Cinéma : les " oscars " 2008 de Roger Herzhaft
" J'AI du voir cette année environ 120 films en salles et autant en DVD. Et sin-cèrement, sur l'ensemble, il y avait plus à laisser qu'à prendre. " Président du " Cercle des Amis du Cinéma ", Roger Herzhaft anime aussi une émission sur le " septième art " sur Clermont Première. Cinéphile depuis " toujours ", devenu cinévore avec l'âge, notre interlocuteur cultive un regard critique, confirmant l'adage " qui aime bien, châtie bien. " Première caractéristique, selon lui, de cette année 2008 : " elle a été sombre, le cinéma n'échappe pas à la morosité voire à la sinistrose. " Plus grave encore sur le plan artistique : " la qualité générale s'avère plus que moyenne… " Une façon, peut- être, de signifier qu'elle fut rarement, voire très rarement au rendez- vous… Ce que le contenu de nos critiques, publiées chaque semaine, a hélas confirmé…
Dans ce contexte plutôt négatif, les exceptions n'en ont été que plus remar-quables. C'est ainsi que Roger Herzhaft a détaché ses dix " oscars ".
Les coups de cœur
" No country for old men " des frères Coen : " un polar- western de belle facture. Il donne une idée du mal absolu, de la perversité et de la bêtise humaine. Javier Bardem y joue un tueur de façon extraordinaire. "
" Valse avec Bashir " d'Ari Folman : " un film israélien d'animation qui rappelle le massacre de Sabra et Chatila. L'animation s'avère à la fois classique et vraiment ex-ceptionnelle. Elle rappelle l'expressionnisme allemand. "
" Les citronniers " d'Eran Riklis : " encore un film israélien. Eu bien des égards, il fait penser au cinéma de Renoir. L'histoire évoque la misère des Palestiniens. Paradoxalement, ce long- métrage israélien a fait les beaux jours des festivals franco- palestiniens. La preuve qu'Israël est bel et bien une démocratie… "
" Appaloosa " d'Ed Harris : " le réalisateur joue le rôle principal, aux côtés de Vigo Mortensen et de Jeremy Irons. Ce western est un hommage à John Ford, le maître du genre. Pour moi, grand amoureux des westerns classiques, c'est évidemment un must. "
" L'échange " de Clint Eastwood : " avec Clint, on sait heureusement où l'on va. L'histoire se révèle forte et le metteur en scène dirige de main de maître Angelina Jolie et John Malkovich. Je place haut " L'échange " dans la filmographie pourtant brillante de Clint Eastwood. "
" It's a free world " de Ken Loach : " comment une jeune femme pauvre et exploitée devient, à son tour, exploitante ? Ken Loach fait une démonstration habile sans le moindre manichéisme. Un film intelligent et remarquable. "
" Vicky, Cristina, Barcelona " de Woody Allen : " c'est mon abonnement au cinéma de Woody. Ce film n'est sûrement pas le meilleur du réalisateur. Toutefois, il se révèle léger, ensoleillé. Et puis il y a la délicieuse Scarlett Johansson… "
" Hunger " de Steve Mac Queen : " un long- métrage carcéral et très noir qui revient sur les années de l'IRA en Irlande. L'ensemble est mené avec maestria et se révèle passionnant de bout en bout. Un choc ! "
" The Darknight " de Chis Nolan : " presque l'envers de Batman. Ici, le super-héros est déchu. Le " Joker ", lui, impressionne. Un spectacle efficace… "
" Juno " de Jason Reitmann : " une jeune fille a un enfant et essaie de s'en débarrasser : un scénario drôle, impertinent. " Juno " constitue un exemple attrayant du cinéma indépendant américain. "
Les coups de griffe
" Mesrine, l'ennemi public n°1 " de Jean-Pierre Richet : " cette deuxième partie tourne au grotesque. Vincent Cassel est hors du coup. Les scènes deviennent répétitives. Le tout est ennuyeux et ridicule… "
" La bande à Baader " de Uli Edel : " 2h30 de durée pour une sorte de polar insipide, sans matière, sans regard politique. "
" Quantum of solace " de Marc Forster : " un dernier James Bond complètement raté. Il recycle tout ce qui a été vu et revu. Daniel Craig ressemble à Poutine et Mathieu Amalric est " à côté de ses pompes " (sic). Même les filles n'ont plus de charme malé-fique. Je crois que c'est la fin de Bond. "
" La belle personne " de Christophe Honoré : " l'ennui à l'état brut. J'ai rarement au-tant consulté ma montre au cinéma. "
" Coluche, l'histoire d'un mec " d'Antoine De Caunes : " s'il fallait décerner un bonnet d'âne de l'année, il irait peut- être à ce film. On se demande pourquoi Antoine De Caunes continue à réaliser des long- métrages. Ils sont plus mauvais l'un que l'autre. Une catastrophe… "
Et pour achever ce palmarès sans la moindre concession, le président du " Cercle des Amis du Cinéma " adresse un prix citron à l'ensemble des diffuseurs. " Pourquoi le son est- il systématiquement trop fort dans les salles ? Les spectateurs vont finir par tous devenir sourds. Je croyais qu'une loi régissait le nombre de décibels… " Comment Monsieur Herzhaft, voulez- vous répéter ? Je ne vous entends pas très bien…
Propos recueillis par Marc FRANÇOIS.
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