Guillaume Canet " Chacun peut devenir espion "
SACRE Guillaume. Toujours le mot pour rire. Quand nous l'avons rencontré, dans un salon feutré du prestigieux hôtel Bristol à Paris, accompagné de Géraldine Pailhas et Nicolas Saada, il est arrivé avec 10 minutes de retard. Son excuse ? " On attendait madame qui était aux toilettes ! " Le genre de type qui détend l'atmosphère dans un milieu souvent artificiel. A moins que ce ne soit tactique : pour certains acteurs, les journalistes, c'est comme les femmes. Vous les faites rires, et hop, dans la poche ! Ap-paremment, notre Guillaume national n'est pas de cette engeance, se prêtant avec une simplicité confondante au jeu de l'interview.
Pour parler d'" Espion(s) ", le mieux placé reste toutefois son réalisateur, le très prometteur Nicolas Saada. Son nom ne vous dit sans doute rien. Normal : il s'agit de son tout premier film. En revanche, les cinéphiles se souviendront qu'il était journaliste aux " Cahiers du Cinéma ", animateur de l'émission " Nova fait son cinéma " et pilier du département fiction d'Arte. Bref, un monstre de culture cinématographique, a priori plus habile de la plume que de la caméra…
Entre fiction et réalité

Guillaume Canet, au Bristol, il y a quelques jours. |
Force est de constater qu'il a bien fait de se réorienter. Son premier long-métrage est une vraie réussite, mêlant avec virtuosité réalité et fiction, en faisant d'un quidam le héros d'une histoire pas possible. Tout est parti d'une anecdote, qui a bouleversé le réalisateur : Stella Rimington, responsable des services secrets anglais pendant 10 ans, était aussi une mère célibataire, rencontrant ses sources potentielles… avec son enfant : " Cette juxtaposition d'un monde de quasi-fiction avec le monde réel me fascine dans l'espionnage. Tout s'interpénètre. Tout devient fragile, prenant, inquiétant… "
L'environnement sonore du film, très travaillé, renforce cette tension : " J'ai besoin de musique pour écrire. Cela m'aide à construire un univers visuel. Au départ, nous devions faire appel au groupe Air, mais ça n'a pas été possible pour des questions de disponibilité. J'ai donc demandé à… " " Georges Moustaky ! " coupe Guillaume Canet, décidément en pleine forme. " Non ! A Cliff Martinez, que j'admire beaucoup. Il a donné une ambiance à la fois moderne et classique au film ", poursuit Nicolas Saada, amusé par l'intervention de notre trublion du PAF.
Le choix des langues

Géraldine Pailhas, Nicolas Saada et Guillaume Canet. |
Guillaume Canet, à nouveau sérieux, évoque ce qui l'a séduit dans le scénario : " Tout un chacun peut devenir espion. C'est comme la photo : aujourd'hui, n'importe qui peut devenir paparazzi avec son téléphone portable. " Si toutes les scènes intimes sont en français, celles liées à la procédure sont en anglais. Le metteur en scène ne le concevait pas autrement. D'où, sans doute, le choix de la capitale britannique comme décor : " J'ai grandi avec les films d'action ou d'espionnage du cinéma américain. J'étais plus à l'aise pour filmer les scènes de convention dans cette langue. ", reconnaît-il. Et Guillaume Canet d'ajouter : " Du coup, la connexion se fait plus rapidement entre ces deux Français qui se croisent à l'étranger : mon personnage, Vincent, a une complicité immédiate assez étrange avec Claire… "
Un aveu ou un adieu ?
Guillaume Canet revient sur son rôle. Celui d'un bagagiste qui devient espion, dans un exercice de mise en abyme particulier : " L'idée était d'avoir quelque chose de vrai-semblable. C'est la raison pour laquelle Vincent prend des initiatives, n'accepte pas les règles… Sa force est d'évoluer au fur et à mesure du scénario ". Une initiation rendue possible par l'histoire de cœur, sous-jacente dans le film : " Finale-ment, comme dans " Ne le dis à personne ", que j'ai réalisé ", compare Guillaume Canet. Ce dernier précise toutefois qu'il n'a jamais interféré sur la mise en scène de Nicolas Saada : " J'ai fait mon travail d'acteur, c'est tout. "
Cette histoire d'amour assez complexe soulève plus de questions que de réponses. La dernière scène est à cet égard révélatrice. Il s'agit d'un simple regard, mais lourd de sens, voire énigmatique : " Je ne sais pas si c'est un aveu ou un adieu, se demande la très magnétique Géraldine Pailhas, jusque-là peu véloce. J'ai laissé cette interrogation en suspense dans mon esprit, car je n'avais pas d'indication précise. " Et le réalisateur d'ajouter : " Pour moi, c'était une manière de remettre le film à zéro. Et de s'interroger sur la façon dont un sentiment peut naître et survivre ". Réponse de Guillaume Canet : " La suite dans Espion(s) 2, séquence " un " chambre d'hôtel ! ". Sacré Guillaume. Toujours le mot pour rire…
Emmanuel THEROND
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Hommage à Claude Berri
Nicolas Saada est revenu, en fin d'entretien, sur la mort de Claude Berri : " Je le dis sans démagogie : s'il y a une personne du cinéma français que je regrette de ne pas avoir vue ou écoutée pendant une heure, c'est lui. Parce qu'un homme capable de produire la même année " La Graine et le Mulet " et le film de Dany Boon, et de se dire qu'il doit faire l'un pour que l'autre se fasse, c'est incroyable. Pour moi, Claude Berri avait une éthique et un idéal de cinéma tels qu'il savait qu'il fallait défendre le cinéma le plus minoritaire possible pour mettre en valeur le cinéma majoritaire. Et inversement…"
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