Muay Thaï, un sport qui a du punch.
DES que la cloche retentit, plus rien n'a d'importance sinon son adversaire. Concentré, le regard figé mais les pieds trépignant, Jamal joue des poings, souple comme un gant, la rage au ventre.
" Lorsque je suis sur le ring, je reste focalisé sur le combat, j'écoute les instructions de mon entraîneur et je me donne à 100%. " Amateur de boxe thaïlandaise ou Muay Thaï, ce jeune vichyssois de 28 ans, élève du Club Brizon Gym de Vichy, n'a plus quitté le ring depuis son premier coup d'essai alors qu'il n'avait qu'une quinzaine d'années.
Concourrant dans la catégorie des moins de 72.200 kg, Jamal a fait une finale des Championnats de France 2008 des plus remarquées en montant sur la deuxième marche du podium. Une récompense bien méritée pour ce boxeur qui gagne la majorité de ses combats par KO.
" J'ai toujours aimé la boxe. C'est un sport vivifiant dans lequel il faut sans cesse se surpasser et surtout s'investir un maximum. J'y consacre six heures d'entraînement par semaine, sans compter le footing. Dès que j'en ai la possibilité, je participe à des tournois ou championnats mais la plupart du temps je prends part à des galas." Tout autant prestigieux, mais bien plus spectaculaires que les combats en championnat en raison de la présence de spectateurs, les galas offrent un show surprenant, entre danse technique et violence physique.
Roger Pashy, un des pionniers du Muay Thaï en France se plaisait à dire " la boxe thaï ne peut-être un sport de voyou, elle nécessite trop de volonté et d'assiduité. "
" Cet art martial reste une des disciplines les plus dures, les plus complètes, autant au niveau technique que mental, confie Eric Cadell, l'entraîneur de Jamal. Il allie quatre disciplines, les coups de poings, de pieds, de coudes et de genoux. Il faut être rapide, fort et anticiper un maximum. Au club, j'enseigne la boxe thaïlandaise de façon traditionnelle, c'est à dire sans protection, avec uniquement des gants, une coquille et un short. "
Une drogue
Pratique reconnue très tardivement, la boxe thaïlandaise s'est exportée dans les an-nées 60 et aujourd'hui, la France après la Thaïlande est le pays au monde qui compte le plus de licenciés et de pratiquants de Muay Thaï. Un art martial qui s'est largement démocratisé en quarante ans. " Au club, toutes les catégories sociales, les âges, les origines et les sexes sont représentés, explique Eric Cadell " Professeurs, étudiantes, chômeurs, comptables, médecins… sans distinction, le Muay Thai attire de plus en plus d'adhérents sur le ring. En 1992, la Fédération Française enregistrait 4000 licenciés contre près de 14 000 en 2008.
" Il faut savoir que les adhérents sont des gens fidèles qui viennent depuis plusieurs années. Quand on découvre la boxe thaïlandaise, on s'engage sur le long terme, déjà parce qu'il faut du temps pour atteindre un bon niveau " explique Eric, " mais également parce que c'est indispensable dans notre façon d'être, de vivre, ajoute Jamal. En tout cas, la boxe a une importance primordiale pour moi. "
Beaucoup de pratiquants de Muay Thaï s'accordent à dire que " cette discipline est une véritable drogue. Quand on y a goûté, on ne peut plus s'en passer. La boxe devient un véritable art de vivre parce qu'on a l'impression qu'elle fait vraiment partie de notre personnalité. La brutalité de la discipline n'entre pas en compte, c'est surtout sa philosophie intrinsèque, le respect de l'adversaire qui font que l'on adhère ou pas. "
Jamal de son côté, continuera autant qu'il pourra de boxer, mais il pense déjà à l'avenir en préparant son diplôme de formateur, un rôle qui lui ira sans doute comme un gant.
M.M
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