Maïween dans " Le Bal des actrices "
LES actrices se bousculent sur le grand écran. Danièle Thompson en a placé onze au générique du " Code a changé " et, pour danser à son " Bal des actrices ", Maïwenn en a rassemblé douze. D'abord comédienne, puis scénariste, auteur dramatique et productrice, cette jeune cinéaste s'est imposée comme réalisatrice dès son premier film, très virulent et né de ses fantasmes autobiographiques " Pardonnez-moi ", deux fois nominé aux César et très bien accueilli par la critique. Son deuxième film va encore plus loin dans l'originalité.
Cette fois, elle joue son propre personnage, celui d'une réalisatrice lâchée par son producteur effrayé, lequel ne croit pas à son projet d'un faux docu-fiction avec passa-ges musicaux, qui percera tous les mystères de l'ego des actrices, les analysera en profondeur, saisira leur face cachée. Elle s'obstine et nous la voyons, caméra au poing, soumettre une douzaine d'actrices de toutes catégories, vedettes ou peu connues, à un jeu de la vérité à la fois drôle-amer et souvent surprenant. Maïwenn sait désarçonner ses interlocutrices, mais il lui arrive de se trouver, elle aussi, manipulée. L'affiche-choc montre les douze interprètes enlacées et nues, symbolisant ainsi les intentions de la scénariste-réalisatrice qui déclare avoir concrétisé un de ses rêves : " Celui d'écrire sur les actrices me tenaillait depuis longtemps. Je sortais d'un premier film assez dur, j'ai eu envie d'aller vers la légèreté et de faire rire, étant une fan de comédie. J'ai conçu le scénario, après avoir dressé une liste de celles avec lesquelles j'avais envie de travailler et que j'ai rencontré, une par une, sans leur dire autre chose que je les aimais et que je leur composerai des rôles sur mesure. Ce fut compliqué, j'ai essuyé des refus, mais la plupart se sont engagées sans lire. "
Attention, il ne s'agit pas d'un banal montage d'interviews. La réalisatrice a écrit non seulement les questions mais aussi les réponses, demandant ainsi aux actrices de jouer des personnages inspirés de leur propre réalité, avec des textes les obligeant par-fois à de savoureuses autocritiques.
Pas de place pour l'improvisation…
Muriel Robin se désole de ne pas s'imposer dans le registre dramatique, Mélanie Doutey rappelle Angelina Jolie, Marina Foïs a peur de vieillir. Jeanne Balibar souffre de son image " intello " et a envie de films d'action, Karine Viard craint pour sa carrière internationale car la langue anglaise lui fait peur. Romane Bohringer a courageusement accepté de jouer la comédienne has been, Julie Depardieu voudrait être mère. Des rôles courts ont été confiés à Estelle Lefébure, Lin Dan Pham et surtout Charlotte Rampling. Quelques hommes, Nicolas Besançon, Yvon Attal et Joey Starr (en papa poule) interviennent dans cet univers féminin où les actrices interprètent aussi de bonnes chansons.
" Dans un bal, explique Maïwenn, il y a forcement des danses et de la musique. J'ai donc conçu quelques chorégraphies avec un ami professeur de danse. Gabriel Yared a composé et interprété la musique originale. J'ai fait appel à différents auteurs et compositeurs pour les huit chansons qui devaient refléter l'inconscient des personnages. Parmi eux figurent Anaïs, Marc Lavoine, Benjamin Biolay. Et j'ai fait composer à Joey Starr une chanson qu'il chante en duo avec Charlotte Rampling. Il va surprendre comme comédien n'interprètant pas un bad boy, mais un personnage plutôt tendre. "
La réalisatrice s'est surpassée dans la direction de ces actrices disant des textes où il semble que ne leur a été laissé qu'une faible part d'improvisation, comme l'indique Maïwenn : " Mes actrices étaient seulement libres de quelques changements pour leur permettre un maximum de naturel. Toutes ont pris beaucoup de plaisir à se mettre en abyme, à se moquer d'elles-mêmes, se sachant dans une fiction et devant faire sem-blant de croire à la façon dont je les présentais. Quant à mon propre personnage, je ne l'ai pas ménagé, car je n'allais tout de même pas me donner le beau rôle et, une nouvelle fois, j'ai choisi celui d'une peste. Mais sachez que je suis beaucoup plus sympa-thique dans la vie. "
René QUINSON
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