conseiller à la Fédération. Problème : les régions ne peuvent rien faire sans " s'appuyer sur des sollicitations locales venant des collectivités, des milieux socioprofessionnel ou associatif ". Elles attendent donc, en tout cas l'Auvergne, que les terri-toires " se bougent " : " Quand une stratégie commune permettant de fédérer les gens autour d'un projet sera établie, nous interviendrons comme promis… ", assène Lionel Roucan. La structure de préfiguration pourrait alors voir le jour courant 2009. Et le parc encore quelques années plus tard…


" Le dossier piétine "


Certes, sur le plateau, on ne compte pas les bonnes volontés. Malheureusement, c'est un peu la pagaille. Chacun semble faire les choses dans son coin, sans forcément prévenir les autres intéressés.

" Ce plateau m'a offert l'aptitude à m'ouvrir au monde. Je sais aujourd'hui que l'Aubrac donne accès à l'Universel. Partout il y a cette parcelle, ce muret de pierre sèche qui me transportent dans un voyage de l'imaginaire ", écrit Michel Bras, trois étoiles au Michelin (photo : JT)

Y aurait-il un problème de communication ? Sans doute, faute de véritable chef de file, d'interlocuteur unique. L'organisation est d'autant plus confuse que trois régions et autant de départements sont impliqués dans le projet. Seul le parc des ballons des Vosges affiche une telle spécificité : " En soi, ce n'est pas un problème. Mais c'est vrai que cette répartition ajoute à la complexité du dossier " reconnaît Lionel Roucan. Cerise sur le plateau : les régions sont politiquement à gauche, et les territoires concernés aussi bleus que le ciel de l'Aubrac. Bonjour les discordances…


Autre difficulté : le périmètre. L'Auvergne verrait plutôt un parc restreint, plus facile à gérer et plus homogène. Pierre Morel A l'Huissier, député UMP de Lozère et président de l'association départementale de réflexion sur le parc, voit au contraire les choses en grand : " Je pense qu'il ne faut exclure personne. Nous avons donc demandé à un maximum de communes si elles se sentaient proche de l'Aubrac pour ne pas borner le dispositif ". Une divergence de point de vue parmi d'autres… Par exemple, quelle commune pour abriter la maison de l'Aubrac ? L'ancien hôtel le Royal, dans le village d'Aubrac, serait idéal. D'accord, mais pourquoi l'Aveyron ? Et pas la Lozère ou le Can-tal ? Autant dire qu'on n'est pas sortis de l'auberge : " Le dossier piétine ", regrette Pierre Morel A l'Huissier. Finalement, les eaux du Bès ne sont pas aussi paisibles qu'elles n'y paraissent…


Emmanuel THEROND

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