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» Article paru le : 09/12/2008
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20 ans de greffe : Témoignages à cœur ouvert


Rencontres avec trois miraculés, trois personnes à bout de souffle qui doivent leur vie à un autre, trois transplantés du cœur sauvés par l'équipe cardiologie du CHRU de Limoges.


Carlos de Almeida


A 31 ans Carlos de Almeida découvre par hasard qu'il a un grave problème cardiaque. Sportif assidu pratiquant notamment la boxe, il va devoir faire face une terrible nouvelle, s'il veut vivre son cœur en fin de vie devra être changé. Nous sommes le 29 mai 1988 et le Professeur Constantin Christidès, entouré de toute son équipe, s'apprête à réaliser sa première greffe cardiaque, lui qui fut formé par le Pr Cabrol.


De gauche à droite : le docteur Florence Rollé, cardiologue, le Professeur Constantin Christidès, initiateur de la première greffe à Limoges, le Professeur Elisabeth Cornu, chirurgien, Carlos de Almeida, premier greffé de Limoges, et le professeur Marc Laskar, chef de service CTCVA (Photo © Yves Dussuchaud)


" En septembre 1987 je suis parti en vacances au Portugal comme tous les ans, et j'ai repris mon emploi de tâcheron indépendant dans le bâtiment. Deux semaines après je me sentais fatigué. Vu mon physique ce n'était pas normal ! Chaque jour mes forces diminuaient, j'avais du mal à marcher, mes jambes étaient enflées. Je suis allé voir le médecin et je me suis retrouvé aux urgences du CHU puis dans le service cardiologie du Dr Ben Saïd. Il craignait un infarctus. "
" C'était la première fois que j'étais hospitalisé et je me demandais ce que je faisais là. Je me sentais partir mais personne ne me disait ce que j'avais. Je l'ai découvert par hasard en lisant mon dossier. Je n'ai pas tout compris et le Pr Dufetell m'a ensuite tout expliqué. Je n'avais jamais entendu parler de greffe cardiaque. Le Pr Doumeix m'a dit ce qui était envisagé et j'ai pris la décision de me faire opérer à Limoges alors que les médecins ne pouvaient pas me garantir que tout se passerait bien. "


Voir grandir mes enfants…


" J'avais des enfants en bas âge, je voulais les voir grandir. J'ai été équipé d'un bip pour me prévenir du jour de l'opération. J'ai attendu sept mois et le 29 mai 1998 le bip a sonné à 13 h, je suis allé au CHU sans savoir ce qui m'attendait. Remplacer un cœur à cette époque était risqué mais j'avais un bon physique. J'étais confiant, l'opération a duré jusqu'à 22 h, au réveil le Pr Christidès m'a dit que tout s'était bien passé. Je suis resté trois jours sous morphine et je n'ai compris qu'après ce qui m'était arrivé. "
" J'étais dans une salle stérile spécialement aménagée pour moi, je n'avais aucune douleur, juste mal à la tête et une bosse sur le crâne. Pendant l'intervention je m'étais réveillé et quelqu'un m'avait recouché avec force. J'ai gardé cette bosse en souvenir ! "


De gauche à droite : Carlos de Almeida, premier greffé au CHRU de Limoges (Photo © Yves Dussuchaud), Guy Bacle (Photo © Michel Dupont) et Jeannine Faucher (Photo © Michel Dupont)…


" Je suis resté trois mois au CHU. J'ai repris mon emploi et une opération à la hanche m'a obligé à arrêter définitivement. Mon train de vie a changé, ma femme a dû travailler à temps plein pour élever nos enfants et payer leurs études et je suis resté à la maison. J'ai très mal accepté cette situation. Je n'ai jamais ensuite pensé à ce cœur, celui d'une femme d'ailleurs. Aujourd'hui j'ai une pensée particulière pour le Dr Ferrat, qui était pour moi plus un ami qu'un médecin, il nous a quitté l'an dernier juste après mon frère Victor. Ses deux personnes seront toujours présentes dans mon cœur. Et je remercie mes propriétaires Mr et Mme Dubreuil qui ont accepté de nous louer leur mai
son ".


Guy Bacle


Guy Bacle a lui aussi bénéficié d'une transplantation voilà six ans à l'âge de 61 ans. Ce boulanger de Saint-Junien avait déjà été opéré d'une valve cardiaque, vingt ans auparavant, ce qui lui avait permis de mener une vie normale.
" Pendant dix ans tout s'est bien passé. Mon métier était pénible et mon cœur a re-donné des signes de fatigue. Le Pr Christidès m'a arrêté et interdit de travailler, j'avais 56 ans. Les antiblocants n'ont pas fonctionné, ma santé s'est lentement dégradé, je ne pouvais plus monter l'escalier, je dormais assis, c'était infernal, je ne pouvais plus vivre comme ça. Le Pr Cornu avait envisagé de me mettre sous cœur artificiel, il fallait me transporter à Paris, le CHU n'était pas encore équipé, mais je n'aurai pas supporté le voyage. "


Une deuxième naissance


" La greffe était la seule solution, je n'ai pas hésité une seule seconde, j'ai attendu ce cœur une semaine. J'étais euphorique en apprenant la nouvelle, je suis entré au bloc le 14 avril 2002 à 22h, je me suis réveillé 24 h après, j'étais heureux de savoir que la transplantation était réussie. J'ai fait un rejet deux mois après, j'ai été de nouveau hospitalisé. Six mois après j'étais en forme. "
" C'est une nouvelle vie tout à fait normale qui a commencé ensuite. Aujourd'hui je jardine, je marche trois fois par semaine, je fais 50 km de vélo par semaine, j'ai une bonne hygiène de vie. Je profite de ma famille, de mes petits-enfants, j'étais condamné et je suis en sursis. C'est une deuxième naissance ! "


Placée sous coeur artificiel Heart Mate 2, cette patiente est reliée 24 h sur 24 à une assistance respiratoire. (Photo © Yves Dussuchaud)



Je n'ai pas eu besoin d'une psychologue pour accepter ce cœur, celui d'un jeune de Caen que je remercie. Il ne se passe pas un jour sans que je pense à lui. Il faudrait davantage de donneurs, mais pour qu'une personne vive, une autre doit mourir, c'est difficile à admettre. Chacun devrait prendre une carte de donneur car demander à la famille, dans un moment tragique, est très difficile. Je suis très reconnaissant, je ne remercierai jamais assez tout le service cardio du CHU de Limoges. "


Jeannine Faucher


Jeannine Faucher a souffert durant de nombreuses années de problèmes cardiaques. Elle doit sa vie à un autre, qui a fait don de son coeur pour lui permettre, à 65 ans, de continuer à vivre.
" Depuis 1990 je souffrais du cœur, j'ai d'abord été hospitalisée à Bordeaux pour un problème de tachycardie, neuf ans après on m'a posé un pacemaker et finalement un cardiologue de Brive m'a dirigé vers le CHU de Limoges où j'ai été prise en charge par le Dr Rollé. "
" Mon pacemaker a été remplacé par un stimulateur cardiaque et le chirurgien m'a prévenu qu'un jour j'aurai besoin d'une greffe. Je ne m'y attendais pas du tout. J'ai été inscrite sur la liste d'attente le 24 avril 2005, mon stimulateur s'est déclenché cinq jours après, une amie m'a sauvé la vie en me transportant au CHU dans un état semi-comateux. "
" Un cœur est arrivé dans la soirée, le rhésus était différent du mien, j'ai tout de même été transplantée et je me suis réveillée dix jours après. Ce fut difficile d'accepter d'avoir quelque chose d'étranger dans mon corps. Je suis partie en rééducation au centre de Sainte-Feyre, en juin, où je suis restée deux mois et demi car je ne marchais plus. "


Un miracle


" Depuis je mène une vie normale c'est un miracle. Les dernières semaines avant la greffe je ne pouvais même plus parler tellement j'étais essoufflée. Le facteur hérédi-taire a joué, plusieurs membres de ma famille ont eu des problèmes cardiaques, mon frère avait un pacemaker, un arrière petit cousin a été récemment transplanté à la Timone à Marseille. "
" La vie est sensationnelle depuis la transplantation, je fais mon jardin, mon ménage, tout ce que je ne pouvais plus faire. C'est un renouveau. Je pense beaucoup au donneur et à sa famille. Je parle souvent du don d'organes et je constate que beaucoup de gens sont contre. Mes enfants étaient donneurs bien avant ma transplantation. Leurs copains m'ont connu malade, ils me voient aujourd'hui revivre et ils sont d'accord pour donner leurs organes. C'est pourquoi j'ai un message à passer. Donner les organes d'un défunt permet à quelqu'un de vivre, et l'être cher n'a pas disparu, il vit dans le corps d'un autre. Je sais que mon donneur vit en moi... Mon petit-fils est né le 30 mai, je me battrai pour lui pour continuer à vivre... "


Corinne Mérigaud

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